‹ Œuvres complètes de Augustin Thierry (volume 5)Chapitre 5 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

ti LIVRP IV.

I0JO spa 4^p^ pourquQi il ét^ît parti *. Alqrs l'îl^ jJe Holderness devint la propriété d'Eudes 4p Çhampagaç^ (jui prit dans la suite po^ir épouse la sœur maternelle flu conquérant. Quand }a femnie d'Eudes eut accouché 4' un fils , il fit i^em^rquer au roi qu^ son îlq était peu fertile, qu'elle * ne produisfiit que de ^avoine ^, et j| le pria de li[i octroyer une terre capable de porter du bjé, pour qu'on pût en nourrir l'enfant '. Le roi Guillaume, disent les anciens actes, luj fit don du boqrg entier de Bytham, dans 1^ province de Lincoln.

Noq Ipin de cette m^ïpe île {ie Holderne^s, sur les bords de TBiumber, Gamel, fils d^ Quetel, venu çjp M^^Hx en France avec une teoppe {l'hopapies né§ dans la même ville, prit ^ne certajpe éten(|ue de terre où il ^tablit sa demeurq ^t celle de tous sps compagpops *. Ces hommes, voulant attacher à le^u* nouvelle habitation un spuvenir de leur ville natale, lui donnèrent le nom de Meaux , et ce nom fut pendant plusieurs siècles celui d'uqe abbaye fondée ^\x même lieu '. Gamel , chpf des aventuriers de Meaux et possesseur du principal pianoir dp leur petite colonie, s'entendit avec les c^iefs qoyi^ands qui occupaient les terres voisines pour que les limites de leurs possessions respectiyes fussent inyarial^lement déterminées. Il eut plusieurs conférences q^ plusieurs parlements ^ comme on disait alors, avec Basin, Sivar(}, Fr^ncon, ^t Richard d'Estouteville. Tous, de conunun accord, mesurèrent

1 Dugdale'8 Baronage of EDgland, t. 1, p. 60. — Monast. anglic, Dugâale,t. 1, p. 796.

3 Nec gignebatnisi ayenam. ( Ibid.)

3 UDâe alere posset nepotem 8uum ( Ibid.)

* Qui, id conquestu Kormannorum, de quadam civitate GalitB/Meldia laUne, sed Meaux gallice vocitala, exeuntes. (Ibid., p. 793.)

& Post dictum conque^tum, ipsum locum inhabitantes , nomea de WcflMa: ci imposuerunt , in memoriamsuœ priât inœ civitaU8.(Mona8l. anglic, Dugdale, 1. 1, p. 793.)

ieurs portions de terré et y établirent des bornes , a afin , mo. « dit le vieux récit, que leur postérité, né trouvât rien à a débattre et qiie la paix qui existait entré eux se transmit « à leurs Héritiers * . »

Le grand doinâine dé Pontefract , lieu oxx les troupes normandes avaient passé à gué le fleuve de TAîre, fut le partage de Guilbert de Làcy, lequel , suivant l'exemple de presque tous les autres capitaines normands, y construisit un château fort ^. il paraît que ce Giiilbert franchit le premier, avec ses tàndes, lès montagnes à l'ouest d'York, et qu'îl envahît là contrée voisine de Làiicaster, qui formait alors une portion dô la province de Chester. Toujours estil certain qu'il s' appropria , dans éétte contrée, line terre immense, dont lé chèf-lîeti était felackburn , et qui s'étendait, vers le sud et vers Test, jusqu'aux frontières de l'Yorkshîre. Poùi» fdrriier ce grand domaine, il expulsa, suivant iitïe vieille tradition, tous lés propriétaires anglais de Blackbùrh, de Rochdàlè, de Tôllirigtoh, et du voisinage. Avant la conquête, disait la tradition, tous ces propriétaires étaient libres, égaui en droits et itidëpendants les uns des autres; mais, après rinvdsioiï des Normands, il n'y eut plus, ttàns tout le pays, qii'uri seul seignetir et des fermiers à bail *.

Le roi Guillaume, avec ses corps d'élite, ne s'était avaticé que jusip'à Bexhàrti ; ce ftœètit seâ capitaines cjtiî, pénétrant plus Idhi, conqiiirent le reste dti pays de Nohhumbrie vers le riord et vers l'ouest. La contrée monta-

1 Ex commun! consilio... ierminos înter se âistinguentcg, cèrtas men** Buras t)088€88ionum suaruin posuefunt, àd aùferenààcertamina posteronun. ( Ibid., p. 704.)

