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62 LIVRE lY.
^oe^^. glaîs comptaient avec impatience les jours qui devaient s'écouler jusqu'à rarrivée de ces enfants de la Baltique, auU'efois si terribles pour eux, et prononçaient avec amour des noms que leurs pères avaient maudits *. L'on attendait pareillement des troupes enrôlées à prix d'argent sur les côtes de l'ancienne Saxe et de la Frise ^, et les Saxons réfugiés en Ecosse promettaient aussi quelques secours. Encouragés par leur victoire, les habitants du Northumberland faisaient de fréquentes excursions, au sud de leur pays, sur les cantonnements des étrangers^. Le gouverneur de l'un des châteaux d'York fut tué dans une de ces rencontres *.
Ce fut dans l'intervalle des deux fêtes de la Vierge Marie, en autonme, que le fils du roi Sven , Osbiorn son frère, et cinq autres chefs danois de haut rang, abordèrent en Angleterre ^. Ils tentèrent hardiment une descente sur la partie des côtes la mieux gardée, celle du sud-est; mais, successivement repoussés de Douvres, de Sandwich et de Norwich, ils remontèrent vers le nord et entrèrent dans le golfe de THumber, comme faisaient jadis leurs aïeux, mais sous de tout autres auspices *. Dès que le bruit de leur approche se fut répandu dans les lieux d'alentour, de toutes parts les chefs de race anglaise, tous les Anglais en masse, sortirent des bourgs , des maisons et des champs,
' Voyez livre II, passim.
2 Frisia pro anglicis opibuB auxiliares turmas miltebat. (Order. Vital. Hist. ecclesiasl., lib. it, apud Script, rer. normann., p. 543.)
3 Diverses excursus crebro agitantes..., Danorum... praestolantes adventum. (Willelm. Gemet. Hist. Normann., apud Script, rer. normann.,
4 Order. Vidal. Hist. ecclesiast, lib. it, p. 642.
^ Matth. Westmonast. Flor. histor., p. «26. — Matth. Paris., t. I, p. 6.
^ Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. iv, apud Script rer. normann., p. 513.
pour faire amitié avec les Danois et se joindre à eux *. Le loao. jeune roi Edgar , Merlsweyn , Gospatrik , Siward Beorn , et beaucoup d'autres réfugiés , accoururent promptement de TÉcosse. On vit arriver aussi Waltheof , fils de Siward, échappé, comme Edwin et son frère, du palais du roi Guillaume : il était encore très-jeune, et se faisait remarquer, de même qu'autrefois son père, par une taille élevée et une grande vigueur de corps *.
Les Saxons se placèrent à Tavant-garde , les Danois formèrent le corps d'armée , et c'est dans cet ordre qu'ils marchèrent sur York, les uns à cheval , les autres à pied, dit la chronique saxonne, tous remplis de joie et d'espoir'. Des messagers les devancèrent pour avertir les citoyens que leur délivrance approchait , et bientôt la ville fut investie de toutes parts. Dans le huitième jour du siège, les Normands qui gîurlaient les deux châteaux , craignant que les maisons voisines ne fournissent aux assaillants des matériaux pour combler les fossés , mirent le feu à ces maisons *. L'incendie gagna rapidement, et ce fut à la lueur des flammes que les insurgés et leurs auxiliaires , aidés par les habitants , pénétrèrent dans la ville et forcèrent les étrangers de se renfermer dans l'enceinte de leurs citadelles ; le même jour, les deux citadelles furent emportées d'assaut *. 11 périt dans ce combat décisif plusieurs mil-
' Chron. saxon. Fragm. sub anno ML XVIII, apud Gloss. Ed. Lye, t. Il, ad flnem. — AlaUh. Paris., 1. 1, p. 6.
* Nervosus lacerlis, robustus pectore et procerus tolo corpore. (Matth, Westmonast., Flor. hislor., p. 229.) — Voyez livre m , 1. 1 , p. 201.
' Equitantes et itier facientes cum iminenso agmine, yalde exultantes. (Chron. saxon. Fragm. sub anno HLXVIII, apud Gloss. Ed. Lye, t. II, ad flnem.)
* Timentes ne domus, quœ prope castella erant, adjumenta Danis ad fossas implendas essent. (Alured. Bererlac Annal, de Gest. reg. Brilann., lib. IX , p. 498 , éd. Heame.)
