‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 2)Chapitre 22 sur 64 · I.ES ETATS GÉNÉRAUX DE 15S8; Le TIERS ÉTAT SOUS LE RÈGNE · texte numérisé non relu

I.ES ETATS GÉNÉRAUX DE 15S8; Le TIERS ÉTAT SOUS LE RÈGNE

DE HENRI nr.

SoihiAiiiÉ i ^roscrit)tion des calMilisteè, remontrances confageuses du parlement. — États généraux de 4îS88, meurtre des Guises. — Insurrection de Paris, fédération municipale contre la royauté. — Alliance du parti royal et du parti calnniste. — Assassinat de Henri III ) Henri de 6oup> bon reconnu pour roi. ~~ États généraux de la Ligne. — Henri IV dans Paris; son caractère. ~~ Sa politiq[ae intérieutè et extérieure. ^ Étftt des classes roturières à là fin du tvi* Siècle.

De l'état de société secrète pour la défense du catholicisme la Ligue avait pa^sé à Tétat de parti révo^ lutionnaire préludant^ par la négation des droits de l'héritier présomptif du trône ^ à de futures attaques contre le roi. Sa première démonstration hostile eut lieu en 4585. Une armée fut rassemblée, et plusieurs provinces se soulevèrent au nom du cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, se disant premier prince du sang parce qu'il était prince catholique*, et ayant

1. La représentation admiie en ligne collatérale pour la Buccession au royaume de France faisait passer le neveu avant l'oncle, quoique celui-ei fût plus proche d'un degré.

DU TiEhS ÈtÂT. <63

derrière Ilii le duc dfe GUise, Véritable dhef de la révolte ^ Henri llî était sommé i*espectiieusemeilt, rtiais sous t)èine de gùelre atëfc là Fràtiëe orthodoxe, d*accomplir le vœu des états généraux, la réunion de tôds ses sujets au culte catholique romain, n céda, et le traité conclu avec les révoltés (lit accompagné d'un édit qui révoquait tous leS édita de jpaclflcatiôtt accdi^ dés jusque-là aux caltmislès *. L'eXercice de tout autre culte que U religîoti cathoUqUé était défendit sous pemé de mort. Les niinistt'és devaient sortît» du royaume dans le délai d'un liiois, et lés autres pfo* testants datis le délai de six mois, sous la même peine. Cette proscrîptioil fût enct)re aggravée, etutt nouvel édit, imposé par le parti ligueur, réduisit de six mois à quinze jours le délai assigné aux religionpaires pour abjurer ou quitter la France ^. Tous les biens des réfractaires et de (Juiconijue les asâi^tehtit

1. Voy. le manifeste IhUtuIé: déclaration des causes qui ont mû înonsieur le cardinal de Éourbon, et les pairs^ princes, seigneurs, ifitles et communautés catholiques de ce royaume, de t*oppbser à ceux qui par tous moyens s'efforcent de subvenir la religion catholique et VÊiat Mémoires de la Ligue, t. î, p. 56 et suiv. ~ Les provinces et villes soulevées étaient la Gharnpagne, la Picardie, la Normandie, la Bretagne et la Bourgogne, Rheims, Gbâions, SoiSsons, Péronne, Amiens, Abbeville, Mézières, Toul, Verdun, Rouen, Caen, Dijon, llâcon, Auxonne, Orléans, Bourges, Angers et Lyon.

t. Édit de juillet 1585. hec^des anciennes lois françaises, t XIV, p. 89â.— Mémoires de la Ligue, t \, p. 478.

8. âéclaràlion du 16 octobre 1585. Slémoires de la Ligue, t. I, p. 337.

directement ou indirectement devaient être saisis et appliqués aux frais de la guerre que le roi allait recommencer avec toutes ses forces unies aux forces de la Ligue.

