‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 2)Chapitre 24 sur 64 · Bataille de Goutras, le 20 octobre · texte numérisé non relu

Bataille de Goutras, le 20 octobre

2. Nostre volonté et intention est de commencer à tenir les estais libres et généraux des trois ordres de nostredit royaume, au 15 aoust prochain en nostre ville du Bioys, où nous entendons que se trouvent aucun des plus notables personnages de chacune province, bailliage etséneschaussée pour en pleine assemblée... proposer librement... ce qui sera plus propre et convenable pour du tout esteindre et abolir les divisions qui sont entre nos subjects, mesmement entre les catholiques, et parvenir à un bon et asseuré repos, avec lequel noslre saincte religion catholique soit si bien restablie, et toutes hérésies repurgées et extirpées de nostre royaume, que nos subjects n'ayent plus d'occasion d'y craindre changement tant de nostre vivant qu'après nostre décez. (Mandement au prévôt de Paris, dernier mai 4688, Aec. des anciennes lois françaises, t. XIY, p. 614.) - Et premièrement nous jurons et renouvelions le serment par nous faict, en noslre sacre, de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique U. 45

47d ESSAI SUR L'HISTOIRE

se réservaot le damier recoups des lâches , la tvahisoo et rassassinat. Tels sont les éléments dont se composa Tun des plus i^ands drames de notre histoire, cehii qui rend célèbre Tannée 1588 y qui s'ouvre à Paris par l'émeute des barricades^ et se dénoue aux seconds états de Blois par le meurtre du duc et du cardinal de Guise.

La convocation des états généraux de 1588 fut un acte du roi contre lui-même. Cette assemblée, venue à la suite d'une émeute victorieuse y et rei»*ésentant, non la France entière, mais la France exclusivement

et r0miiB«, promouvoir radvancement et eoDservaUon dleoUe, em* ployer de )>onne (ey toutes nos forces et moyens» sans esp^rgner nostre propre vie, pour extirper de nostre royaume, pays et terres de nostre obéyssance, tous schismes et hérésies condamnées par les saincts conciles et principalement par celuy de Trente, sans faire Jamais aucune paix ou trefve avee les hérétiques, ny aueun édict en leur faveur*

Art. t. Voûtons et ordonnons que tous nos subjeots, princes, seigneurs, tant ecelésiasUques. gentilshommes, habitans des villes et plat pays, qu'autres, de quelque qualité et condition quMIs soyeftt, s'unissent et joignent «n eeste cause avee nous, etfacent pareil serment d'employer avec nous toutes leurs forces et moyens jusques à leurs propres vies, pour l'extermination desdicts héréliques.

Art. 3. Jurons aussi et promettons de ne les favoriser ny advancer de nostre vivant; ordonnons et voulons que tous nos subjeots unis Jurent et promettent dès à présent et pour jamais, après qu'il aura pieu à Dieu disposer de nostre vie sans nous donner des enfants, de ne reeepvoir à estre roy, prester obéyssance à prinee quelconque qui soit hérétique ou fauteur d'hérésie. (Bdit. de renouvellement de l'union du roi avee les princes et seigneurs catholiques du royaume, juillet 4688, ibid*, p. 6160

DU TIERS ÉTAT. Ol

Catholique, elit pour missioti et pour but de fonder la prédottîinance des états sur le pouvoir royal'. Il y a deux parts dans soii histoire, Tune qui précède, Tautt*e qui suit l'assassinat des Ouises et Tarrestation de plusieurs députés des trois cmlres ^. Dans la première dfe ces deux époques^ les états, ayant le tiers à Içwt tête, soutiennent contre le roi une lutte de principes sui^ la question de la souveraineté; ils déclarent qu'ils veulent procéder par résolution et non par supplication; ils attribuent aux seuls édits faits avec leUr concours le litre de lois fondamentales. Malgré la retenue de leurs paroles et leur apparente soumission à l'ancien ordre monarchique, ils menacent la royauté d'en constituer ud tout nouveau , de la mettre en tutelle permanente sous la représentation nationale , et de déléguer pour

4. C'est le 19 mai qu'eut lieu le ftoùlèvctnent nbmmé Journée de» banicadeti rordonnance de confoeation des états Ait retidue le dernier jour du même mois. — Lettres furent de toutes parts expédiées par les provinces à ce que chacun s'avançât d'y envoyer ses députés, peurtu qu'ils Aissent catholiques romains; car autrement il n'étoit permis à aucun de la religion, ou soupçonné de favoriser ceux de la religioh de s'y trouver. (Des états généraux, etc., t XIV» p. S75.) • L'assemblée s'ouvrit le I6 octobre: on y comptait 505 députés^ savoir t 134 du clergé, 480 de la noblesse, et 491 du tiers état. - Voyez les noms de ces derniers, ci-après, Appendice II.

fi. La Chapelle-Marteau, président du tiers état; Gompans et de Neuilll, députés de Paris; Leroi, député d'imiens ; le comte de Brissac, président de la noblesse, et le sieur de Bois-Dauphin. Quatre députés dil tiers état et trois du clergé, qui étaient sur ta liste, s'échappèrent QiS décembre].

4T2 ESSAI SUR L'HISTOIRB

le présent cette tutelle au chef de la Ligue. La seconde époque y où rassemblée se débat entre la crainte et la colère, ne présente, au lieu de cette hostilité agrès* sive, qu'une opposition d'inertie sous laquelle couve, dans le coeur de chacun, l'impatience d'être congédié pour se rendre sur un terrain propice à la rébellion ouverte '.

Ce fut le tiers état qui joua ici le premier râle ; il étmt la puissance du jour ; il prit Tinitiative des propositions hardies envers la royauté, ou violentes contre les huguenots. Son cahier renferme les demandes suivantes : que les ordonnances faites à la requête des états soient déclarées immuables , et n'aient pas besoin d'être vérifiées en cour de parlement; que pour tout autre édit, les cours souveraines aient toute liberté de remontran* ces, et ne soient jamais forcées d'enregistrer *; que les parlements ne puissent vérifier aucun édit , sans qu'auparavant il ait été communiqué aux procureurs-syndics des états, dans les pays d'états, et que toutes les provinces du royaume puissent élire à cet efiet des procureurs-syndics; qu'il n'y ait plus de levées d'argent, pour quelque cause et sous quelque forme que ce soit,

4. Yoy. le Journal d'Etienne Bernard, député du tiers état de Bourgogne. Des états généraux, etc., t. XIV, p. 440 el suIy. -«La séance de clôture des états eut lieu le 16 janvier 1589.

5. Cahier général du tiers état t<5881. Becueil de* eahierê généraux de» trois ordres, t III, p. 186.

sans le consentement des états généraux * ; que les hérétiques soient punis selon les ordonnances de François !•' et de Henri n , et que des mesures rigoureuses soient prises contre les fauteurs d'hérésie; que le roi de Navarre soit déclaré incapable de succéder à la couronne, et que tous ses biens soient confisqués ^,

Parmi les demandes qui ne tenaient rien des passions du moment, on peut noter celles-ci, renouvelées pour la plupart du cahier de 1576 et de celui de 1560 : le rétablissement des élections ecclésiastiques , malgré le concordat de François !•', le maintien scrupuleux de Vélection pour les emplois de judicature, la poursuite d'office contre les seigneurs coupables d'exactions sur les habitants de leurs domaines, la restitution du droit de justice civile aux corps municipaux, l'égalité des poids et mesures'. En général , les propositions du tiers état se distinguent moins fortement qu'autrefois de celles des deux autres ordres j on voit qu'il y a , sur beaucoup de points, parité de sentiments et d'idées. De

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