^ Dani et Nordbimbri eadem die c&stella ft'egeruni (Ibid.)
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4069. liers d'hommes de France , comme s'expriment les chroniques anglaises*. Waltheof, placé en embuscade à Tune des portes des châteaux , tua , de sa propre main , à coups de hache, beaucoup de Normands qui cherchaient à s'enfuir^, n poursuivit cent chevaliers jusque dans un petit bois voisin , et pour s'épargner la peine d'une plus longue course , il fit mettre le feu au bois , où les cent cavaliers furent tous brûlés. Un Danois, guerrier et poëte à la fois, composa sur ce fait d'armes un chant où il louait le chef saxon d'être brave comme Odin, et le félicitait d'avoir servi aux loups d'Angleterre un bon repas de cadavres normands^.
Les vainqueurs firent grâce de la vie aux deux commandants d'York , Gilbert de Gand et Guillaume Malet, à la femme et aux enfants de ce dernier, et à un petit nombre d'autres qui furent emmenés sur la flotte danoise. Ils renversèrent de fond en comble , peut-être imprudenunent , les fortifications bâties par l'étranger, afm d'effacer tout vestige de son passage*. Le jeune Edgar, redevenu roi dans York, conclut, suivant l'ancienne coutume saxonne, un pacte d'alliance avec les citoyens ^ ; et ainsi fut relevée, pour quelques moments, la royauté nationale des Anglo- Saxons. Son domaine et le pouvob d'Edgar s'étendait de
I Multos centenos hominum francorum nccarunt. (Gbron. saxon. Fragm. sub anno MLXVIll, apud Gloss. Ed. Lye, t. II, ad ônem. — Multa ibidem hominum millia. (Malth. Paris, 1. 1, p. 6.)
3 Unos et unes per portas gradientes decapitans. (Origo et gesta Sivardi ducis, apud Script, rer. danic, t. III. p. 299.) 3 Torva tuenti appositus fuit cibus
Alni equo (lupo) ex cadaveribus Francorum.
(Sagan af Haralde Hardrada, cap. ci; Snorre's Heimskrlngla, t. III, p. 468.
* Ghron. saxon., éd. Gibson, p. 474.
^ Cives cum eo fœdus iniverunt. (Ghron. saxon. Fragm. sub anno MLXVIIl, apud Glosa. Ed. Lye, t. II, ad finem.)
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la Tweed à THumber ; mais Guillaume , et avec lui Tescla- io69. vage , régnait encore sur tout le pays du sud , sur les plus belles provinces, les plus riches et les plus grandes villes. L'hiver approchait; les navires des Danois se mirent en station dans le golfe de THumber, aux bouches de TOuse et de la Trent. Leur armée et celle des Saxons libres attendaient le retour de la belle saison pour s'avancer vers le midi, faire rétrograder les conquérants , et confondre le roi Guillaume, comme disent les historiens du siècle*. Guillaume ne fut pas sans alarmes; la nouvelle de la prise dTork et de la déroute complète des siens l'avait transporté de douleur et de colère ; il avait juré de ne point quitter sa lance qu'il n'eût tué tous les Northumbriens ^ ; mais, modérant son emportement, il voulut d'abord essayer la ruse , et envoya des messagers habiles à Osbiom, le frère du roi Sven , commandant supérieur de la flotte danoise. Il promit à ce chef de lui faire tenir en secret une grande somme d'argent, et de lui laisser prendre librement des vivres pour son armée sur toute la côte orientale, s'il voulait, à la fin de Thiver, mettre à la voile et s'éloigner sans combat^. Tenté par l'avarice, le Danois fut infidèle à sa mission et traître envers les alliés de son pays; à son grand déshonneur, disent les chroniques, il promit tout ce que demandait le roi Guillaume *•
Guillaume ne se bornai point à cette seule précaution ; après avoir enlevé sans bruit aux Saxons libres leur prin-
I ut regem Gulihelmutn confunderent. ( Matth. Westmonast, Flor. hislor. p. 226.) — Malth. Paris.,!. I, p. 6.
» Juravitomnes Nortimbreiises una lanceage perempturum. (Roger, de Hoved. Annal., pars prior, apud rer. anglic. Script., p. 451 , éd. Savilc.)
