‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 211 sur 226 · ACTE III, SCÈNE VI 35l · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI 35l

Satisfaire à sa clause, en pesant et tranchant Une livre de chair près du cœur du marchand. Mais, encore une fois, sois clément et retire Cette condition; dis-moi : « Oui! » — Je déchire Ton billet, et trois fois ton argent t'est payé.

SHYLO CK.

Puisque par cette loi je me trouve étayé. Vous qui la connaissez et l'appliquez en homme Savant, Judicieux, grave, expert, je vous somme De donner jugement, jurant que jamais rien Ne me fera brûler ce billet que je tiens.

ANTONIO, s 'avançant.

Je supplie instamment la cour qu'elle prononce.

PORTIA, à Antonio,

Puisqu'il en est ainsi, voilà notre réponse : Préparez votre sein au couteau de ce juif.

SHYLOCK, ravi de joie.

Oui, son sein! le billet est exact, positif; Son sein! tout près du cœur.

PORTIA

Doucement! tu t'élances Sans avoir tout prévu : tu n'as pas tes balances.

SHYLOCK, vivement.

J'en ai là.

PORTIA

Mais il faut quelque chirurgien

352 SHYLOCK

Qui soigne sa blessure, et qui pose un lien Pour arrêter le sang.

SHYLOCK

Est-ce dans récriture Du billet?

PORTIA

Non, Shylock; mais une créature Semblable à vous a droit à votre charité.

SHYLOCK

Moi, Je ne le crois pas, si cela n'est porté Dans le billet.

PORTIA, à Antonio,

Marchand, qu'avez-vous à répondre?

ANTONIO

Rien, sinon que les maux que Venise a vus fondre Depuis deux jours sur moi m'ont à tout disposé ; Je suis préparé.

A BassaniOy qui pleure.

Non, vous n'avez rien causé.

La fortune me traite avec moins d'amertume Et de dérision que ce n'est sa coutume; Car presque tous les jours on voit des malheureux Survivant à leurs biens, fantômes aux yeux creux. Qu'elle condamne à voir la vieillesse engourdie. Avec la pauvreté, honteuse maladie.

Arriver tristement, remplaçant leurs beaux jours; Elle m'a délivré de ce mal pour toujours.

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