2 Ibid., p. 859.

* Vulgaris... opinio tenet et asscrit quod quoi fuerànt vel mansa seu màneria hôinînum, totfiiérùnt domini. ., quorum nullus dealîo tenebat... poBt couquèstum autein iii unum dominiumomnià sunt redacfa. (Ibid.,

KKTO. gneuse du Cumberland fut réduite en comté normand ; un certain Renouf Meschin en prit possession, et la terre de bruyères et de marais qu'on appelait Westmoreland fut aussi rangée sous le pouvoir d'un gouverneur étranger •. Ce comte partagea entre ses hommes d'armes les riches domaines et les belles femmes du pays. Il donna les trois filles de Simon fils de Thom, propriétaire des deux manoirs d'Elreton et de Todewick, l'une à Onfroy, son homme d'armes , l'autre à Raoul , dit Tortes-mains , et la troisième à un écuyer nommé Guillaume de Saint-Paul ^. Dans la Northumbrie proprement dite, Ives de Vescy prit le bourg d'Alnwich , avec la petite fille et tout Théritage d'un Saxon mort en combattant*. Robert de Brus obtint par conquête, disent les vieux actes , plusieurs centaines de manoirs et le péage du port de Hartlcpool , dans la province de Durham *. Enfin , pour citer un dernier trait de ces usurpations territoriales, Robert d'Omfi»eville eut la forêt de Riddesdale, qui appartenait à Mildred, fils d'Akman : en signe d'investiture de ce domaine, il reçut du roi Guillaume l'épée que celui-ci portait à son entrée dans le Northumberland, et jura sur cette épée de s'en servir pour purger le territoire de loups et d'ennemis de la conquête ^.

Quand les Northumbriens , après avoir chassé Tosti, frère de Harold , dans une insurrection nationale, eurent choisi pour chef Morkar, frère d'Edwin, Morkar avait mis, de leur aveu, à la tête du pays situé au delà de la Tees, le

* Monast. anglic, Dugdale, p. 838. ~ Voyez livre ii, p. 124.

^ Data et desponsata... et... cum dicta Maria in bereditate totum dominium de Elreton... (Monast. anglic, Dugdaie, 1. 1, p. 838.)

3 Tradidit filiam ciûusdam... qui fuit occisus in bello cum Haroldo rege. (Ibid., t.U,p. 592.)

* Per oonquestum. ( Ibid., p. 148.) — Apud Hartlepool portum maris , et de qualibet navi tiii den. ( Ancient tenures of land , p, ue.)

^ Ibid., p. 15.

Jeune Osulf, fils d'Edulf*. Osulf garda son commande- 1070. ment jusqu'au jour où les Normands eurent passé la Tyne; alors il fut contraint de fuir comme les autres dans les forêts et les montagnes. On mit à sa place un Saxon appelé Kopsi , homme que les habitants de la Northumbrie avaient chassé avec Tosti, qui avait à se venger d'eux , et ' que, pour cette raison même, le nouveau roi leur imposa comme chef 2. Kopsi s'installa dans son poste sous la jm'otection des étrangers; mais, après avoir exercé quelque temps son office, il fut assailli dans sa maison par une troupe de déshérités , conduite par ce même Osulf, dont il avait reçu la dépouille. Il prenait tranquiUement son repas , sans s'attendre à rien , quand les Saxons tombèrent sur lui , le tuèrent, et se dispersèrent aussitôt '.

Ces traits d'audace et de vengeance, dont les historiens ne citent qu'un petit nombre, durent certainement se reproduire en beaucoup de lieux, mais, quelque nombreux qu'ils fussent, ils ne pouvaient sauver l'Angleterre. Une force immense , régulièrement conduite et régulièrement distribuée, se jouait des efforts vertueux, mais impuissants, des amis de l'indépendance. Les braves eux-mêmes , les grands chefs dont le nom seul ralliait beaucoup d'hommes, perdirent courage et capitulèrent de nouveau. Waltheof , Gospatrik, Morkar et Edwin firent leur paix avec le conquérant. Ce fut sur les bords de la Tees qu'eut lieu cette réconciliation fatale à la cause saxonne. Le roi Guillaume établit , durant quinze jours, son camp sur les rives de ce fleuve , et là il reçut les serments de Gospatrik et de Wal-

< MonasL anglic, Dugdale, 1. 1, p. 41.

