‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 5)Chapitre 12 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

4067. prêtres, et son mal s'aggravant de plus en plus, H envoyi^ de Fargent à Mantes pour rebâtir les églises <pi'il avait incendiées; il en envoya aussi aux couvents et aux pau^ vres de T Angleterre, pour obtenir, dit un vieux poëte anglais, le pardon des vols qu'il avmt conunis'. Il ordonna qu'on mit en liberté les Saxons et les Normands qu'il retenait dans ses prisons. Parmi les premiers étaient MoAar, 8iward Beorn , et Ulfnoth , frère du roi Harold , l'un de ces deux otages pour la délivrance desquels Harold fit son fatal voyage^. Les Normands étaient Roger, ci-devant comte de Hereford, et Eudes, évêque de Bayeux, frère maternel du roi Guillaume.

Guillaume, surnommé le Roux , et Henri , les deux fins jeunes fils du roi , ne quittaient point le chevet de son Ut , attendant avec impatience qu'il dictât ses dernières volontés. Robert, l'aîné des trois, était absent depuis sa dernière querelle avec son père. C'était à lui que Guillaume , du consentement des chefs de Normandie, avait légué autrefois son titre de duc ; et, malgré la nlalédiction qu'il avait prononcée depuis contre Robert , il ne chercha point à le déshériter de ce titre que Le vœu des Normands lui avait destinifi. .« Quant au royaume d'Angleterre, dit-il, «je ne le lègue en héritage à personne, parce que je ne « l'ai point reçu en héritage , mais acquis par la fcurce et a au prix du sang * ; je le remets entre les mains de Dieu ; « me bornant à souhaiter que mon fils Guillaume , qui c( m'a été soumis en toutes choses , l'obtienne , s'il plaît à

* To bete tbulke robberye , that hym tbogte be adde ydo.

(Robert of Gloucester's cbronicle, p. 369, éd. Hearne.)

2 Cbron. saxon., éd. Gibsbn, p. 492.

3 Voyez liv. yi, t. II, p. 465 et 468.

* Diro confliclu et multa effUsione bumani cruoris. ( Order. Vital. Qist eccleftiasl., lib. vii, apud Script, rer. normann., p. 659.)

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« Dieu, et y prospère*. — Et moi, mon père, que me 4o«r. « donnes-tu donc? lui dit vivement Henri, le plus jeune m des fils*- — Je te donne , répondit le t-oi , 5,000 livre» « d'argent de mon trésor. — Mais que ferai-je de cet a argent, si je n'ai ni terre ni demeure*? — Sois trana quille, mon fils, et aie confiance en Dieu; soufifre que « tes aînés te précèdent; ton temps viendra après le « leur** » Henri se retira aussitôt pour aller recevoir les 8,000 livres; il les fit peser avec soin, et se procura un coflre-fort bien ferré et muni de bonnes serrures*. Guillaume le Roux partit en même temps pour se rendre en Angleterre , et s'y faire couronner roi.

Le iO septemtoe, du lever du soleil, le roi Guillaume fut éveillé par un bruit de cloches , et demanda ce que c'était ; on lui répondit que l'office de prime sonnait à l'église de Sainte-Marie. Il leva les mains en disant : « Je me re- « commande à madame Marie , la sainte mère de Dieu ; n et presque aussitôt il expira *• Ses médecins et les autres assistants, qui avaient passé la nuit auprès de lui, le voyant mort, montèrent en hâte à cheval et coururent veiller sur leurs biens '^. Les gens de service et les vassaux de moindre étage , après la fuite de leurs supérieurs , enlevèrent les armes, la vaisselle , les vêtements, le Hnge, tout le mobilier, et s'enfuh*ent de [même , laissant le ca-

» Ibid.

2 Et mihi , pater, quod Iribuis ? (Ibid.)

3 Silocum habitationis non babuero. (Oder. Vital. Hlat. ecoleslast., lib. Tii) apud Script, rer. normann., p. 659.)

* Ibid.

* Diligenter ne quid sibi deesset ponderare... munitumque gazopbylacium sibi procurare. (Ibid.)

^ Dominse meee Banctœ Dei genitrici Mariée me commendo. (Ibid., p. 661.

' Illico, ascensis equis..., ad tua tutanda properayerunt. ( Ibid.)

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<087. davre presque nu sur le plancher*. Le corps du roi demeura ainsi abandonné pendant plusieurs heures^; car dans toute la ville de Rouen les hommes étaient devenus comme ivres , non pas de douleur, mais de crainte de l'avenir; ils étaient, dit un vieil historien, aussi troublés que s'ils eussent vu une armée ennemie devant les portes de leur ville'. Chacun sortait et courait au hasard, demandant conseil à sa femme , à ses amis, au premier venu ; on transportait, on cachait tous ses meubles, ou Ton cherchait à les vendre à perte *.

Enfin des gens de religion , clercs et moines , ayant repris leurs sens et recueilli leurs forces, arrangèrent une procession'*. Revêtus des habits de leur ordre, avec la croix , les cierges et les encensoirs , ils vinrent auprès du cadavre et prièrent pour Fâme du défunt*. L'archevêque de Rouen , nommé Guillaume , ordonna que le corps du roi fût transporté à Caen , et enseveli dans la basilique de Saint-Étienne , premier martyr, qu'il avait bâtie de son vivant. Mais ses fils , ses frères , tous ses parents s'étaient éloignés , aucun de ses officiers n'était présent ; pas un seul ne s'offrit pour avoir soin de ses obsèques'^ ; et ce fut un simple gentilhomme de la campagne , nommé Herluin, qui , par bon naturel et pour l'amour de Dieu , disent les

> Et, relicto régis cadavere pêne nado in area domus, aufugerunt. (Order. Vital. Hist. ecclesiast, lib. yii, apud Script, rer. normann., p.6W.)

* A prima usque ad terliam. ( Ibid.)

3 Psene omncs valut ebrii desipuerunt, ac si multitudinem hostium imminere urbi vidissent. (Ibid.)

* Quidagereta conjuge, vel obvio sodali, vel amico, consilium qusesivil. (Ibid.)

^ GoUectis viribos et intimis sensibus. ( Ibid.)

* Honeste induli , cum crucibus et tliuribulis. (Ibid.)

