‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 2)Chapitre 15 sur 64 · I. Libère urbis anUquam libertatem restituentes (Ghron. du · texte numérisé non relu

I. Libère urbis anUquam libertatem restituentes (Ghron. du

religieux de Saint-Denis, t. IV, p. 606.) — L'empeschemenl et main

mise par nous mis es dicte prévoslé des marchans, eschevinage,

clergie, maison de la Tille, parlouër aux bourgois, jurisdicion, cobercion, privilèges, rentes, revenues et droiz appartenans d'ancienneté à ycelle prévoslé des marchans, eschevinage et clergie de nostre dicte bonne ville de Paris, avons levé et oslé, levons et osions à plain, de nostre certaine science et propre mouvement. (Ordonn. de Charles VI du 20 janvier 1412 C^^l i vieux style], rec. des Ordon., t. IX, p. 668.)

donnèrent un échevinage et un conseil de ville presque entièrement formés de gens de métier, et où dominaient, parla popularité jointe à la richesse, les maîtres bouchers de la grande boucherie et de la boucherie Sainte-Geneviève. Ces hommes, dont la profession allait de père en fils depuis un temps immémorial , et pour qui leurs étaux étaient une sorte de fiefs, avaient autour d'eux une clientèle héréditaire de valets qu'on nommait écorcheurs, classe abjecte et violente, toute dévouée à ses patrons, et redoutable à quiconque ne serait pas de leiu* parti dans le gouvernement nouveau. Ce gouvernement eut l'affection du menu peuple et devint un objet d'effroi pour la bourgeoisie commerçante et pour ce qui restait de familles décorées d'une ancienne notabilité. Aux passions du parti qu'on appelait bourguignon il associa les violences démagogiques, et l'autorité, se faisant soutenir par des émeutes, passa bientôt du conseil de ville à la multitude, des maîtres bouchers aux écorcheurs. L'un d'entre eux, Simon Caboche, fut l'homme d'action de cette seconde époque révolutionnaire à laquelle son nom demeure attaché, et où l'esprit de réforme de 1357 reparut un moment pour être aussitôt compromis par les actes sauvages et ignobles de la faction sur laquelle il s'appuyait*.

I. Et pour vrai, il faisoit en ce temps (Ull-Ulâ) très périlleux en icelle yille pour nobles hommes de quelque partie qu'ils fussent,

Ici se rencontre un fait qui n'est pas sans exemple dans nos révolutions modernes, celui d'une alliance politique entre la classe lettrée , les esprits spéculatifs, et la portion ignorante et brutalement passionnée du tiers état. Dans la municipalité de Paris, en 1413, Jean de Troyes, médecin renommé, homme d'éloquence autant que de savoir, siégeait à côté des bouchers Saint- Yon et Legoix en parfaite communion de sentiments avec eux^ Bientôt le corps savant par excellence,

parce que le peuple et commun dessusdit avolent grand' parlie de la domination dedans icelle. (Ghron. d'Enguerrand de Monstrelet, édit. Buchon , Panthéon littéraire, p. 202.) — A la fin d'avril et au commencement de may (UI3), se mirent sus plus fort que devant meschuntes gens, trippiers, bouchers et escorcheurs, pelletiers, cousturiers et autres pauvres gens de bas estât, qui faisoient de très inhumaines détestables et déshonnestes besongnes. (Hist. de Charles VI, par Juvénal des Ursins, Mémoires, elc, t. II, p. 481.)— Et cstoit pitié de voir et sçavoir ce que faisoient lesdictcs meëchanles gens, lesquels on nommoit Cabochiens à cause d'un escorcheur de bestes, nommé Caboche, qui estoit l'un des principaux capitaines desdites meschanles gens. (Ibid.) — Ils alloient par Paris par tourbes et délaissoient leurs mesUcrs. Et ainsi, puisqu'ils ne gagnoient rien, il faltoit qu'ils pillassent et desrobassent, et aussi le faisoient de leur auctorité pure et privée. (Ibid., p. 482.) — On prenoitgens ausquels on imposoit avoir fait quelque chose dont il n'estoit rien , et falloit qu'ils composassent fust droit fust tort à argent qu'il falloit qu'ils baillassent. (Ibid., p. 483.) — Et s'ils ne prestoicnt promptement, on les enToyoit en diverses prisons, et mettoit-on sergens en leurs maisons, jusques à ce qu'ils eussent payé ce qu'on leur dcmandoi^ (Ibid., p. m.) 4. Et precipue quidam medicus famosus, vocatus Joannes de Trecis,

Tir eloquens et astulus cujus consilio usi semper fucrant in agcn-

dis. (Chron. du religieux de Saint-Denis, t. V, p. 8.)

