‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 3)Chapitre 62 sur 70 · COUP D'CEIL · texte numérisé non relu

COUP D'CEIL

pour fondateur le signataire de leur charte; mais ce fut le plus petit nombre; ce furent les moins importantes el celles qui vinrent les dernières. Les plus anciennes et les plus considérables s'établirent spontanément , par insurrection contre le pouvoir seigneurial. Lorsque le roi intervint dans cette querelle, la commune existait déjà. Il ne s'agissait que de s'interposer entre elle et le seigneur immédiat , pour arrêter la guerre civile. Qu'on examine de plus près les faits , qu'on lise , non plus les historiens modernes , mais les documents originaux, et l'on verra que cette oeuvre de simple médiation fut toute la part de Louis le Gros dans l'affranchissement des communes»

coup d'oui* su* l'histoirs d'Espagne *.

C'est Findépendance qui est ancienne, c'est le despotisme qui est moderne , a dit énergiquement madame de Staël; et dans ce seul mot elle a retracé toute notre histoire, et l'histoire de toute l'Europe. Il n'y a point lieu de séparer la destinée de l'Espagne de cette destinée commune; sa situation présente, si nouvelle en apparence, n'est point non plus une nouveauté pour elle.

Phis d'une fois son beau soleil s'est levé sur des générations d'hommes libres , et ce qu'elle fait apparaître aujourd'hui aux yeux de l'Europe étonnée n'est guère que la restauration d'un édifice mal détruit, dont son sol gardait les fondements. Si les choses de ce monde avaient un cours

1 Courrier Français du 6 novembre 4820,

égal et uniforme, l'Espagne eût toujours été , pour la liberté civile, bien loin en avant de la France.

La guerre intestine, suite et développement de la conquête, ne cessa jamais d'agiter la population mêlée de la Gaule : la population de l'Espagne fut de bonne heure, par un grand désastre commun, réunie en fraternité commune, confondue dans le même intérêt, le même sentiment, la même condition, les mêmes mœurs. En l'année 712, les Arabes envahirent tout le pays, hors un petit désert au nord-ouest, entre la mer et les montagnes 1 , seule habitation laissée à ceux qui n'avouaient pas le droit des conquérants sur la demeure de leurs ancêtres. Resserrés dans ce coin de terre devenu pour eux toute la patrie, Goths et Romains 2 , vainqueurs et vaincus, étrangers et indigènes, maîtres et esclaves, tous unis dans le même malheur, oublièrent leurs vieilles haines, leur vieil éloignement , leurs vieilles distinctions; il n'y eut plus qu'un nom, qu'une loi, qu'un état, qu'un langage ; tous furent égaux dans cet exil.

Ils descendirent de leurs côtes escarpées, et reculèrent dans la plaine les limites de leur demeure ; ils bâtirent des forteresses pour assurer leurs progrès , et le nom de pays des ekâteaux 3 resta encore à deux provinces qui furent successivement les frontières du territoire reconquis. Ils firent alliance, pour ces expéditions, avec la vieille race des habitants des Pyrénées, race dans tous les temps indépendante, qui n'avait point cédé à la fortune des Romains, dont elle ne paria jamais la langue, qui n'avait point cédé à la valeur féroce des Franks, dont elle écrasa l'arrière-garde à Roncevaux , qui avait vu le torrent des

1 La province des Asturies.

3 C'était le nom que la race gothique donnait à ta race espagnole , comme les Franks le donnaient aux Gaulois. — 3 Custtila.

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