^ Verum Tratres ejus et cognati jam ab eo rccesserant, et omnes ministri ejus... : nec unus... inventus est. ( Ibid.)

historiens du temps, prit sur lui la peine et la dépense '. Il «087. fit venir à ses frais des ensevelisseurs et un chariot, transporta le cadavre jusqu'au bord de la Seine, et de là sur une barque, par la rivière et par mer, jusqu'à la ville de Caen*. Gilbert, abbé de Saint-Étienne , avec tous ses religieux , vint à la rencontre du corps ; beaucoup de clercs et de laïques se joignirent à eux; mais un incendie qui éclata subitement fit bientôt rompre le cortège, et courir au feu clercs et laïques ^ Les moines de Saint-Étienne restèrent seuls, et conduisirent le roi à Téglise de leur couvent*

L'inhumation du grand chef, du fameux baron , comme disent les historiens de l'époque *, ne s'acheva poinj. sans de nouveaux incidents. Tous les évêques et abbés de la Normandie s'étaient rassemblés pour la cérémonie ; ils avaient fait préparer la fosse dans l'égUse, entre le chœur et l'autel; la messe était achevée; on allait descendre le corps , lorsqu'un homme, sortant du milieu de la foule, dit à haute voix : « Clercs , évêques , ce terrain est à moi ; « c'était l'emplacement de la maison de mon père ; « l'homme pour lequel vous priez me Ta pris de force « pour y bâtir son église ^. Je n'ai point vendu ma terre, « je ne l'ai point engagée, je ne l'ai point forfaite, je ne c( l'ai point donnée ; elle est de mon droit , je la réclame*. « Au nom de Dieu, je défends que le corps du ravisseur

* HerluinuB pagensis eques, naturali bonitute compunclus... pro amore Dei. (Ibid.)

2 Pollinctores... ac yehiculum, mcrcede de propriia sumpUbus... (Ibid.) ^ Omnes ad ignem comprimendum clerici cum laïcis cucurrerunt. (Ibid.)

* Famosi baronis. (Ibid., p. 662.)

^ Haec terra ubi eonsistilis, area domus patris mei fuit. ( Ibid.) ^ Roman de Roii, t. Il, p. 302. ~ Chron. de Normandie; Recueil des bist. de la France, t. XIII, p. 242.;

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«o«7. « y soit placé, et qu'on le couvre de ma glèbe * . » L'homme qui parla ainsi se nommait Asselin , fils d'Arthur, et tous les assistants confirmèrent la vérité de ce qu'il avait dit. I^s évêques le firent approcher, et, d'accord avec lui, payèrent soixante sous pour le lieu seul de la sépulture, s'engageant à le dédommager équitablement pour le reste du terrain *. Le corps du roi était sans cercueil, revêtu de ses habits royaux; lorsqu'on voulut le placer dans la fosse, qui avait été bâtie en maçonnerie , elle se trouva trop étroite ; il fallut forcer le cadavre et il creva '. On brûla de l'encens et des parfums en abondance; mais ce fiit Inutilement; le peuple se dispersa avec dégoût, et les prêtres eux-mêmes, précipitant la cérémonie, désertèrent bientôt l'église*.

Guillaume le Roux , en chemin pour l'Angleterre, avait appris la mort de son père au port de Wissant , près de Calais. Il se hâta d'arriver à Winchester, lieu de dépôt du trésor royal , et gagnant par des promesses Guillaume de Ponl-de-r Arche, gardien du trésor, il en reçut les clefs ^. Il le fit inventorier et peser avec soin, et y trouva 60,000 livres d'argent fin avec beaucoup d'or et de pierres précieuses •. Ensuite il fit assembler tous ceux des hauts barons normands qui se trouvaient en Angleterre, leur annonça la mort du Conquérant, fut choisi roi par eux, et sacré par l'archevêque Lanfranc dans la cathédrale de Winchester, pendant que les seigneurs restés en Nor-

^ Èx parte Deî, prohibe© ne corpus raptoris ot>eriatUr eespite meo. (Order. Vital., loc. supr. cit.) 2 Pro reliqua vero tellure... œquipoUens mutuum. (Ibid., p. 662.)

* Pinguissimus venter crepuit. ( Ibid.)

* Saccrdotes itaque feslinabant exequias perfleere. (Ibid.)

* Monast. anglic, Dugdale, t. Il, p. 890.

« Statim ponderans thesaurum patris sui..., reperit... (Hist, Ingulf. Croyiand., apud rer. anglic. Script., 1. 1 , p. 406, câ. Gale.)

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mandie tenaient conseil sur la succession*. Beaucoup losr. d'entre eux souhaitaient que les deux pays n'eussent qu'un seul et même gouvernement; ils voulaient donner la .royauté au duc Robert^ qui était revenu d'exil; mais l'activité de Guillaume les prévint.

Son premier acte d'autorité royale fut d'emprisonner de nouveau les Saxons Ulfnotb^ Morkar et SlwardBeorn, que son père avait rendus à la liberté^; puis il tira du tiésor une grande quantité d'or et d'argent qu'il fit remettre à Othon l'orfèvre , avec ordre d'en fabriquer des ornements pour la tombe de celui qu'il avait abandonné à son lit de mort*. Le nom de l'orfèvre Othon mérite d'être placé dans cette histoire^ parce que le registre territorial de la conquête le cite comme un des grands propriétaires nouvellement créés ^. Peut-être avait-il été le banquier de rinvasion , et avait^l avancé une partie des frais sur hypothèque de terres anglaises; on peut le croire, car les oïfévres, au moyen âge, étaient en même temps banquiers; peutrétre avait-il fait simplement des spéculations commerciales sur les domaines acquis par la lance et l'épée, et donné aux gens d'armes errants, espèce d'hommes commune dans ce siècle, de l'or en échange de leurs terres.

Une sorte de concours littéraire s'ouvrit alors entre les <087 versificateurs latins d'Angleterre et de Normandie pour l'épitaphe qui devait être gravée sur le tombeau du roi défunt, et ce fut Thomas, l'archevêque d'York, qui en

* Begem obiisse propalat... dum cœteri proceres de regni successione tractant in Normannia. ( Monast. anglic, Dugdale, t. II, p. 890.)

2 Alured. Beverlac. Annal, de gest. reg. britann. , lib. ix, p, 136, éd. Hearne. — Florent. Wigorn. chron., p. 642.

3 Auri et argenli geinmarumqiie copiam Olhoni auri fabro erogavit. (Ordcr. Vital. Ilist. ecclesiasi, lib. viii, apud Script, rer. normann,, p. 66S.)

