‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 197 sur 226 · ACTE II, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IX

SHYLOCK, qui, accourant, s'arrête tout à coup et reste appuyé sur sa canne à considérer Gratiano.

Personne Ne le sait mieux que vous. Qu'Abraham me pardonne! Vous savez le secret de ma fille, et comment, Et quel Nazaréen a fait l'enlèvement?

GRATIANO

Vrai Dieu! l'ami, je sais qu'il est dans les coutumes Des oiseaux de voler sitôt qu'ils ont des plumes.

SHYLOCK

Elle sera damnée.

Oui, si c'est le démon Qui juge.

SHYLOCK

Oh! Jessica! ma chair et mon sang!

GRATIANO

Non.

Ton sang n'est pas si pur, ta peau n'est pas si belle.

BASSAN I o, bas.

Parle-lui d'Antonio.

suyi^oci^^ poursuivant.

C'est une enfant rebelle!

GRATIANO

Avez-vous ouï dire au port que les vaisseaux D'Antonio le marchand ont péri sur les eaux? •

330 SHYLOCK

SHYLOCK

C'est encor sur mes bras une mauvaise affaire. Que ce banqueroutier songe à ce qu'il va faire ! C'est un prodigue. Il ose à peine se montrer A présent au Rialto, lui qu'on veut admirer! Qu'il veille à son billet! Il avait la coutume De me dire usurier. Le mépris, l'amertume De ses propos joyeux à mes dépens brillait; Même il prétait gratis; qu'il veille à son billet!

BASSAN I o.

Mais le feriez-vous suivre? Et si par quelque chance Il perdait ses vaisseaux, ses biens, sans espérance, Que feriez-vous avec sa chair?

Des hameçons Peut-être pour servir à prendre des poissons. Si rien ne se nourrit de cette chair humaine. Elle me sera bonne à bien nourrir ma haine.

Croisant les deux mains en regardant fixement Bassajiio.

— Il m'a couvert de boue et couvert de mépris. Et plus de la moitié d'un million me fut pris Par le tort qu'il m'a fait. Il a ri de mes pertes, Il a ri de mes gains, de mes offres, couvertes Par lui pour m'écrascr ; il a su refroidir Mes amis, réchauffer, animer, enhardir Mes ennemis, flétrir notre nation sainte.

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