3 Ut sinepugna discederet, peracta hieme. (Florent. Wigorn., Chron.,
* Nod sine niagiio deUccore. (Ibid.)
106». cipale force , il se tourna vers les Saxons de la contrée soumise , fit droit à quelques-unes de leurs plaintes, modéra Finsolence de ses hommes de guerre et de ses agents', amollit par de minces concessions Tesprit faible du grand nombre, donna quelques bonnes paroles, et, en retour, se fit prêter de nouveaux serments et livrer de nouveaux
«070. otages *. Alors il marcha sur York , à grandes journées , avec ses meilleures troupes. Les défenseurs de la ville apprirent en même temps l'approche de la cavalerie normande et le départ des vaisseaux danois. Tout délaissés qu'ils étaient , et déchus de leurs meilleures espérances , ils résistèrent encore , et se firent tuer par milliers sur les brèches de leurs murailles ^. Le combat fut long et la vie* toire chèrement achetée. Le roi Edgar se vit conti'aint de fuir, et ceux qui purent s'échapper comme lui le suivirent jusqu'en Ecosse. Malcolm, roi de ce pays, le reçut de nouveau avec bienveillance, et ouvrit un asile aux hommes de tout état qui émigraient du nord de l'Angleterre *.
Pour la seconde fois maître d'York , le conquérant ne s'y arrêta point; il fit continuer vers le nord la marche rapide de ses bataillons. Les étrangers se précipitèrent sur la terre de Northumbrie avec la fi»énésie de la vengeance^ ; ils incendièrent les champs en culture aussi bien que les hameaux et les villes, et massacrèrent les troupeaux comme les hommes •. Cette dévastation fut opérée avec
1 Gompescens elationem suorum. (Hallh. Westmonast., Fior. histor., p. «26.)
* Fœdere cautius cum omnibus conflrmato. (Ibid.) 3 Ibid.
* Omnes Anglos perfugas libenler recipiebal. (Mallh. Paris., 1. 1, p. B.)
* lu Nordhimbriam efferato properavil animo. ( Alured. Bcverlac. Annal, de gesl. reg. Britann., lib. ix, p. 128, éd. Hearne.)
*• Totius regionis urbes, vicos, agros, et oppida conter! , et fruges jusslt igné consumi. (Matth. Paria, t. I , p. 6.)
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une sorte d'étude et 'sur un plan régulier, afin que les iotd. braves du nord , trouvant leur pays inhabitable , fussent contraints de Tabandonner et de se disperser en d'autres lieux. Ils se retirèrent, soit dans les montagnes qui tenaient encore leur nom de Fasile qu'y avaient jadis trouvé les Cambriens, soit à Fextrémité des côtes de Test, dans des marécages impraticables et sur les dunes de VOcéan. Là ils se firent brigands et pirates contre l'étranger, et furent accusés, dans les proclamations du conquérant, de violer la paix publique et de se livrer à un genre de vie infâme * . Les Normands entrèrent pour la seconde fois dans Durham; et leur sommeil n'y fut plus troublé, comme l'avait été celui de Robert Gomine.
Avant leiu* entrée dans cette ville , qui était pour eux la clef de tout le pays septentrional , l'évêque de Durham , Eghelwin , le même qui avait donné à Robert des avertissements si mal suivis , s'était réuni aux principaux habitants pour s'enfuir, dit un ancien poëte anglais , dans des lieux où ne pourraient les atteindre ni Normand, ni Bourguignon , ni brigand , ni vagabond ^. Emportant avec eux les ossements de ce saint Cuthbert , dont les Normands eux-mêmes croyaient avoir éprouvé la redoutable puissance , ils gagnèrent vers le nord, à l'embouchure de la Tweed, un lieu appelé Lindisfam-ey, et plus vulgairement l'Ile Sainte^, espèce d'île plus peuplée de reliques
1 Cum adhuc in sna serumna armis atque fuga auderent... , in marilimorum prœsidiorum remoliora sese receperunt, inhoneslas opespiralico latrocinio sibi contrahentes. (Willelm. Gemel. Hist. Normann., apud Script, rer. normann., p. 290.) ' Sithen dred thei nothing of thefe ne of feloun
That were wilh the kyng Norman no Burgoloun.