> Rex Wiliielmus comitatum Osulpbi tradidit Gopsio, qui erat partis TosU comitis, viro consiliario prudeoti. ( Ibid }

» Convivanlem... manibus Osuift detruncatur. (Simeon Dunelmensis, apud hlBt. angl. Script., 1. 1, col. â04, éd. Selden.)

78 LiVRB IV.

♦070. thèof. Le prchner , qui était absent et qui se soumit par message, obtînt le gouvernement de la Northumbrie, vacant par la mort de Kopsî , avec le titre étranger de cblnte *. Waltheôf mît sa maift nùe dans la maîn du roî tiormand , et devint èomte des deux provinces dé Htmtmgdori et de Northamptonp. Il épousa Judîth , Fune des nièces de son nouvel amî; maïs comme le montrera là suite de cette histoire , le lit de la femme étrangère firt plus dur pour le èhef saxon que là terre nirè oiî il avait craint de dormît en gardatrt sa foi à soti pays '. Bientôt le roi Edgard hïi-même vint , Tpout la seconde fois , àbjàrei^ son titré ftatiohai et lés droits qrfîl ferait du peuple *. CTétaît uri honiùie dôué de peu de vîgtrettr Jéttrie, et qu! i^ lâfissait tôt^ours entraînée, soit dans le bien , sôît dans lé mal , par les circonstanèes et par Texemple (fautrtii. Il ne sut pas demeurer plus fidèle au Normand qtf à FAngletérrè , et lo^scjûe le vent de là résistance se leva de noriveâti, Edgard s'enfuit enèorè ëi repartit pour tÉcosse , au bruit des hnprécatiôfhs des étrangers, qui Taccusaient de violer sa foï ^. Le peuple anglais, indulgent dans sa misère , lui pardonnait ses iriconstances, et , délaissé par lui , Taimait encore : « H était jeune et « beau , disent les vieilles chroniques , et descendait de la « vraie race , de la meilleure race du pays •. »

■ Monast. aï)glic.,Dugdale, 1. 1, p. 41.

3 Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. ly, apud Script, rer. normann.^ p. 515. — Willelm. Malmeab., de Gesl. reg. angl., lib. m, apud rer. angiic. Script., p. 104, éd. Savile. — Cbron. saxon- Fragn). sub anno MLXXI , apud Gloss. Ed. Lye, t. II , ad ânem.

3 Eique dédit ducendam in uxorem neptem Buam Juettam, Ûliam comitiB Lamberti de Lena. (Vita et passio Waldevi comitis; Ghron. anglonorm., t. II, p. lis.)

* Et misericordiam postulans impeiravit, et ei ûdelitatem fecit. (Matth. Paris, t. II, p. 6.)

* Fado ad Scotos transfugio, jusjurandum maculavit. (Ibid., p. 7.) ' That best Kunde in Engelond adde to be Kyng.

( Robert of Gloucester's Ghronicle, p. 370 , éd. Hearnc. )

Après la Conquête des terres Si nord , celle des pro- îoiù, vinces du nord-ouest , voisines du territoire gallois , paraît s'être bientôt accomplie. Èdrik, surnotiïiïié le Sauvage, n'ari'êtà pïtis les bandes norma'hdes qui débordaient de tous côtés, et cèàsa de troubler par seè incursions leurs étabtissèriierife , jusque-là ptécaires , aux environs du retranchement tfdffa. Etïân , Raoul de Môrtemer fit prisonflïerle jétihè èhéf de partisane, et, surï'avlsde son conseil de guerre, fé déi)ouifla fle teus ses biens, pour avoir, dit un âihcien récit , refuse d'obéir à la conquête , quoique soirittié plusietos fois dé le faire *. L'armée normande tftn réduisit la ^ôpulatîo'n des mafebes galloises né s'aréêtà pas à la iratiôïiée ffOffa; friâîs, passant cette antique frontière , à l'otiest de SbreV^sMi^, elle i)ënétr£i stir le territoire dés Càtnbrîeiis. Ce fitït le commencement de la conquête du pà^s de èalïes que, depuis lors, poursuivirent sâné relâche les cônqtférafnts de FAngleterre ^, La première fortéifèssè normande élevée sur les terrés galloises fut bâtie à seize milles de Shrewsbury , pair un chef notomé Baudom. Les habitants du lièiï rappelaient , en langue cambrienné, Tre-Paldwin , ou le château de Baudoin I mais le rioifn que Jeà Normands hii conservèrent fut celui de Moht-Gomei'y , par égard pour Roger de Montgomery , comte de la jW'ôVirice dé Shrop et de tout le pays conquis sur les Gallois '.