4 Domesday-book , vol. II , p. 97 et 98,

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<o«7 remporta Thonneup * . Plusieurs pièces de vers et de prose 1088. à la louange du conquérant nous ont été conservées, et parmi les éloges que lui donnèrent les clercs et les littérateurs du siècle, il y en a d'assez bizarres : « Nation an- « glaise, s'écrie Tun d'entre eux , pourquoi as-tu troublé « le repos de ce prince ami de la vertu ^? — Angleterre, (c dit un autre, tu l'aurais chéri , tu l'aurais estimé au plus « haut degré, sans ta folie et ta malice ^. — Son règne fut « pacifique, dit un troisième, et son âme bienfaisante *. » Il ne nous reste rien des épitaphes que lui fit de vive voix le peuple vaincu , à moins qu'on ne regarde comme un exemple des exclamations populaires qu'excita sa mort , ces vers d'un poëte anglais du xiii* siècle : « Les jours du « roi Guillaume furent des jours de souffrance, et beauce coup d'hommes trouvèrent sa vie trop longue ^. » 1088. Cependant les barons anglo-normands qui n'avaient point concouru à l'éleclion de Guillaume le Roux repassèrent la mer, courroucés contre lui de ce qu'il était devenu roi sans leur aveu ; ils résolurent de le déposer, et de met-

■ Solius Thomae... Tersus ex aui*o inserti sunU (Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. yin , apud Script, rer. normaDn., p. 663.)

> Gens Anglorum , turbaslis principem ,

Qui virtutis amahat tramitem.

(Script, rer. lîormann., p. 318.)

3 Diiigeres... euni , anglica terra , si abesset imprudentia atque iniqui' tas tua. (GuiU. Pictav., apud Script, rer. normann., p. S07.)

* Gujus regnum paciflcutn Fuit atque frucliferum.

( Ghron. Raynaldi aiidegavensis, apud Script, rer. gallic. et francic, t. Xll , p. 479.)

* There was by liing Willame's day worre and sorwe y nou ,

So Ihal muchedel Engelond thogte hya lyf to long.

( Robert ofGloucester'schronicle, t. Il, p. 374 et 376, éd. Hearne.)

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Ire à sa place son frère aîné Robert, duc de Normandie *. locs. A la tête de ce parti figuraient Eudes de Bayeux, frère du Conquérant, nouvellement sorti de prison, et beaucoup de riches Normands ou Français de l'Angleterre, comme s'exprime la chronique saxonne^. Le roi Roux (car c'est ainsi que les histoires du temps le nomment ' ) , voyant que ses compatriotes conspiraient contre lui, appela à son aide les hommes de race anglaise , les engageant à le soutenir par Tespoir d'un peu de soulagement *. Il convoqua auprès de lui plusieurs de ceux que le souvenir de leur puissance passée faisait encore regarder par la nation anglo-saxonne comme ses chefs naturels ; il leur promit les meilleures lois qu'ils voulussent choisir, les meilleures qui eussent jamais été observées dans le pays^; il leur rendit le droit de porter des armes, et la jouissance des forêts; il arrêta la levée des tailles et de tous les tributs odieux; mais tout cela ne dura guère, disent les annales contemporaines *.

Pour ces concessions de quelques jours , et peut-être aussi par un désir secret d'en venir aux mains avec des

« Chron. saxon., éd. Gibson, p. 192 et «93.

* Tha riceste freucisce men. — ealle frencisce men. ( Ibid.)

* LirisRos

( Roman de Bou , t. II , p. 305.)

- The rede king

( Robert of Gloucester's chronicle , p. 383 , éd. Hearne.)

* Tune accersivit Anglos. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. <94.)

* Meliores loges quas sibi vellenl digère. (Chron. Joban. Bromton, apud bisl. angl. Script., t. I, col. 981, cd. SeWen.) — Meliores leges, quam unquam in hac terra fuerunt. (Annal, waverleienses, apud rer. anglic. Script., t. 1I« p. 136, éd. Gale.)

« Sed hoc parum duravit. (Ibid.)

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4088. Normands * , les chefs saxoms consentirent à défendre la cause du toi , et firent publier en leur nom et au sien Fancienne proclamation de guerre, celle qui faisait lever autrefois tout Anglais en état de porter les armes : « Que a celui qui n'est pas un homme de rien , soit dans les <t villes, soit hors des villes, quitte sa maison et vienne^. » Trente mille Saxons se rendirent au lieu assigné, reçurent des armes et s'enrôlèrent sous la bannière du roi*. Ils étaient presque tous fantassins ; Guillaume les conduisit eh grande hâte avec sa cavalerie, composée de Normands, vers la ville maritime de Rochester, où s'étaient fortifiés l'évêque Eudes et les autres chefs des opposants , attendant rarrivée du duc Robert pour marcher sur Canterbury et sur Londres *.

Il paraît que les Saxons de l'armée royale montrèrent une grande ardeur au siège de Rochester. Les assiégés , pressés vivement , demandèrent bientôt à capituler, sous la condition de reconnaître Guillaume pour roi et de garder sous lui leurs terres et leurs honneurs*. Guillaume refusa d'abord ; mais les Normands de son armée ne portant pas le même zèle que les Saxons dans cette guerre qui était pour eux une guerre civile , et ne se souciant point de réduire aux dernières extrémités leurs concitoyens et leurs parents , trouvèrent le roi trop acharné

* Animos eorum contra Noiinannos molcebat.( G hron. Johan. Bromton, apud hist. angl. Script., 1. 1, col. 984, éd. Sclden.)

* Voyez livre ii, 1. 1 p. <06. — Ut quicumque esset unnithing... 8i?e in burgo, sive extra burgum... (Annal, waverleienses, apud rer. anglic. Sript, t. Il, p. 136, éd. Gale.)

3 Order. Vital. Hist. ecclcsiast., lib. Titi, apud Script, rer. noi'mann., p. 667.

* Florent. Wigotn. chton., p. 643.)

