LES MISSIONNAIRES
Quel cœur peut oublier ses amis, sa famille?
Quand tout amour s'éteint , leur penser dure et brille :
Si la mort nous appelle, oui, nous en faisons vœu.
lift HISTOIRES POiTIQUEfS.
Notre sang descendrai sur vous des iDajj)S..4e.Pieu.
ff Adieu donc, chers martyrs I » Et les père», les mèn^ Inondaient les partants de leur^ Ivraies amèces ; Mais le calme rentra^ dans ce mpnde affligé : L'évêque s'avançait, suivi de son clergé.
L'fiViQVS
Enfants, soldats du Christ, héros dignes d'envie, Quel chemin glorieux vous prenez dans la vie I — Approchez, ô pasteurs I de ces saints envoyés, Et faites coname moi , qui leur baise les pieds..
Et devant les pasteurs, les clercs et les vieux maîtres,'
Le pontife baisa les pieds dc^ jeunes prêtres ;
Puis, les yeux vers le ciel, où montaient leurs pensers,
Tous fraternellement se tinrent embrassés...
Moi, poëte, je sens défaillir ma parole I
Que la voile se gonfle et que le vaisseau vole I
A ce sublime adieu mon co^ir s'est enivré :
Aux plus lointaines mers, vaisseau, je te suivrai !
Profonde est la pavane, immensp, im^nétrab]0 : Des cimes du palmier aux branches de l'érable La liane déploie en tous sens ses réseau]^ ; Troncs énormes, cactus, broussailles et roseaux, Tout se croise , s'unit; sur des mares infectes Tournoie en bourdonnant t^n miUioa d'infectes, Ces van)|ûres sûléci; là, sur de^ flots doidD^l^^
Surgissent au soleil las hideux caïmans ,
Et vingt monstres sans nom,.monstres squammeux ot glauques :
Leurs fétides gosiers éclatent en sous rauques;
Un jaguar passe et crie; au blanc magnolia
Silencieux s'enroule un immense boa.
Oh! la nature ici commande en souveraine,
Et l'homme avec bonheur la reconnaît pour reine,
L'homme enfant, chasseur nu, ses flèches à la main,
Souple comme un serpent, a^le comme un daim,
Qui dans sa liberté sans fr^in se développe,
Et s'indigne, et frémit, lorsqu'un sage d'Europe,
Faible et dont chaque trait accuse un mal souffert.
Veut l'enlever, lui fort, aux charmes du désert I...
Pour éljgver cette âme et la faire des nôtres , D'Europe cependant sont venus les apôtres.
climat dévorant I ils ne sont plus que deux.
Le plus jeune survit pour soigner le plus vieux : C'est Évèn, le chanteur, le doux missionnaire, Et des prêtres martyrs le chef octogénaire.
Sur les bords d'un grand fleuve , au milieu* des forêts.
Les voilà seuls, perdus, et pour derniers regrets,
Ceux qui venaient veis eux quand leurs mains étâiiont pleines
Les ont tous délaissés, légers catéchumènes;
Mais le vieillard, aimant ces naïfs Indiens,
Disait : « Restons, mon fils, nous les ferons chrétiens. »
Et, soldats de la foi , tous les deux sur la brèche '
Ils restaient, attendant la pointe d'une flèche,
Ou l'air empoisonné s' exhalant de ces bois :
Dix martyrs sont déjà couchés sous une croix.
Or, tandis que le saint priait dans sa cabane,
iéê HISTOIRES PoItIQUËS.
Évèn, par un beau soir, entra sous la savane;
Le violon fidèle , il Tavait à son bras ;
Sur les notes bientôt se mesuraient ses pas,
Quand de Tépais feuillage une tète emplumée
Sortit, la bouche ouverte, attentive et charmée.
Puis d'autres, des vieillards, des femmes, des enfants,
Et devant le chanteur les voilà tous dansants!
Lui, promenant Tarchet sur la corde échauffée,
Reculait, les menant joyeux , nouvel Orphée,
Vers 1 autel de gazon où, devant le ciel bleu,
L'image rayonnait de la Mère de Dieu.
Et chaque soir ainsi : des danses, des prières. Puis des peuples errants fixés dans leurs chaumières. Un temple fut construit, et FAmphion chrétien (Gardons les mythes purs de ce beau monde ancien) Yit nattre à ses accords la chapelle bénie... divine unité, fille de Tharmonie!