La vitle de Shrev^sbtiïy , fortifiée d'une citadelle bâtie sur l'emplacement de cinquante et une maisons , fut ran-

* El quia idem EdricuB noluit conqueslui parère.... (Monast. anglic, l>ugdale»t. II,p.221.)

* Postquam Normanrti , bello commîgso, Anglos tiUi subjugarunt, hanc (Walloniam) 8U0 itnperio... (Gesta Stepbani régis, apud Script, rer. nor* mann., p. 930.)

^ PennanVaTour in Wales, 1. II, p. 348.

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wo. gée dans le domaine du roi Guillaume *. 11 y fit percevoir les impôts pour le compte de son échiquier ^ (c'est ainsi que les Noraiands appelaient ce que les Romains avaient nommé fisc). Les agents du conquérant n'exigèrent pas de plus grands tributs que la ville n'en avait payé dans le temps de l'indépendance anglaise ; mais une réclamation authentique des habitants montre de quelle valeur était pour eux cette modération apparente. « Les habitants an- « glais de Shrewsbury (ce sont les paroles du rôle) disent « qu'il leur est bien lourd de payer intégralement l'impôt « qu'ils payaient dans les jours du roi Edward, et d'être « taxés pour autant de maisons qu'il en existait alors; car « cinquante et une maisons ont été rasées pour le château « du comte ; cinquante autres sont dévastées au point «d'être inhabitables; quarante-trois Français occupent « des maisons qui payaient dans le temps d'Edward, et «de plus, le comte a donné à l'abbaye qu'il a fondée « trente-neuf bourgeois qui autrefois contribuaient avec « les autres^. »

Ces monastères, fondés par les Normands dans les villes ou les campagnes de l'Angleterre, se peuplaient des moines venus d'outre- mer à la suite des troupes étrangères. Chaque nouveau ban de soldats était escorté d'un nouveau ban de clercs tonsurés , qui venaient au pays des Anglais pour gaaingner, comme on disait alors. Dès Tannée 4068, l'abbé de Saint-Riquier en Ponthieu, s'embarquant au

1 Quamvis castellum comilis oocupaverit li maoBuras. ( Extrada ex D. B., apud rer. anglic Script, t. III , p. 773 , éd. Gale.)

3 Ce nom vient d'une lahle à cases et à compartimeuts sur laquelle on comptait les sommes d'argent pour faciliter le calcul.

3 Dicunt angligenoj burgeoses de Sciropesberie multum grave sibi esse... et xliii francigcnae burgenses (eneant mansuras geldantes. t. r k. etabbatiœ quam facit ibi cornes dederil ipâe xxxix burgeoses, olim similiter cum aliis geldantes. ( Ëxlracta ex D. B. , apud rer. anglic. Script,, t. III, p. 773, éd. Gale.)

port de Wissant pour aller en Angleterre, rencontra plus «oro. d'une centaine de religieux de tous les ordres, avec une foule de militaires et de marchands, qui tous attendaient , comme lui, le moment de passer le détroit *. Des bénédictins de Séez en Normandie , pauvres et manquant de tout, vinrent s'établir dans une vaste habitation que leur donna Roger de Montgomery , et y reçurent , pour garnir leur table , la dîme de toute la venaison prise dans la province de Shrop^. Des moines de SaintrFlorent , à Saumur , émigrèrent pour venir occuper une église échue , par droit de conquête , à l'Angevin Guillaume de Brause ^. Dans la province de Stafford, auprès de Stone , sur la Trent, se trouvait un petit oratoire où deux nonnes et un prêtre saxon passaient leurs jours à prier en Thonneur d'un saint du lieu , appelé Wolfed : tous les trois furent tués par un certain Enisant , soldat de l'armée conquérante , et « cet a Enisant , dit la vieille légende , tua le prêtre et les deux <f nonnes , afin que sa sœur , qu'il amenait avec lui , pût (X avoir leur église *, »

Depuis que la conquête prospérait , ce n'était pas seulement de jeunes soldats et de vieux chefs de guerre, mais des familles entières , hommes , femmes et enfants , qui émigraient de presque tous les coins de la Gaule pour chercher fortune en Angleterre ; ce pays était devenu pour les gens d'outre-mer, comme ces terres nouvellement décou-

* Ubi fuerunt cum illo tam abbates quam monachi plus quam centum pr»(erea mUilarium virorum et negociatonim plurima multitudo , qui omnes in Angliam... transvehi cupiebant. ( Ghron. S. Richarii , apud Script, rer. gallic. et francic, t. XI, p. 433.) 2 PennaiiVs Tour in Wales, vol. II, p. 402.