* Order. Vital. Hiat. ecclesiast.» lib. viii, apûd Script, rer. normànu., p. 667.

contre les défenseurs de Rochester*, Ils essayèrent de im^ Tapaiser : « Nous qui t'avons assisté dans le danger, lui a disaient41s9 nous te prions d'épargner nos compatriotes, a nos parents, qui sont aussi les tiens, et qui ont aidé ton « père à conquérir l'Angleterre ^. » Le roi se laissa fléchir, et accorda enfin aux assiégés la libre sortie de la ville avec leurs armes et leurs chevaux. L'évéque Eudes essaya d'obteniT, en outre , que la musique militaire du roi ne jouât pas en signe de victoire à la sortie de la garnison ' ; mais Quillaume refusa avec colère , et dit tout haut qu'il ne ferait pas cette concessicm pour mille marcs d'or *. Les Normands du parti de Robert quittèrent la ville qu'ils n'avaient pu défendre, les enseignes basses, au sop des trompettes du roi. Dans ce moment, de grandes clameurs partirent du milieu des Anglms de l'armée royale^ : « Qu'on apporte des cordes , criaient-ils , nous voulons « pendre ce traître d'évêque avec tous ses complices. (( roi I pourquoi le laisses-tu ainsi se retirer sain et tf sauf? Il n'est pas digne de vivre, le fourbe, le meurtrier « de tant de milliers d'hommes •. »

C'est au bruit de ces imprécations que sortit d'Angle- lo^s terre , pour n'y jamais rentrer, le prélat qui avait béni ^^g^ l'armée normande à la bataille de Hastings. La guerre

1 Videntes autem il qui obsidebant... ad necem parjca^um et amicprum qui obseàsi erant tam valide régis animum furere. (Ibid.)

' Nos... qui tecum maximis in periculis sicut cum pâtre tuo persiitimus, nunctibi... pro compatriotis nostris obniie supplicamus. (Ibiji)., p. 668.)

3 Ne tubicines in eorum egressu tubis canerent. ( Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. nii, apud Script, rer. norman., p. 668.)

* Etiam proptcr mille auri marcos. (U)id.)

* Multitude Anglorum quae régi adhœrebat... vociferabatur. (IbiJ., p. 669.

^ Torques, torques offerte et traditorem episcopum... patibulis suspendite... cur sospitem pateris abire ?... Non débet vivere pcrjurus homicida. (ibid.)

4088 entre les Normands dura quelque temps encore; mais cette querelle de famille s'apaisa peu à peu^ et finit par un traité entre les deux partis et les deux frères. Les domaines que les amis de Robert avaient perdus en Angleterre, pour avoir embrassé sa cause , leiu» furent restitués , et Robert lui-même fit l'abandon de ses prétentions à la royauté pour des propriétés territoriales *. Il fut convenu entre les deux partis que le roi , s'il survivait au duc , aurait le duché de Normandie , et que , dans le cas contraire , le duc aurait le royaume d'Angleterre : douze hommes du côté du roi et douze du côté du duc confirmèrent ce traité par serment ^, Ainsi se terminèrent et la guerre civile des Normands et l'alliance que cette guerre avait occasionnée entre les Anglais et le roi. Les concessions que ce dernier avait faites furent toutes révoquées , ses promesses démenties , et les Saxons redescendirent à leur rang de sujets et d'opprimés ^.

Près de la ville de Canterbury était un ancien couvent, fondé en l'honneur du missionnaire Augustin , qui convertit les Saxons et les Angles. Là se conservaient , à un plus haut degré que dans les maisons religieuses de moindre importance , l'esprit national et le souvenir de l'ancienne liberté. Les Normands s'en aperçurent, et de bonne heure ils tentèrent de détruire cet esprit par des humiliations réitérées. Le primat Lanfranc commença par abolir l'antique privilège des moines de Saint-Augustin , qui consistait à n'être justiciables que de leur propre abbé pour la discipline ecclésiastique *. Quoique cet abbé fôt

• Florent. Wigorn. chron., p. 644.

» Ibid.

3 Nihil postmodum tenuit quod promisit. (Chron. Johan. Bromton,

apud hisl. angl. Script., t. I, col. 984, éd. Selden.)

* Chron. Willelmi Thoni., apud hUl. angl. Script, t. Il, col. 4791, éd. Selden.

alors un Normand, et, comme tel, peu suspect dindul- <o«8 gence envers les hommes de l'autre race, Lanfranc lui 4099, enleva la surveillance de ses moines pour se l'attribuer à lui-même * ; il défendit , en outre , de sonner les cloches du monastère avant que Toffice eût été sonné à l'église épiscopale , sans respect , dit l'historien, pour cette maxime des saintes Écritures : Où est l'esprit de Dieu, là est la liberté ^. Les moines saxons murmurèrent d'être soumis à celte gêne; et, pour montrer leur mécontentement, ils célébrèrent les offices tard, avec négligence, et en commettant à plaisir des irrégularités volontaires, comme de renverser les croix et de faire la procession nupieds contre le cours du soleil ^. « On nous fait violence , a disaient^ls, au mépris des canons de l'Église ; eh bien ! « nous violerons les canons dans le service de l'église *. » Us prièrent le Normand, leur abbé, de transmettre de leur part une réclamation au pape; mais l'abbé, pour toute réponse, les punit comme rebelles, et ferma le cloître pour qu'aucun d'eux ne pût sortir *.

Cet homme, qui sacrifiait de si bonne grâce , par haine des Saxons , son indépendance personnelle , mourut en l'année 1088; et alors l'archevêque Lanfranc se transporta au monastère , menant avec lui un moine de Nor- . mandie , appelé Guy, très-aimé du roi *. Il somma les

* Cùm abbas prœ Umore... non negaret... ad synodum et capilulum suum omnes presbyteros parochianosque eorum venire compulit. ( n)id.)

' Ne signa Bua .. pulsarent, niei prius... ( Ibid., col. 1792.)

' Inde ergo irœ, rixae, murmurationes , exordinaliones sœpissimc...

flebant.. servicium Dei fréquenter tarde et indecenler et irregulariter...

exercebant. (Ibid.)

* Annal, eccles. winton.; Anglia sacra, 1. 1, p. 398.

^ Quos ille despiciens... monachos distringerc ac ne... de clauslro ullo modo exirent... artari cœpit. (Chron. Willelmi Thorn., apud hîsl. angl. Script, t. Il, col. i792, éd. Selden )

* BegI Willelmo...amanfi8simum. (Ibid., col. 4793.)