rUniversité , s'autorisa d'une assemblée de notables , inutilement convoquée , pour élever la voix , faire des remontrances et demander, en son propre nom et au nom du corps de ville, le redressement des abus et la réformation du royaume. Dans Tidée, à ce qu'il semble, d'associer pour celte grande tentative toutes les forces du tiers état, elle invita le parlement à se joindre à elle et aux citoyens de Paris, afin d'obtenir justice et réforme; le parlement refusa, l'heure de l'ambition n'était pas venue pour lui, et du reste il ne voulait pas se commettre avec des théoriciens sans pratique des affaires et des démocrates de carrefour. « fl ne con- « vient pas, répondit-il, à une cour établie pour rendre a la justice au nom du roi , de se constituer partie

«plaignante pour la demander L'Université et le

« corps de ville sauront bien ne faire nulle chose qui a ne soit à faire ^ » Mais l'échevinage et l'Université ne reculèrent pas; celle-ci demanda qu'un jour fût assigné pour que les princes et le roi lui-même entendissent ses remontrances, et, au milieu d'un nombreux concours de bourgeois de Paris et des provinces, elle parla au nom du peuple par la bouche de ses professeurs , dénonça les griefs et proposa les remèdes comme Teût fait un pouvoir politique, le grand conseil de la nation "•

I. Registres du parlement, ci lés par M. de Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, 5e édit., t. III, p. 290.

a. Rex ex deambulalorio ambiente curiam soncti Pau!i cum

La cour était divisée et le roi incapable de rien comprendre et de rien vouloir; le prince , qui régnait alors sous son nom , croyait mener le peuple à ses fins et se trouvait mené par lui. On céda, et les deux corps qui se portaient comme représentants de l'opinion publique, T Université et la ville, furent autorisés à présenter un plan de réforme administrative et judiciaire. Des commissaires dont le nom est resté inconnu se mirent à Fœuvre et obtinrent que toutes les anciennes ordonnances conservées dans les archives leur fussent livrées en examen*. Ils en firent la base de leur travail

aula régla tante capacitalis non csset quod posset accedentibus locum dare, venerandam Unlversitatem et cives parisienses audire etatuit et quid in supradictis sentirent. Id perorandum susceperat in sacra pagina professer eximius, magister Benedictus Gencien. (Ghron. du religieux de Saint-Denis, t. IV, p. 738.) — Ab octo etTiginU annis et citra opes régie per dispensatores prodigos fuerunt magis consumpte quam in aliquo alio regno mundi, et boc, judicio Universitatis et burgen&ium parisiensium. (Ibld., p. 780.)— Finemoblatirotuli lector tangens: «Régie, inquit, allitudini humilis vestra parisiensis fllia

« Universitas et in cunctis obedienles vestri cives , predictos vobis

<f exposucrunt excessus quos et alias lacius declarabunt. » (Ibid., p. 766.) — Quidquidieclura rotuli continebat, cum innummerabUi plèbe cives provinciarum regni, qui lune présentes aderant, gratum babuerunt (Ibid., p. 768.)

I. Gratam provisionem babuerunt Universitas et burgenses et obtinuerunt a duce ut staluerentur qui, ad utilitatem regni, excessus quos protulerant reformarent (Chron. du religieux de Saint-Denis, t. V, p. 4.) — Ceux du conseil des dessusdits firent chercher et quérir èà chambres des comptes et du trésor et au Chaslellet toutes les ordonnances royaux anciennes. (Hist. de Charles VI, par Juvénal des Ursius, Mémoires, etc., t. II, p. 483.)

d*épuration et de réorganisation; mais, pendant que ce travail se poursuivait, de vives résistances s'annoncèrent de la part de ceux qui entouraient la reine et rhéritier du trône. Un complot fut ourdi contre la sûreté de la ville, et Findignation populaire s'anima au plus haut degré; il y eut une prise d'armes tumultueuse, et la bastille Saint-Antoine, cette citadelle de la royauté dans Paris , commencée sous Charles V et rasée sous Louis XVI, fut investie par le peuple comme au 14 juillet 1789 ^

Une capitulation suspendit Témeute; mais bientôt de nouveaux signes de mauvais vouloir à la cour amenèrent de nouvelles prises d'armes du parti cabochien. Des attroupements redoutables, dont les chefs et les orateurs étaient le médecin JeandeTroyes et Eustache de Pavilly docteur en théologie , envahirent tantôt le palais du roi, tantôt Fhôtel du dauphin, faisant suivre les harangues politiques de violences contre les personnes, d'arrestations de seigneurs et même de dames que le peuple haïssait. Enfin, le 25 mai 1413, les résolutions des nouveaux réformateurs , rédigées, comme celles des états de 1356, sous la forme d'une ordonnance royale , furent lues devant le roi en son lit

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