(Peter Langtof l's Ghronicle , afl iilustred and improv'd by Bobert of Brunne, vol. I , p. 77, éd. Hearne.) 3 Aiured. Beverlac. Annal, de gest. reg. Brilann., lib. ix, p. 129, éd. Hearne.
1070. que d'hommes, qui , deux fois le jour, à la marée montante , était entourée par les eaux , et deux fois aussi , quand la mer baissait, se trouvait rejointe à la terre ferme. La grande église de Durham, abandonnée et restée sans gardiens, devint Tasile des Saxons blessés , pauvres et malades; ils y couchaient sur la pierre nue au nombre de plusieurs milliers, épuisés de misère et de faim*.
L'armée conquérante, dont les corps de bataille couvraient un espace de cent milles , traversa dans tous les sens ce territoire , pour la première fois envahi par elle , et les traces de son passage s'y imprimèrent profondément. De vieux historiens racontent que, depuis THumber jusqu'à la Tyne , il ne resta pas une pièce de terre en culture, pas un seul village habité*. Les monastères qui avaient échappé aux ravages des païens danois , celui de Saint-Pierre auprès de la Wear, celui de Whitby, qu'habitaient des religieuses, furent profanés et incendiés'. Au sud du cours de l'Humber, si l'on en croit les mêmes narrateurs, le ravage ne fut pas moins terrible. Ils disent qu'entre York et la mer orientale, tout être vivant fut mis à mort, depuis l'homme jusqu'à la bête*, tout, excepté ceux qui se réfugièrent à Beverley, dans l'église de Saint- Jean-l' Archevêque. C'était un saint de race anglo-saxonne.
* Speluncaeratpaupernm, dcbilium, aegrotantium, qui illic déclinantes, famé ac morbo deflciebant. ( Alured. Beverlac. Annal, de gest. reg. Britann., lib. ix, p. 129, éd. Hearne.)
i Nusquam villa inhabilata. ( Ibid., p. 138.)
3 Chron. Joban. Bromton, apud hist. angl. Script-, 1. 1, col. 966, éd. Sciden. — Willelm. Malmesb., de Geat. pontif. angl., lib. m, apud rer. anglic. Script., p. 271, éd. Savile.
* Ab homine usque ad pecus periit quicumque repertus est ab Rboraco usque ad mare orientale. (Alured. Beverlac. Annal, de gest. reg. Britann.» lib. IX , p. 139 , éd. Hearne.)
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et, à l'approche des conquérants, un grand nombre ioto. d'hommes et de femmes accoururent, avec ce qu'ils avaient de plus précieux, autour de Téglise dédiée à leur bienheureux compatriote, afin que, se souvenant dans le ciel qu'il était né Saxon , il les protégeât , eux et leurs biens, contre la fureur de l'étranger.
Le camp des Normands était alors à sept milles de Beverley, et le bruit s'y répandit que l'église de Saint-Jean était le refuge des riches et le dépôt des richesses du pays. Quelques éclaireurs aventureux se détachèrent , sous la conduite d'un certain Toustain, pour courir les premiers au pillage * . Ils entrèrent à Beverley sans résistance , marchèrent vers le cimetière où se pressait la foule effrayée , et franchirent les barrières sans s'inquiéter du saint anglosaxon plus que de ceux qui l'invoquaient. Toustain, le chef de la bande , parcourant des yeux les groupes d'Anglais , aperçut un vieillard richement vêtu et portant des bracelets d'or, suivant la mode de sa nation^. Il galopa contre lui Tépée nue; le vieillard effrayé s'enfuit dans l'égUse, et Toustam l'y poursuivit; mais à peine eut-il passé les portes , que son cheval, glissant sur le pavé, s'abattit et le froissa dans sa chute ^. A la vue de leur capitaine à demi mort, les autres Normands tournèrent bride, et, l'imagination frappée, ils coururent, pleins d'effroi au camp raconter ce terrible exemple du pouvoir de saint Jean de Beverley. Au passage de l'armée , nul n'osa s'exposer de nouveau à la vengeance du bienheureux ; et le territoire de son égUse , si l'on en croit la
* Quidam milites rapinis assueli. (Ibid.) ' Auream in brachio armillam ferentem. ( Ibid.) ' Infra valvas ecciesiœ jam pêne fugiendo extinctum insequiiur, cCim ecceequus... (Ibid.)
i(wo. légende, resta seul couvert d'habitations et de fruits au milieu du pays dévasté * .