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wfi religieux de SaipirAugustia , m nom de Tautorité poyal6 ^ 4089. de recevoir et d'installer sup-le-chanap ce nouyel abM| mais tous répondirent qu'ils n'en feraient rien * . Lanfranc, irrité de cette résistance, ordonna que ceux qui refusaient d'obéir sortissent à l'instant du couvent. Ils sortirent; presque tous , et le Normand fut installé en leur absence, avec les cérémonies d'usage ^. Ensuite le prieur du monaer l^e, appelé Ëlfwin, et plusieurs antres moines, tous Saxons de naissance , furent saisis et em{^sonnés ^. Geut qui étaienjt sortis ^u cofpmapdeipenl; d^ l'arphevéque sç tenaient ^ssis h terre §ous les fnurs du (>h^^W de Capterbury. On vint leur dire qu'il leur était ^cord(i m d^^i d^ qnelque^ heures pour rentrer an couvent, mi^is que, pa$^ ce terme, ils seraient regardés et traités cpmme vagabonds *; ils restèrent quelque temps indécis , mais Ykmr^ du repas arriva , ils souffraient fie la faim ' plusi^^r3 ^ repentirent alors, et envoyèrent à l'arcbevéqua Lanirwi^ pogr lui promettre obéissance. On leur f\t jurer, sur )e§ reliques de saint Augustin, de tenip^dèlement cette jm'omesse; ceux qui refusèrent de prêter sernient fiu«nt emprisonnés jusqu'à ce que l'ennui de la p^iptivité les ej^ rendus plus dociles^, t'un d'eux aj^lé Alfred, qui réussit à fuir, et que l'on trony^ errant par le$ chemins , foi mis aux fers dans la maison épiscopale *. L'esprit de résistance s'apaisa durant quelques mois , et ensuite devint plus violent; il y eut un complot tramé contre la yi^ du

1 Qui unanimiter apimaU respon^erunt... (Clirpn. saxon., e^. Gibson, p. 179.)

2 Ibid.

3 Elfrinum et alios quoB voluit, cepit. (Ibid.)

* Ibid.

* Ibid., p. iBQ.

^ ^luredum unum ex illis vagantem fugiendo cepii , et Cjuiluaii^^*. cum quibuBdam sociis illius... ferro compeditos muUis diebus rigorem ordinis in clauslro dicere fecil. ( Ibid.)

ncmvel abbé de rûae êtfatigère *. Vtiit des cohjurés appelé mn Colombaft, fut pm, conduit devant Tarchevêque et intet- 4089. rogé sur son desseih de tuer le Normand i «J'ai eu ce des- « sein , répondit le moine avec àssurattce , et je Taurais € exécuté ^. » Lanfratïc ordonna (|u'on l'attachât nu devant les portes du monastère, et qu'on lé battit publiquement à èoUps de fouet'.

Dans l'aunée 1089, inourut le primatt Lanfranc, et aus- «oso. sitôt les moines , délivrés de la terreur qu'il leur avait inspirée, entreprirent une troisième révolte, mais d'un caractère plus grave que les deux autres • ils appelèrent à leur aide les habitants saxons de Canterbury, qUi, embrassant cette cause comme une cause nationale, vinrent armés à la maison de l'abbé de Saint-Augustin, et en firent l'attaque^. Les gens de l'abbé résistèrent, et il y eut de part et d'autre beaucoup d'hommes tués et blessés. Guy s'échàppâ à grand'peîne des mains de ses adversaires, et courut s'enfermer dans l'église métropolitaine ^. Au bruit de cette aventure , les Normands Gaucelme , évêque de Winchester, et Gondolphe , évêque de Rochester, vinrent en grande hâte à Canterbury, où de nombreux détachements de troupes furent envoyés par ordre du roi •. Le couvent de Saint-Augustin fut occupé militairement ; on Instruisit le procès des moines , qui se virent condamnés en masse à recevoir la discipline ; deux religieux étrangers, appelés Guy et Le Normand, la leur infligèrent à la discrétion des évêques ^ ; ensuite on les dispersa sur plu-

1 Perniefem abbaUsclam machinati sunt ( Ibid.)

2 Si... potuissem, pro cerlo eum inteffecissem. (Ibid.)

3 Ibid.

* Cives Canluariœ contra eum concilaverunt. (Ibid.) & Bvasit et... quœrendo auûlium... fugit. ( Ibid.) « Ibid.

' Ad episcoporum imperhim. ( Ibid.)

23i LIVRE VU.

1089. sieurs points de l'Angleterre , et à leur place furent appelés d'outre-mer vingt-quatre moines et un prieur. Tous ceux des habitants de Ganterbury que saisit la police nor^ mande furent condamnés à la perte des yeux ^ 1089 ^^s luttes, fruit de la haine et du désespoir des vaincus, J^ se reproduisaient à la fois dans plusieurs églises d'Angleterre , et en général dans tous les lieux où des Saxons , réunis en corps , et non réduits au dernier degré d'esclavage , se trouvaient en présence de chefs ou de gouver* neurs de race étrangère. Ces chefs, soit clercs, soit laïques, ne différaient que par Thabit; sous la cotte de mailles ou sous la chape, c'était toujours le vainqueur insolent , dur, avare, traitant les vaincus comme des êtres d'une espèce inférieure à la sienne. Jean de la Villette , évêque de Wells , et ci-devant médecin à Tours , abattait les maisons des chanoines de son église pour se construire un palais avec leurs débris^; Renouf Flambard, évêque de Lincoln , autrefois valet de pied chez les ducs de Normandie , commettait dans son diocèse de tels brigandages, que les habitants souhaitaient de mourir, dit un ancien historien , plutôt que de vivre sous sa puissance *. Les évêques normands marchaient à l'autel, comme les comtes à leurs revues de gens d'armes , entre deux haies de lances; ils passaient le jour à jouer aux dés, à galoper et à boire *. L'un d'entre eux, dans un accès de gaieté, fit

1 Cives vcro... capli... oculos amiserunt. (Ghron. saxon., éd. Gibson, p. 180.

2 Johannes (de Yillula), turonensis artc medicus... qui , destnictis claustto et atiis œdiflciis... canonieorum... (Hist de episc. baUion. et weilcns. ; Anglia sacra, 1. 1 , p. 559.)

3 Ut mallent mori. (Annal, eccles. winton.; Anglia sacra, t. I, p. 295.)

* Nec eliam pompam Normannorum omillcbat quin sUpatus militibus inccdcrel cotidié ad missam. (Henrici Knyghton, de Evenl. angl., Ifb. ii , npud hist. angl. Script., t. II, ^ol. 2367, ed, Seldcn.) — Omnes fere

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préparer à des moines saxons , dans la grande salle de loso leur couvent, un repas où il les força de manger des mets défendus par leur ordre, et servis par des femmes échevelées et à demi nues^ Ceux des Anglais qui, à cette vue, voulurent se retirer, ou simplement détourner les yeux, furent maltraités et appelés hypocrites par le prélat normand et ses amis^.

