‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 198 sur 226 · ACTE II, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IX

Lentement et avec le ton d'une tristesse profonde.

— Et pour quelle raison tant de fiel et d'absinthe?

Parce que je suis juif! Un juif n'a-t-il donc pas

Des yeux pour voir, des pieds pour former chaque pas,

Des organes, des sens, des passions, des peines?

Le sang n'est-il pas rouge en coulant de ses veines?

N'est-il pas réchauffé du même été, glacé

Du même hiver que vous? Son cœur est-il placé

Différemment? Celui de vous qu'un juif outrage

Se venge! et vous donnez des exemples de rage

A faire frissonner! Nous, pareils en tout point.

Si vous nous outragez, nous vengerons-nous point?. .•

Ah! docteurs en insulte, en perfide manœuvre.

Vos chrétiennes leçons, je vais les mettre en œuvre,

Et j'aurais du malheur si mes maîtres, d'un coup,

Ne sont par l'écolier surpassés de beaucoup.

BASSANIO

Je vous apporte ici la somme tout entière Que vous doit Antonio.

SHYLOCK

Rien sur cette matière :

Lui seul devait payer, car lui seul m'est connu. D'ailleurs, il est trop tard, et le temps est venu D'exiger mon billet.

BASSANI o.

Je le paye.

332 SHYLOCK

SHYLOCK, regardant à une horloge de la ville.

Il n'importe!

Vous arrivez trop tard d'une heure!

BASSANIO

Mais j'apporte Les ducats.

SHYLOCK

Je devais plus tôt les recevoir.

Je viens pour Antonio, que Je n'ai pas pu voir.

SHYLOCK

Mauvais signe! tant pis!

BASSANIO

En vérité, j'admire Comment la cruauté discute !

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