Guillaume ; poursuivant les débris des Saxons libres, alla jusqu'au pied de la grande muraille romaine, dont les restes se prolongent encore de Test à l'ouest, depuis Tembouchure de la Tyne jusqu'au golfe de Solway. Il retourna ensuite vers York, où il fit apporter de Winchester la coiu*onne d'or, le sceptre doré, le manteau doublé de fourrure et tous les autres insignes de la royauté anglaise ; il les étala en grande pompe durant les fêtes de la Nativité , comme pour faire un défi aux hommes qui avaient combattu , quelques mois auparavant , pour le roi Edgar et leur pays^. Il n'y, avait plus personne capable de répondre à cette provocation; un dernier rassemblement de braves fut dispersé sur les bords de la Tyne*; et telle fut , dans la contrée du nord , la fin de la résistance , la fin de la liberté selon les Anglais , celle de la rébellion selon les Normands *.
Sur les deux rives de l'Humber, la cavalerie du roi étranger, ses comtes, ses'baillis ^, purent désormais voyager librement par les chemins et par les villes. La famine, comme une fidèle compagne de la conquête , suivit leurs pas : dès l'année 1067, elle avait désolé quelques pro-
* Nec terra aliqua erat culta, excepto solo territorio beati Joannis 6 c- ▼erlaci. (Ghron. Johan. Bromton apud hisU angl. Script., 1. 1, col. 966, éd. Selden.)
2 Ex civitate Guenta jubet adferri coronam aliaque ornamenta regalia etvasa. (Order. Vital. Hist. ecdesiast., lib. it, apud Script, rer. nor> maDD., p. 515.)
3 Hostile coll^ium in angulo quodam regionis... paludibus undique munito. (Ibid.)
* Seditionum tempeslale parumper conquiescente. <WilIelm. Gemet. Hist. Normann., apud Script, rer. normanu., p. S90.)
& Ballivif en français du «temps baiU ou bailUfî, nom qui s'impliquait àrplusieùrs sortes d'officiers imblics.
vinces, les seules qui alors eussent été envahies; mais, en loro. i070 , elle s'étendit sur l'Angleterre entière *, et se montra dans toute son horreur, sur les terres nouvellement conquises. Les habitants de la province d'York et du territoire au nord d'York , après s'être nourris de la chair des chevaux morts que l'armée normande laissait sur les routes, mangèrent de la chair humaine*. Plus de cent mille personnes de tout âge périrent de misère dans cette contrée^. « C'était un aflfreux spectacle, dit un vieil anna- « liste , que de voir sur les chemins, sur les places publi- « ques , à la porte des maisons , les cadavres humains « rongés de vers , car il ne restait personne pour les couce vrir d'un peu de terre *. » Cette détresse n'était que pour les indigènes, et le soldat étranger vivait dans l'abondance; il y avait pour lui, au sein de ses forteresses, de vastes amas de vivres et de blé , et on lui en envoyait d'outre-mer au prix de l'or enlevé aux Anglais. Bien plus, la famine l'aidait à dompter entièrement les vaincus , et parfois, pour les restes du repas d'un valet de l'armée normande, le Saxon naguère illustre parmi les siens, maintenant flétri par la faim, venait se vendre, lui et toute sa famille, en servitude perpétuelle^. L'acte de vente s'inscrivait sur les pages blanches de quelque misself où l'on peut retrouver aujourd'hui , à demi effacés , et
* Normannis Angliam vastanlibus..., per tolam Angliam , maxime per Northumbriam..., famés prœvaluit. (Florent. Wigorn. Ghron., p. 636.)
^ Ut homines... carnem comederent humanam. (Ibid.) 3 Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. it, apud Script, rer. normann., p. 515.
* Neque enim supererat qui eahumo cooperiret, omnibus extinctis vel gladio et famé. (Roger, de HoYed. Annal, pars prior, apud rer. anglic. ScripU, p. 451 , éd. Savile.)
^ Alii in servitulem perpetuam se yendiderunt, dummodo qiialitercumque miserubilem vitam sustentarent. ( ibid.)