Contre de pareils adversaires, les débris du clergé anglosaxon ne purent soutenir un long combat. Chaque jour Fâge et la persécution enlevaient quelqu'un des anciens religieux ou prêtres; la résistance, d'abord énergique, s'éteignait par degrés*. C'était d'ailleurs, pour tout couvent d'Angleterre, un titre à la haine et aux vexations des grands , que d'être encore peuplé en majorité d'hommes de race anglaise. C'est ce qu'éprouva , sous le règne de Guillaume le Roux, le monastère de C^oyland, déjà si maltraité à l'époque de la conquête. Après un incendie qui avait consumé une partie de la maison, le comte normand de la province où elle était située, présumant que les chartes de l'abbaye avaient péri dans les flammes, somma les moines de comparaître dans sa cour de justice à Spalding, pow y représenter leurs titres *. Au jour fixé, ils envoyèrent

tune temporis in Anglia monachi, secularibuB haud absimiles... vonari, aucupari , teëseras quatere, poUbus indulgere consueverunt, ut majus illOB consules, quam monachos, pro famulorum frequenUa, putarcs. (Ibid. COI.S36S.)

■ Cibos vetitoa publiée apposuit, mulieres vultu et veste procuces, Bparsis post tergum crinibus, ministrare constituit. (Ibid., col. 337*2.)

> Si oculos averteret, ipocrila... diceretur. (Henrici Knygliton, de Event. Angl., apud hist. angl. Script., t. II, col. 2372, éd. Selden.)

3 (Normannij jam mulliplicati invuluerunt. (Anglii) jamsenescentes et imminuti... (Matlh. Paris., Vitœ abbatum S. Albani, U I, p. 54.)

* iBstlmans chartas nostras, ut fama fuit, omnes incendio dépérisse. (Hist. Ingulf. Groyiand., apud rer. anglic. Script., t. I, p. 407, éd. Gale.)

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4089 un des leurs, nomriié Trîg, cfiû tînt apportant d'anciennes chartes eh langue saxotine, coiifli*raées par le concjuérant, dont le sceau y était suspendu. Le moine déploya ses pai»chemins devant le comte et ses offlôlers, qui se mirent a rire et à rinjurlei*, disant que ces écritures barbares et inintelligibles n'étaient d'aticUne autorité ^ Cepëiidattt Ik vue du sceau royal produisit quelque effet; le vicomte norilïatid, qui n'Osa ni le briser, ill enlever publiquement des chartes qui eh étaient munieS , laissa partir le nloinë } mais il envoya derrière lui ses valets armés de bâtotis potit le surprendre dans la route et \ix\ dérober ce (Jti'il portait. Trig «'échappa à leûH poursuites qu'en prenant trn Chemin détourné *.

4094. Là paii qUi t-égnâit entre les conqdérarits de l'Angleterre fat encore tirîe fois troublée, eu l'anfiée 1094, par la révolte de quelques chefs contre le rôi. Une dès causes de cette discorde était le Atoii exclusif feUr les forêts de T Angleterre, établi par duillaume le BâtâM et maintenu rigoureusement par son fils '. A la tête des mécontents se trouvait Robert, fils de Roger de Molbrây, comte de NorthutilbeHand, qui possédait deui cent quatre-vingts maiioirs en Angleterre *. Robert manqua de se rendre à la cour du roi, dans l'un des jours fixés pour les conférences politiques des barons et chevaliers anglo-normatids. Son absence donna des soup* çons, et le roi fit publier que tout grand possesseur de terres qui ne se rendrait point à sa cour, aux fêtes prochai-

* Dicens barbaram scripturam risu et derisu fore dignam , et nuUius momenU seu roboria esse tenendam. (iîisi. tugulf. Croyland., apud rec anglic. Script., 1. 1 , p. 407, éd. Gale)

2 ibid.

3 Wilieltn. Stalmesb., de Gest. teg. angl., lib. it, apud rer. àtigllc. 8eript.,p. 4ai,ed. SaTile.

* Order. Vital. Uist. eticlésiast., lib. tui, apud Script, rer. fldrmanti.t ■). 703.

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nés de la Pentecôte, serait mis hors de la paix publique *. 4094. Robert de Molbray n'y vint pas , de crainte d'être saisi et emprisonné, et alors Guillaume fit ttiarcher l'armée royale Vers la province de Northtimberlâhd. Il assiégea et prit plusieurs châteaux ; il bloqua celui de Bamborough, où le 1095. comte Robert s'était retil'é, mais il ne put s'en rendre maître. Après des efforts inutiles , le roi fit construire vis-àvis de Bamborough Un fbrt de bois qu'il appela dans son langage notttiaud Malveisirty ou mauvais Voisin, y laissa une garnison, et reprit sa foute Vers le sud^. Les gardiens de la nouvelle forteresse surprirent Robert danà une sortie, le blessèrent et le firent prisonnier. Il fut coUdafnné à une prison perpétuelle , et ses complices furent bannis d'Angleterre.

Les bietts de ces banriis, dans les villes et hors desi villes, 1095 pestèrent quelque temps sans maître et sans culture. Il ^^^^ paraît que les favoris du roi les laissèrent en friche, après en avoir enlevé tout ce qui aVait quelque valeur, se souciant peu d'une possession que son origine et l'incertitude des événements politiques rendaient trop précaire. De leur côté, les oflflciets royaux, pour que l'échiquier tte perdît rien de ses revenus, continuèrent de lever, sur la ville ou le canton dont les biens vacants dépendaient j la totalité de l'impôt territorial, et cette surcharge tomba spécialement sur les hommes de race anglaise ^. Le peuple de Golchester, suivant un ancien récit ^ rendit de grandes actions de grÀces à Eudes, fils d'Hubert, vicomte ou gouverneur de la Ville,

< Jussit omnes qui a rege lerras lenebanl, mddo pace dignos haberi se vellent, adesse suœ cariae. (Chroù. saxon., éd. Gibson, p. î03.) > niudque sua lingua MalveUin vocavil. (Ibid., p. 202.) 3 Terras damnatorum... et pro culpis eliminatorum dum nemo coleret, exigebantur lamen plenaliler ûscalia, et hac de causa populus valde gravabalur. (Monast. auglic, Dugdale ,1. Il , p 8^)

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1095 qui avait pris sous son nom les terres des Normands déshé- 1098. ^^^^^y 6t consenti à satisfaire, pour ces terres, aux deman* des du fisc ^ Si l'on en croit le même récit, le Normand Eudes se faisait aimer des habitants de Golchester par son administration équitable et modérée '. C'est le seul chef imposé aux Anglais par la puissance étrangère, dont Fhistoire porte un semblable témoignage.