Ainsi s'ouvrit la plus longue et la plus sanglante des guerres civiles du siècle , celle dont Henri IV porta le poids pendant dix ans avec une constance héroïque. Elle fut inaugurée en quelque sorte par une bulle d'ex*' communication qui le déclarait déchu de tout droit à la couronne de France, et qui annulait à son égard, pour le présent et pour l'avenir, tout devoir et tout germent de fidélité *. A la question de tolérance d'un pouveau culte se mêlait, dans ce débat à main armée^

1. La sentence fulminée par Sixte V frappait également le prince <le Condé, hérélique, fils d'un hérétique, converti au catholicisme, puis retourné à sa religion comme le roi de Navarre. — Itaque, in prscelso hoc solio, et in plenitudinepotestatis quam ipse Kex regum

et Dominus dominantium licet nobis indignis tribuit, pronun*

tiamus et declaramus Henricum quondam regem et Henricum Gon- 4en8em supradictos fuisse et esse hsereticos, in hœreses relapses et impcenitentes, hœreticonim quoque duces, fautores et defensores manifestos, publiées et notorios, sicque lœsœ majestatis divinœ reos... et specialiter eosdem fuisse et esse ipso jure privâtes, Henricum quondam regem, yidelicet prœtenso Navarrœ regno illiusque parte quam adhuc obtinuit, nec non Beami ; alterum vero Henricum Condensi , et utrumque eorumque posteros , omnibus et quibuscumque aliis principatibus, ducatibus, dominiis, civitatibus et locis, feudisque

et bonis etiam emphyteuticis ac pariter eos ipso jure privâtes et

incapaces ac inhabiles ad succedendum in quibuscumque ducatibus, principatibus, dominiis et regnis, ac specialiter in regno Francis. (Sixti V declaratip, etc., Goldasti Monarchia sancH romani imperii^ t.in, p. 125.)

DU TIEHS état. 465

la question de $iip#émafie temporelle du pape sur le royaume ; une môme attaque était dirigée contre le principe humain de la liberté de conscience et contre le principe national de Tindépendance de la couronne, et la majorité des Français, par haine de l'un, semblait prête à sacrffier Tautre.

Mais, dans cet égarement général , il restait encore des yeux pour voir à quel abîme on marchait, et des consciences pour le dire. Ce fut des sommités du tiers état, de la haute magistrature, que vint, comme un cri d'alarme, la protestation du bon sens et du patriotisme. Le 18 juSlet 1585, lorsque Henri in alla en personne au parlement pour y fabe lû*e et publier son premier édit de proscription, la cour n'inscrivit l'acte sur ses re^stres qu'après de vives remontrances; trois mois plus tard, quand vint le second édit, et qu'avec sa promulgation fut requis, par une insigne lâcheté du roi, l'enregistrement de la bulle qui déclarait déchu de ses droits l'héritier légitime du trône, il y eut de nouvelles remontrances plus pressantes et plus énei^iques. a Sire, x> disait la cour suprême dans un langage digne du chancelier de l'Hôpital , a le crime que vous avez a voulu châtier est attaché aux consciences, lesquelles « sont exemptes de la puissance du fer et du feu.... «r Quand tout le parti des huguenots serait réduit à « une seule personne, il n'y aurait nul de nous qui osât a concliu^ à la mort contre elle , si son j^ocès ne lui

(tétait solennellêmeiit fail, et si dié n'était dûment et dtteinlé et éotivilfiiëue dé (îrittie éapital et énorme, tt Qui sertMîe donc quij eatie ibrrtie de justice aucune^ tt'osehi dépèupîfef tarit de villes , détruire tant de pro- « Vitieeèyet oonVeftil* t&ut oei^yàtime en tin tombeaut a Qui osera prononcer le mot poiir exposer tàiit de millions d^hommeèT) femmes et énfkms, à la mort ^ a sans cause ni raison apparente ^ vu qu'Oii né leur « Impute auèun crime que d'hérésie, hérésie encore « inconnue ou pour le môfns Indéfcise , hérésie qu'ils tt ont sdutëuuë contre les plud fameui théologiens de a vo^e rdyaume, en laquelle Jls sont nés et nourris ft depuis trente ans par la permission de Vdtre Majesté tf et du féu roi vôtre frère'*.»* »

Quant à la bulle du pape^ à Cette sentence de mort civile prononcée par le Sàint'-Siége au nom de son droit divin de juridiction sur tous les princes*, le par^ lement la signalait avec indignation comme un attentat contre la souveraineté du roi et Tindépendance du royaume. Il rappelait au faible Henri m l'exemple de

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