^ Monast anglic, Dugdale, 1. 1, p. 375.

^ This Enysan slue the Nuns and priest alsoe

Because bis sister sbould bave tbis churcb loe. (tbid., t. II,p.l96.)

1070. vertes que Ton va coloniser, et qui appartiennent à tout venant. « Noël et Célestrie sa femme , dit un ancien acte , « vinrent à Tarmée de Guillaume le Bâtard, et reçurent « en don de ce même bâtard le manoir d'Elinghall , avec « toutes ses dépendances *. » Suivant un vieux dicton en rîmes, le premier seigneur de Cognisby, nommé Guillaume, était arrivé de Basse-feretagne , avec son épouse Tifaine , sa servante Maufa et son chien Hardigi^as *. II se faisait des fraternités d'armes, des sociétés de gain et de perte , à- la vie et à la mort , entre les hommes qui s'aventuraient ensemble aux chances de l'invasibii *• Robert d'Ouilly et feoger d'îvry vinrent à là conquête comme frères ligués et fédérés par la foi et lé serment^; ils portaient des vêtements pareils et des armes pareilles ; ils partagèrent par moitié les terres anglaises qu'ils conquirent; Eudes et Picot , Robert Màrmion et Gauthier de Somerville firent de même ^. Jean de Courcy et Amàùry de Saint- Florent jurèrent leur frateriiité d'armes dans l'église de Notre-Dame à Rouen ; ils firent vœu de servir ensemble , de vivre et de mourir ensemble, de partager ensemble leur solde et tout ce qu'ils gagneraient par leur bonne fortune

* Quidam Noël nomine el Gelestria uxor ejus venerunt in exerôitu... Willtelmi bàstard in Angliam. (IKotiàst ariglic, Dugdàlè, t lU « p, 54.) ' WtlUam de CognUb^ |

Game ont of Britany Wiihhxs Yflïe Tiff any , Anâ hiB malde Maufas, And his doggs Hardigras,

(Hearfie, prœfat. ad Johan. dé Fordan Scotichronicon,p. 170.)

3 Fortmianim suarmn pal'ticipem. (Mofiast. anglic, bugdale, 1. 11, p. <36.)

^ Ducange, Gloss. ad Script mediœ et inûmee latinitatis, Terbo Fratreê conjuraii,

^ And the... swarne brodyr of sir Robert Marmyon was callyd monsieur Galtere of Somerville. (Monast. anglic.» Dugdalel, 1. 1 , p. 198.)

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et leur épée *• D'autres , au moment du départ, se défirent loio. dp tous I^s biens qu'ils possédaient dans leur pays natal , comme étant peu de chose au prix de ce qu'ils espéraient conquérir. C'est ainsi que Geoffroy de Chaumont , fils de Gédoia , vicomte de Blois , fit don à sa nièce Denise des terres qu'il avait à Blois , à Chaumont et à Tours. « 11 « partit pour la conquête , dit l'histoire contemporaine , « et revint ensuite à Chaumont , avec un immense trésor , a de grosses sommes d'argent , une grande quantité d'ob- « jets rares , et les titres de possession de plus d'un riche « domaine ^. »

Il ne restait à envahir que la contrée voisine de Chester , et cette ville était la seule des grandes cités d'Angleterre qui n'eût point entendu retentir les pas des cheyaux de l'étranger. Après avoir passé Fhiver dans le nord , le roi Guillaume entreprit , en personne , cette dernière expédition^; mais, au moment de partir d'York, de grands murmures s'élevèrent dans son armée. La réduction du Northumberland avait fatigué les vainqueurs , et ils prévoyaient , dans l'invasion des bords de la mer de l'ouest et de la rivière de Dee, de plus grandes fatigues encore. Des récits exagérés sur la difficulté des lieux et l'opiniâtreté des habitants de ces territoires circulaient parmi les soldats *. Le mal du pays se fit sentir aux Angevins et aux Bretons auxiliaires, comme, dans l'année précédente , il avait attaqué les Normands. Eux, à leur tour, se plai-

' Vi gladii et fortuna. ( Ibia.)

2 Qui ducem adiré deliberans.... , totum.... nepti suœ.... reliquit.... Auri et argenti copias mullas, terrseque possessiones ampUssimas. (Gesta Ambasiensium dominoruin,apud Script, rer. gallic. et francic, t. XI, p. 258.