Cette exception à la loi de la conquête ne s'étendait guère au delà d'une seule ville ; partout ailleurs les choses suivaient leur cours, et les officiers royaux étaient pires que des voleurs, ce sont les paroles mêmes des chroniques; ils pillaient sans miséricorde les greniers des laboureurs et les magasins des marchands '. A Oxford commandmt Robert d'Ouilly, qui n'épargnait ni pauvres ni riches; dans le nord, Odineau d'Omfreville saisissait les biens des Anglais de son 1098 voisinage, afin de les contraindre à venir tailler et voiturer Hoo. ^^^ pierres pour la construction de son château *. Près de Londres, le roi levait aussi par force des troupes d'hommes pour construire une nouvelle enceinte à la tour du conquérant, un pont sur la Tamise, et à l'ouest de la cité un palais ou ime cour d'audiences pour les assemblées de ses barons*. « Les provinces auxquelles ces travaux échurent, « dit une chronique saxonne, furent cruellement tourmenc< tées; chaque année qui s'écoulait était pesante et pleine

> Has ergo terras Eudo sibi vindicavit, ut pro bis Qsco satisfaceret , et populum eateiiufl alleviaret. (Monast. anglic, Dugdale, t. II, p. 890.)

2 Sublevare gravâtes, comprimere elatos, et in suis primordiis omnibus complacere. (Ibid.)

' Latronibus pejores, agricolarum acervos ac negocialorum congeries Immisericordiler diripiebant (Order. Vital, Hist. ecclesiast., lib. x, apud Script, rer. normann., p. 773.)

* Ut... eos compelleret veuirc ad xdiftcaiionem castelll. (Leiandi Collectanea, t. IV, p. ne.)

^ Chron. saxon , éd. Gibson , p. â06.

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« de douleurs , à cause des vexations sans nombre et des * w a tributs multipliés * . » 44oo,

Des historiens moins laconiques nous ont transmis quelques détails sur ces douleurs et ces touiments que souffrait la nation subjuguée. Partout où le roi passait dans ses courses à travers TAngleterre, ses gens et les soldats de sa suite avaient coutume de ravager le pays^. Lorsqu'ils ne pouvaient consommer en totalité les denrées de diverse nature qu'ils trouvaient dans les maisons des Anglais, ils les faisaient porter au marché voisin par le propriétaire lui-même, et l'obligeaient de les vendre à leur profit. D'autres fois ils les brûlaient par passe-temps, ou , si c'était quelque boisson, ils en lavaient les pieds de leurs chevaux '. « Les mauvais traitements qu'ils se pera mettaient contre les pères de famille, leurs outrages « envers les femmes et les filles , ajoute le narrateur con- « temporain, feraient honte à raconter: aussi, au premier «bruit de l'approche du roi, chacun s'enfuyait de sa « demeure , et se retirait , avec tout ce qu'il pouvait sau- « ver, au fond des forêts ou dans les lieux déserts *. »

Cinquante Saxons qui , par des hasards heureux , et peut-être par un peu de lâcheté politique, étaient parvenus à conserver quelques débris de leur ancienne fortune ^ , furent accusés, soit faussement, soit avec raison, d'avoir chassé dans les forêts royales , et d'avoir tué , pris et

* FueruDt yehementer afflictati. ( Ibid.)

* Ut quœque pessundarenl, diriperent,et... totam terram per quam rexibat devastarent. (Eadmeri Hist. nov., p. 94, éd. Selden.)

3 Ea aut ad forum per eoBdem ipsos quorum eranl, pro suo lucro ferre ac vendere, aut... cremare, aul si polus esset, lolis ex inde cquorum suorum pedibus... (Ibid.)

* Praecognito régis adventu, sua habitacula fugiebanl... In sylvis vel aliis loris, in quibus se tutari posse sperabant. (Ibid.)

^ Quibus... ex anliqua Anglorum ingenuitate, divitiarum quaedam vesligia orridcrc videbanlur. (Ëudmcri Uisl. nov.. p. 48, éd. Selden.)

t38 LIVRE VII.

^m mangé des cerfs : tels étaient les termes de raccusation HM. criminelle intentée contre eux*. Ils nièrent, et les juges normands leur infligèrent Tépreuve du fer rouge^ que les anciennes lois anglaises n'ordonnaient que dd consentement et à la demande de l'accusé. « Au jour fixé , dit un ^ témoin oculaire, tous subirent cette sentence sans misé- -« ricorde* C'était chose pitoyable à voir; mais Dieu, en fi préservant leurs mains de toute brûlure , montra claire-- « ment leur innocence et la malice de leurs persécua teurs ^- » Quand on vint rapporter au roi Guillaume qu'après trois jours les mains des accusés avaient paru intactes : a Qu'estrce que cela fait? répondit-il; Dieu n'est 4 pas bon juge de ces choses ; c'est moi que de telles « aflabes regardent, et qui dois juger celle-cî'. » L'historien garde le silence sur ce nouveau jugement et sut le sort des malheureux Anglais , qu'aucune fraude pieuse ne devait plus sauver.

Les Saxons, poursuivis par Guillaume le Roux pour les transgressions aux lois de chasse , encore plus vîve^ ment que par son père , n'avaient d'autre vengeance que de l'appeler, par dérision , gardien de bois et berger de bêles fauves, et de répandre des contes sinistres sur ces forêts , où nul homme de race attglaise ne pouvait entrer armé sans péril de mort. On disait que le diable, sotis des formes horribles, y apparaissait anx Normands, et lent parlait du sort épouvantable qu'il réservait au roi et à ses conseillers*. Cette superstition populaire fut accréditée

* Quod cervos régis ccperitit , tùactâteHtit, maùâucaveHnt. (Eadmeri HIst. DO?., p. 48, éd. Selden.)