4070. servant de thème à la sagacité des antiquaires , ces monuments des misères d'un autre âge.
Le territoire situé d'un côté au nord, et de l'autre au sud de FHumber, tout ravagé qu'il était , fut divisé entre les conquérants avec le même ordre qui avait présidé aux partages des terres méridionales. On fit plusieurs lots des maisons ou plutôt des ruines d'York ; car dans les deux sièges qu'avait soufferts cette ville, elle avait été tellement dévastée, que, plusieurs siècles après, les fondements des anciens faubourgs se voyaient encore en rase campagne, à plus d'un mille de distance '. Le roi Guillaume prit la plus grande partie des habitations qui restaient debout ^ ; les chefs normands se partagèrent le reste, avec les églises, les boutiques des marchands , et jusqu'aux bancs du marché à la viande, dont ils perçurent le loyer ^. Guillaume de Garenne eut vingt-huit villages dans la seule province d'York , et Guillaume de Percy plus de quatre-vingts manoirs *. La plupart de ces domaines, dans le rôle dressé quinze ans plus tard , portent pour qualification ces simples mots : terre en friche ^. Tel fonds qui , au temps du roi Edward, avait produit 60 livres de rente, en produisait moins de cinq entre les mains de son possesseur étranger; et sur tel domaine où deux Anglais d'un rang élevé avaient vécu à l'aise, on ne trouva plus, après la conquête, que deux pauvres laboureurs esclaves , rendant à peine à
< Gonstans fama est, aliquot villas esse uno ab Eboraco milliario , iibi anle tempora Gullielmi Notbi termini erant suburbanarum aedium. (Lelandi GoUectanea, vol. IV, p. 36.)
3 Extrada ex D. B., apud rer. anglic. Script., t. III, p. 774 , éd. Gale.
3 Gomes de Moritonio habet ibi xiv mansiones et ii bancos in macello et ecclesiam Sanclœ-Grucis. (Domesday-book , vol. I, fol. 398 recto.)
4 Ancient lenures of laiid, p. 6.
* Omnia nunc wasla. (Domesday-book , vol. I, fol. 309 recto.) — Modo omnino sunt wasla. (Ibid.) — Ex maxima parte wasta. (Ibid.)
leur seigneur normand la dixième partie du revenu des loro. anciens cultivateurs libres *.
De grands espaces de pays au nord d'York furent le partage du Bas-Breton Allan, que les Normands appelaient Alain , et que ses compatriotes y dans leur langage celtique, surnommaient Fergan, c'est-à-dire le Roux *. Cet Alain construisit un château fort et des ouvrages de défense auprès de son principal manoir, appelé Ghilling, sur une colline escarpée qu'entourait presque de toutes parts la rivière rapide de Swale. Céfie forteresse, dit un vieux récit , était destinée à le protéger, lui et les siens , contre les attaques des Anglais déshérités*. Conrnie la plupart des autres capitaines de l'armée conquérante, il baptisa d'un nom français le château qui devint sa demeure, et l'appela Riche-mont , à cause de sa situation élevée, qui dominait le pays d'alentour *,
Toute l'île formée par l'Océan et les rivières, à la pointe la plus orientale de l'Yorkshire, fut le partage de Dreux Bruère, capitaine d'auxiliaires flamands. Cet homme épousa une parente du roi Guillaume» et la tua dans un accès de colère; mais, avant que le bruit de cette mort se fût répandu, il alla trouver le roi, et le pria de lui donner de l'argent en échange de ses terres, parce qu'il avait envie de retourner en Flandre. Guillaume fit compter au Flamand la somme qu'il demandait, et ne sut qu'après
■ Duo taini tenuere..., ibi sunt ii villani cum i carruca; valuit xl sol. modo iiii sol. (Ibid., fol. sis recto.)
^ Dictum BufUm vol Fergaunt. (Geoeal. comit. Richmundiœ, apud Script, rer. gallic. et francic.» t. XII , p. 868.)
3 Pro tuitione suorum eontra infeetationem Anglorum tune ubique exhaeredalorum. ( Ibid.)
* Et nomina^it dictum castrum Riche-mont suo idiomate gallico, quod sonat laUne divilem roontcm. (Ibid.). — Monast anglic, Dugdale, 1. 1. p. 877.