Relation de Flor. Rapine, I1I« partie, p
pour le peuple dans le retranchement des pensions ^ et l'assemblée avait été unanime pour maudire les financiers et réclamer rétablissement d'une juridiction spéciale contre leurs gains illicites*. On pouvait môme dire que la suppression de la paulette et de la vénalité était une demande commune des états^ bien que chaque ordre eût fait cette demande par des motifs différents ^ la noblesse, pour mn propre avantage ^ le clergé, par sympathie pour la noblesse, et le tiers état en vue du bien public contre son intérêt particulier. Et quant à Tarticle des pensions qui avait fait éclater la division entre le tiers et les deux autres ordres, les trois cahiers en étaient venus à cet égard à un accord,
4. Voy. y Histoire de France de M. Henri MarUn* t. XII, p. S5I et
suiv.
a. Elle-même a soin de le rappeler dans les articles de son cahier ; « L'expérience fait connaître combien est pernicieux rétablissement « du droit annuel appelé paulette, qui rend tant les charges de judi*
« cature que toutes autres héréditaires, et ôte à Yotre Majesté le
« moyen de pouvoir choisir les officiers, et Tespérance aux gen-
« tilshommes d'y parvenir jamais Partant, Votre Majesté est très-
« humblement suppliée de retrancher entièrement la vénalité de tou-
« tes sortes d'offices C'est le seul moyen de rendre votre État plus
M illustre et plus florissant, Votre Majesté bien servie, et vos peuples « consolés par le choix qu'elle fera de personnes capables. De ce tt bien en réussira un particulièrement à l'avantage de votre note blesse , désireuse de vous rendre autant de témoignages de safldé- « lité dans l'exercice de la justice , qu'elle fait dans vos armées aux (( occasions qui s'en présentent. Elle vous en supplie très-humble- « ment, Sire. » (Cahier de la noblesse de 1615, ms. de la Bibliothèque impériale, fonds de Brienne» n^ 383, fol. 238 et 339.)
plus franc , il est vrai , du côté du clergé que du côté de la noblesse*. Ainsi , par une circonstance bizarre, sous des votes conformes, il y avait des passions contraires, et les promesses du roi satisfaisaient du même coup des désirs généreux et des intentions égoïstes. Ces promesses, la seule bonne nouvelle que les membres des états eussent à emporter dans leurs provinces, ne furent jamais tenues, et la réponse aux cahiers par une ordonnance royale n'arriva qu'après quinze ans.
Telle fut la fin des états généraux convoqués en 1614 et dissous en 1615c Ils font époque dans notre histoire nationale, comme fermant la série des grandes assemblées tenues sous la monarchie ancienne; ils font époque dans Thistoire du tiers étal dont ils signalèrent , au commencement du xvii' siècle, Timportancc croissante, les passions, les lumières, la puissance morale et rimpuissance politique. Leur réunion n'aboutit qu'à un antagonisme stérile; et, avec eux, cessa d'agir et de vivre ce vieux système représentatif qui s*élait mêlé à la monarchie , sans règles ni conditions pré' cises, et, où la bourgeoisie avait pris place , non par droit, non par conquête, mais à Fappel du pouvoir royal. Entrée aux états du royaume sans lutte, sans cette fougue de désir et de travail qui l'avait conduite
I. Voy. le cahier du Uers étal, art. 491 et 492; celui du clergé, art 458 ; et celui de la noblesse, fol. 214 ^o. i^s. de la Biblioth. impériale, fuuds de Brienne, fiot 282, 283 et 28 i.
à raffrancliissement des communes, elle y était venue, en général, avec plus de défiance que de joie , parfois hardie, souvent contrainte, toujours apportant avec elle une masse d'idées neuves, qui, de son cahier de doléances, passaient, plus ou moins promptement, plus ou moins complètement, dans les ordonnances des rois. A cette initiative, dont le fruit était lent et incertain, se bornait le rôle effectif du tiers état dans les assemblées nationales^ toute action immédiate lui était rendue impossible par la double action contraire ou divergente des ordres privilégiés. C'est ce qu'on vit plus clairement que jamais aux états de 1615, et il semble que Tordre plébéien , frappé d'une telle expérience, ait dès lors fait peu de cas de ses droits politiques.
Cent soixante-quatorze ans s'écoulèrent sans que les états généraux fussent une seule fois réunis par la couronne, et sans que Fopinion publique usât de ce qu'elle avait de forces pour amener cette réunion*. Espérant tout de ce pouvoir qui avait tiré du peuple et mis en œuvre par des mains plébéiennes les éléments de Tor-
I. Durant les Iroubles de la Fronde , les états généraux furent convoqués à deux reprises, d'abord spontanément par la cour en lutte avec la bourgeoisie, ensuite sur les instances de la noblesse unie au clergé. Des philanthropes, joints au parti aristocratique, les réclamèrent au déclin du règne de Louis XIV. Le régent y songea pour étayer 8on pouvoir; et il n'en fut point question pendant le règne de Louis XV.
230 ESSAI SUR L'HISTOIUE
dre civil moderne^ Topinion se donna^ ub siècle et deaûy sans ré8^*v6 à la royauté. Elle embrassa la monarchie pure^ symbole d'unité sociale, jusqu'à ce que cette unité, dont le peuple sentait profondément le besoin, apparut aux esprits sous de meilleures formes.