2 PrœÛii pœnse judicii pariter subacti sunt, rcmota pietate et misericordîa. Erat ergo miserlam yidere. ( Ibid.)

3 Quideslhoc?Deu8 est justus judex. (Ibid.)

* Aultisetiaùl Noftnahnis, diabolus in horribill specie se fréquenter in silvisoslendens, palam eum eië de regë et... alils loculus est (Simedn.

par te singulier has^d qui rendit fatale à la race du €on<- idM quéyaiit la cbasse dans les forêts de FAngleterre, et sur- ^^^o. tout dans la forêt Neuve. En Tannée 1081, Richard, fils aine de Guillaume le Bâtard , s'y était blessé mortellement; dans le mois de mai de Tannée 1100, Richard , fils ^*^« du duc Robert et neveu du roi Guillaume le Roux , y fut tué d'un coup de flèche tiré par imi^^dence ^ ; et , chose bizarre, ce roi y périt aussi de la môme mort, dans le mois de juillet de la même année.

l^ Vf^iia de son dernier jour, il it un grand vapas ^ ^yec se$ ^mis dans le château de Winchester, et se ipcé^ p^ra ensuite à la chasse projetée. Pendant qu'il nouait sa chaussure , en badinant avec ses convives , un ouvrier lui ppésentft ^ix flèches neuves; il les examina, en loua le tT^avail, m prit quatr/s pour lui , et donna les deux autres k Ganltier Tirel , en disant : « Il feut de bonnes armes à « qui tire de bcms coups ^. » Gaultier Tirel était un Français qui avait de riches possessions dans le pays de Poix et dans le Ponthieu; c'était Tami le plus familier du roi et son compagnon asadu*. Au moment du départ, entra m moine du couvent de Saint-Pierre , à Glocester, qui remit à Guillaume des dépêches de son abbé. Cet abbé, Normand de naissance, et appelé Serion, mandait avec inquiétude qu'un de ses religieux (probablement de race anglaise) avait eu dans son sommeil une vision de mau-

Dunelm. Hisl. dunelm., apud hist. angl. Script., t. I, col. 235, ed %ei» lien.) — 8i)ger. de noved. Annal, par» prier, apud rer. anglie. Script., p. 4<6g, ed.Savile.)

* Order. Vital. Hist. ecclesiast, lib. x,apud Script, rer. normann., p. 780.

2 Rex naane cujn suis parasitis pomedit. (Order. Vital, hist. ecclesiast., lib. X, apud Script, rer. normann., p. 782.)

3 ^uslum est... ni i\\\ acutifl^imos dentur eagittœ , qui lelhiferos inde noyerit ictus infigere. ( Ibid.)

^ Régi familiaris conviva. (Ibid.)

2i0 LIVRE VII.

itoo. vais augure; qu'il avait vu Jésus-Christ assis sur un trôiie, et à ses pieds une femme qui le suppliait ^ en disant: c< Sauveur du monde , regarde en pitié ton peuple, gémisc( sant sous le joug de Guillaume M » En entendant ce message, le roi rit aux éclats : «Est-ce qu'ils me prennent « pour un Anglais, dit-il , avec leurs songes? me croientn ils un de ces fous qui abandonnent leur chemin ou « leurs affah^s parce qu'une vieille rêve ou éternueî « Allons , Gaultier de Poix , à cheval * ! »

Henri , frère du roi , Guillaume de Breteuil , et plusieurs autres seigneurs , l'accompagnèrent à la forêt : les chasseurs se dispersèrent; mais Gaultier Tirel resta auprès de lui , et leurs chiens chassèrent ensemble *. Tous deux se tenaient à leur poste , vis-à-vis l'un de l'autre , la flèche sur l'arbalète et le doigt sur la détente *, lorsqu'un grand cerf, traqué par les batteurs, s'avança entre le roi et son ami. Guillaume tira ; mais , la corde de son arbalète se brisant, la flèche ne partit pas, et le cerf, étonné du bruit, s'arrêta, regardant de tous côtés ^. Le roi fit signe à son compagnon de tirer; mais celui-ci n'en fit rien, soit qu'il ne vît pas le cerf, soit qu'il ne comprit pas les signes* Alors Guillaume impatienté cria tout haut : « Tire, Gaul- « tier, tire donc , de par le diable • ! » Et au même instant une flèche , soit celle de Gaultier, soit une autre, vint le

» Domine Jesu Chrisle, Salvaior generia humani... respice populum tuum... (Order. Vilal. Hi»!. ecclesiasl. , lib. x, apud Script, rer. normann., p. 781.)

' Num proaequi me ritum autumat Anglorum, qui pro sternutaUone et somnio vetulurum dimitlunt iter suum seu negotium ? ( U)id., p. 78S.)

3 Ibid.

< Cum arcu et sagitta in manu exspecteoli. (Henrici Knyghton, dt Evenl. AngL, lib. ii, apud hist. angi. Script, t. II, col. 3375, éd. Selden.)

^ Sed , fracta corda... eervus de sonitu quasi attonitus restilit , circum circarespiciens. (Ibid.)

e Trahe, Iralie arcum, ex parle dlaboli. (Ibid.)

frapper dans la poitrine ; il tomba sans prononcer un mot, hoo. et expira. Gaultier Tirel courut à lui; mais, le trouvant sans haleine , il remonta à cheval , galopa vers la côte , passa en Normandie , et de là sur les terres de France.

Au premier bruit de la mort du roi, tous ceux qui assistaient à la chasse quittèrent en hâte la forêt pour courir à leurs affaires. Son frère Henri se dirigea vers Winchester et vers le trésor royal ^ ; et le cadavre de Guillaume le Roux resta par terre , abandonné comme autrefois celui du Conquérant. Des charbonniers , qui le trouvèrent traversé de la flèche , le mirent sur leur voiture , enveloppé de vieux linges à travers lesquels le sang dégoutta sur toute la route ^. C'est ainsi que les restes du second roi normand s'acheminèrent vers le château de Winchester, où Henri était déjà arrivé et demandait impérieusement les clefs du trésor royal. Pendant que les gardiens hésitaient , Guillaume de Breteuil , venant de la forêt Neuve , accourut, hors d'haleine, pour s'opposer à cette demande : c< Toi et moi, dit-il à Henri, nous devons nous sou- « venir loyalement de la foi que nous avons promise au duc c( Robert, ton frère : il a reçu notre serment d'hommage ; « absent comme présent, il y a droit ^. » Une querelle violente s'engagea; Henri mit l'épée à la main; et bientôt, avec l'aide de la foule qui s'assemblait, il s'empara du trésor et des ornements royaux.

* Henricus concito cursu ad arcem Guenloniœ , ubi regalis thésaurus coiilinebatur, fesliiiavit. (Order. Vilal. Hisl. ecclesiast, lib. x, apud Script, rer. normanu., p. 782.

2 Supra bigam cujusdam carbonaloris. (Matlh. Paris, t. I, p. 54.) — Cruore undatim per lolam viarn slillanle. (Willelm. Malmesb., de Gest. rer. angl., lib. iv, apud rer. anglic. Script., p. 426, cd. Savile.)

3 Legaliter, inquil, reminisci Adei debemus quani Rodberlo duci gcrmano suo promisimus. (Order. Vitol. Hisl. ecclesiast., lib. x, apud Scripl. rer. normaiin., p. 782.)

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