‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 5)Chapitre 10 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

logo glais avaient aliéné une portion de leurs terres aux églises^

1086. s^'^ ^^ ^^^ ^^1 po"^ 1^ s^l^^ ^^ ^^"^ ^'^^ ^^ ^® ^^"^ corps, soit en don simulé, afin d'assurer cette portion à leurs fils, si les domaines des saints de l'Angleterre étaient respectés par les Normands. Cette précaution fut inutile , et quand les églises ne purent administrer la preuve écrite que le roi avait confirmé le don , ou , en d'autres termes , que luimême l'avait fait , la terre fut saisie à son profit • . C'est ce qui arriva pour le domaine d'Ailrik, qui , avant de partir pour la guerre contre les Normands , avait donné son manoir au couvent de Saint-Pierre, dans la province d'Essex, et pour celui d'un certain Edrik, afiermé, avant la conquête, au monastère d'Abingdon *.

Plus d'une fois dans la suite cette loi fut remise en vigueur, et tout titre quelconque de propriété anéanti pour les fils des Anglo-Saxons. C'est un fait attesté par le Normand Richard Lenôir, évêque d'Ély vers le milieu du xii« siècle, n raconte que les Anglais , journellement dépossédés par leurs seigneurs, adressèrent de grandes plaintes au roi , disant que les mauvais traitements qu'ils avaient à subir de la part de l'autre race , et la haine qu'elle leur portait, ne leur laissaient plus d'autre ressource que d'abandonner le pays^. Après de longues délibérations, les rois et leur conseil décidèrent qu'à l'avenu» tout ce qu'un

» Nortunam teiiuit Godid quaedam foemina T. R. E... hanc terram dodit... Sanclo-Paulo , postquam rex venit in Angliam , sed non ostendii brevem neque concessum régis. (Domesday-book, vol. U, p. 13.)

2 Ailricus abiit in navale praelium contra Willelmum regem... Tune dédit s. Peiro islud manerium. ( Domesday-book , vol. II , p. 14.)— De hoc manerio... Edricus, qui eum tenebat , deliberavit illum filio suo qui crat in Abendonc monuchus , ut ad flrmam illud teneret. (Ibid., vol. I , fol. 59 recto.)

3 Gùm dominis suis odiosi passim pcllerentur, nec essct qui ablata restilueret... exosi et rébus spoliati, ad alienigenas transira cogcrentur. (Dialog. de Scaccario , in notis ad Matth. Paris, 1. 1 , ad initium.)

yGoogk

homme de race anglaise obtiendrait des seigneurs, comme «eso salaire de services personnels, ou par suite de conventions ^^^ légales, lui serait assuré irrévocablement, mais sous la condition qu'il renoncerait à tout droit fondé sur une possession antérieure * . a Cette décision, ajoute Tévêque d'Ély, « lut sage et utile; et elle obligea les fils des vaincus à re- « chercher les bonnes grâces de leurs seigneurs par la soumission, l'obéissance et le dévouement^. De sorte « qu'aujourd'hui nul Anglais possédant soit un fonds de terre, soit toute autre propriété, n'est propriétaire à titre « d'héritage ou de succession paternelle , mais seulement a en vertu d'une donation à lui faite en récompense de ses «loyaux services^. »

C'est en Tan 1086 que fiit achevée la rédaction du GrandrHàle des Normands , du livre de jugement des Saxons; et, cette même année, eut lieu une grande convocation de tous les chefs des conquérants, laïques ou prêtres. Pans ce conseil furent débattues les réclamations diverses enregistrées dans le rôle d'enquête , et ce débat ne s'acheva point sans querelles entre le roi et ses barons ; ils eurent ensemble de graves entretiens, comme s'exprime la chronique contemporaine, sur l'importante distinction de ce qui devait être définitivement regardé comme légitime dans les prises de possession dô la conquête ^, La plupart des envahissements individuels furent ratifiés ; mai« quelques-uns ne le furent pas, et il y eut parmi les vainqueurs

' Quod a dominis suis, exigentibus meritis , infervenicnte paciîone legttima, potcrant obtinere.., Cœterum autem nomine successionis, a temporibus gubactae gentis , nihil sibi vendicarcnt. (Ibid.)

' Devotis obsequiîs dominorum suorum gratiam emercari. (Ibid.)

3 Sic igitur quisquis de gente subacta fundos , vel aliquid hujugmodi poBsidet, non quod rations successionis deberi sibi videbatur adeptus est, sed quod solummodo... (Ibid.)

* Graves sermones habuit cum suis proceribus de hac terra. (Chron. saxon., éd. Gibson , p. 186.)

Page 1