3 Movet expediUonem contra Cestren ses et Guallos. (Order. Vilal H . ecclesîast., lib. ir, apud Script, rer. normann., p. 515.)

* Loconim asperitatem... et liosUum terribilem ferocitatem.. (Ibid.)

Si LIVRE TV.

1070. gnirent tout haut de la dureté du service et demandèrent , en grand nombre , leur congé pour repasser la mer * . Guillaume ne pouvant réussir à vaincre Fobstlnation de ceux qui refusaient de le suivre , fit semblant de la mépriser. U promit à qui lui serait fidèle du repos après la victoire, et de grands biens pour salaire de ses peines*^ ensuite il traversa , par des chemins jusque-là impraticables pour les chevaux , la chaîne de montagnes qui s'étend , du sud au nord , dans toute la longueur de TAn^ gleterre , entra en vainqueur dans la ville de Chester , et , selon sa coutume , y bâtit une forteresse. Il fit de même à Stafford ^ ; à Salisbury , dans son retour vers le sud , il distribua abondamment des récompenses à ses gens de guerre '. Puis il se rendit à Winchester dans sa citadelle royale, la plus forte de toute TAngleterre, et qui était son palais de printemps, comme celle de Glocester était son palais d'hiver , et son palais d'été la Tour de Londres ou le couvent de Westminster près de Londres ^.

Les corps de troupes que commandait un Flamand nommé Gherbaud restèrent pour la garde ou la défense de la nouvelle province conquise ; Gherbaud fut le premier capitaine qui porta le titre de comte de Chester. Pour soutenir ce titre et maintenir son poste, il fut exposé à de grands périls , tant de la part des Anglais que de celle des Gallois , qui le harcelèrent longtemps ®. Il s'ennuya de ces

t Servitiid, ut dicebant, intolerabilibus. (Order. Vital. Hist. ecdesiasi, lib. it, apud Script, rer. normann., p. 515.)

2 Victoribus requiem proinitUt. ( Ibid.)

' Ibid., p. 516.

* Prœmia miliUbus... largissime distribuit. (Ibid.)

^ Ter gessit suam coronam (cynehelm) singulis annis... ; ad Pascha eam gessit in Winceaster, ad Pentecostcm in Westminster, ad Natales in Gleavpceasler. ( Chron. saxon., éd. Gibson, p. 190.)

^ Magna ibi et difficilia tam ab Anglis quam a Guallis ad versant ibus

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fatigues et repartît pour son pays. Alors le roi Guillaume loro. donna le comté de Chester à Hugues d' Avranches , fils de Richard Goss , qu'on surnonunait Hugues le Loup , et qui portait une tête de loup peinte sur son écu. Hugues le Loup et ses lieutenants passèrent la rivière de Dee , qui formait, à Textrémité de la tranchée d'Ofa , la limite septentrionale des terres galloises. Ils conquirent le pays de Flint , qui devint une partie du comté normand de Chester, et bâtirent un fort à Rhuddlan * . L'un de ces lieutenants , Robert d' Avranches , changea son nom en celui de Robert de Rhuddlan, et, par une fantaisie contraire, Robert de Malpas ou de Maupas , gouverneur d'un autre château fort bâti sur une colline élevée , donna son propre nom à ce lieu , qui le porte encore aujourd'hui. « Tous les deux, dit « un ancien historien , firent la guerre avec férocité et vera sèrent à plaisir le sang des Gallois. » Ils leur livrèrent un combat meurtrier près des marais de Rhuddlan , lieu déjà noté comme funeste, dans la mémoire du peuple cambrien, à cause d'une grande bataille perdue contre les Saxons vers la fin du vni* siècle. Un singulier monument de ces deux désastres nationaux subsistait encore, il y a peu d'années, dans le pays de Galles : c'était un air triste, sans paroles, mais qu'on avait coutume d'appliquer à beaucoup de sujets mélancoliques : on l'appelait l'air des marais du Rhuddlan ^.

De vieux récits disent que , quand Hugues le Loup se 4070

pertulerat (Order. Vilal. Hist. ecclesiast., lib. iy, apud Script, rer. normann., p. 523.)

» Journey to Snowdon , p. Il; Pennaiil's Tour in Wales , vol. I! , à la fin.

> Cum... Roberto de Malopassu aliisque proceribus feris muHum Guallorum sanguinem effudit. (Order. Vilal. Hist. ecclesiast., lib. ly, apud ficripl. rer. normann., p. 522.)

' Moi' fa Rhuddlan. Voyez Gambro-briton , vol. I , p. 53 et 95.

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