LE VILLAGE DE MARIE
Quand près de vos maisons je passe tout rêveur, Bonnes gens du Moustoir, n'ayez point de frayeur, Je suis un amoureux , et non pas un voleur.
C'est ici, dans cette bruyère, Qu'enfant, je poursuivais naguère Une enfant, comme moi légère.
Où nous courions tous deux, seul je viens, ô douleur! Bonnes gens du Moustoir, n'ayez point de frayeur, Je suis un amoureux, et non pas un voleur.
Sa coiffe flottant autour d'elle.
On eût dit une tourterelle Qui vient de déployer son aile.
Hélas l'oiseau sauvage a trouvé l'oiseleur I Bonnes gens du Moustoir, n'ayez point de frayeur, Je suis un amoureux , et non pas un voleur.
Et le dimanche, au bourg, plus d'une
Disait, jalouse : « Cette brune
Sera la fleur de la commune. » *
brune enfant qu'un autre aspira dans sa fleuri... Bonnes gens du Moustoir, n'ayez point de frayeur. Je suis un amoureux, et non pas un voleur.
Aux bords du Scorf .
PRIÈRE DES LAROUREURS
Sous les chaleurs de juin la campagne étincelle,
Tous les bras sont à l'œuvre et le foin s'amoncelle .
Encor quelques soleils, viendra le tour du grain :
Qu'on ne m'accuse pas seul de voler mon pain,
L'erreur trouble aisément une race ingénue.
D'un chant qui parle au cœur payons ma bienvenue.
Et ces vers, qu'à grand'peine en français j'ai traduits,
Dans l'idiome aimé pour eux furent écrits.
Gomme on battait les blés, voilà donc qu'un dimanche,
Clairement imprimé sur une feuille blanche.
Le chant par tout le bourg circulait, et cent voix,
Ferventes, l'entonnaient aux marches de là croix.
Saint de notre pays , qu'aux sphères étemelles Les anges radieux couvrent de leurs deux ailes. De ces nuages d'op où glisse votre pied Laissez tomber sur nous un regard de pitié.
Ce sont des laboureurs dont la voix vous implore : Souveft à votre autel nous venons dès l'aurore ; Par les mauvais chemins nous venons bien souvent. Brûlés par le soleil ou glacés par le vent.
Nous cherchons un soutien. Notre vie est amère, Toujours le dur travail, et toujours la misère. Nous cultivons la terre et nous semons le grain, D'autres mangent le blé battu par notre main.