LE SEMEUR
Ma vie est ailleurs et mon âme aussi.
Aux premiers brouillards s'enfuit l'hirondelle, Mais juin la retrouve à son toit fidèle :
Pourquoi, bourgs d'Ellê, m'appeler ainsi?
Dieu plaça mon nid sous la fleur des landes, Près d'une rivière au fond de granit, Je vole aujourd'hui bien loin de mon nid , Mais j'y reviendrai les ailes plus grandes.
Pour vous , ô Bretons , voyez mon amour !
Comme en tout pays et de plage en plage Je m'en vais semant la plante sauvage.
Qui devant vos pas doit fleurir un jour 1
Déjà dans Paris a germé la graine ; Si vous y venez le cœur oppressé, Vous dites : « Ici le barde a passé !
Voici la fleur d'or, sœur de la verveine. »
Qu'elle croisse aussi sous les myrtes verts, Où tous les chanteurs , délices du monde , Viennent saluer la lumière blonde ; Où pour vous, amis, je sème des vers.
Mais, vous, protégez mes courses lointaines.
Car les énervés de cœur*et d'esprit Et tous ces gloutons que rien n'assouvit S'en vont par troupeaux boire à nos fontaines.