II
g^ LIVRE IV.
1070 fut instaflé, avec le titre (i^ comte, dans la jM^ovince de 4OTI. Chester, il f^j; venir de tformandie Vun de ses anciens amis, appelé Neel ou Lenoir, et que Lenoir îimena avec lui cinq frères : Boudard , Edouard , Vohnarj Horsuin et Volfan !. {Jugues leur distribua des terres dans §on con^t^; il donn^ à tenpir le bourg de Halton, près de la rivière de Mersey, et rinstitua spn connétable e^ son maréchal héréflitaire, c'est-à-dire que tpiites les fojs que le comte de Chester irait en guerre, Leppjr et ses héritiers , en allant, devaient marcher à la tète de tpute Tarmée, et se trouver les derniers au retour. Ils eurent pour Ipt, dans le partage du |)utin fait sur les Gallpis , toutes les bêtes à quatre membres ^yftnt le poil de diverses couleurs^. Pn temps de pajx , ils eprent droit de justice , pour tous les délits, dans le district de Halton , et fi|*ent leur profit des amendes ; leurs serviteurs jouissaient du privilège d'acheter avant qui que ce fût dans la ville de Ghester, à moins que les serviteurs du comte ne se fussent présentés Ips premiers ^. Outre ces prérogatives, Lenoir le connétable obtint, pour lui et pour ses héritiers , Fintendance des chemins et des rues, aux foires de Chester, le péage des marchés sur toute la terre de Halton , tous les animaux trouvés errants dans ce district *, et enfin le droit d'étalage ou la liberté de vendre en toute franchise, sans taxe et sans péage, toute espèce de marchandises , excepté le sel et les chevaux 5.
* Et cum isto comitc Hugone, venit quidam nobilis nomine Nigellus , et cum isto Nigello yenerunt quioque fratres. (Monast. anglic, Dugdale, t. II, p. 487.)
^ De prseda perquisita in WalUa omnia animalia diversprum coloriim inter quator membra. ( Ibid.)
3 Emant ministri sui ante omnes alios in civitate... nisi... comilis ministri prevenerinl. ( Ibid.)
^ Onania animalia advenientia fugitiva, galliee WeyiUe, ( Ibid.)
^ Prœter sal et equo9. ( Ibid.)
Hctadard, le premier des cincj frères , devitit à peu près i«7o pour Lenoir ce que celui-ci était pour le comte HugUes ; il fut sénéchal héréditaire de la cdnnétablie de Halton. Lenoir, son seigneur, lui donna , pour soh service et son hommage, les terres de Weston et d'Àslitori*. Il eut, comme profits de guerre, tous les taureaux conquis sur les Gallois ^, et le nieilleùr bœilf pour récôiiiperise de rhomme d'armes qiiî portait sa bannière ^. Edouard , le second frère, reçut du connétable deux journées de terre à Weston ^ ; deux autres , Volmar et Horstiin , reçurent ensuite un domaifte dans le tillage de Ruticôiié ; et le cinquième, appelé Volfan, qui élait prêtre, obtînt Téglise de Runcone*.
Ces détails bizarres sont en eux-mêmes ^en hiémorables; mais ils peuvent aider le lecteur à se tigurer les scènes variées de là conqiiête, et à revêtit de leur couleur originale les faits de plus grande importante. Tous les arrangements d'intérêt, touiâ les partages de possessions et d'offices qtii eurent lieti dans là province de Chester, entre le gouverneur normand , le premier lieutenant de ce gouverneur et les cinq compagnons du lieutenant, donnent une idée vraie et naïve des transactions du même genre qui se faisaient, en même temps, dans toutes les provinces de l'Angleterre. Quand désormais le lecteur rencontrera les titres de comte, de connétable, de sénéchal, quand il entendra citer, dans le cours de cette histœre, les droits de juridiction , démarché, de péage, les
» Pro homagio et servitio suo. ( Ibid., p. 477.)
^ Adventagia guerrse. ( Ducange, Gloss. ad script mediœ et inflmœ latinitaiis; verbo Adventagium,)
3 Et lalori vexilli sui meliorem bovem. (Monast. anglic, Dugdale, t. II, p. «87.)
* Duott boTatas terrae in Weston. ( U)id.)
^ Quintus vero frater fuit sacerdos, et ipsi dédit ecclesiam deRuncorne IfigelluB. (U)iâ.)
1070 profits de guerre ou de justice, qu'il se rappelle Hugues IQ7I d'Avranches, Lenoir son ami, et les cinq frères qui vinrent avec Lenoir; alors, peuWtre, quelque réalité lui apparaîtra sous ces titres et ces formules , qui , si on les envisage abstractivement , n'ont qu'un sens vague et incertain. Il faut pénétrer jusqu'aux hommes, à travers la distance des siècles; il faut se les représenter vivant et agissant sur le pays où la poussière de leurs os ne se retrouverait pas même aujourd'hui ; et c'est à dessein que beaucoup de faits locaux, que beaucoup de noms ignorés ont été placés dans ce récit. Que l'imagination du lecteur s'y attache; qu'elle repeuple la vieille Angleterre de ses envahisseurs et de ses vaincus du xi* siècle ; qu'elle se figure leurs situations, leurs intérêts, leurs langages divers, la joie et l'insolence des uns , la misère et la terreur des autres , tout le mouvement qui accompagne la guerre à mort de deux grandes masses d'hommes. Il y a déjà sept cents ans que ces hommes ne sont plus; mais qu'importe à l'imagination? pour elle, il n'y a point de passé, et l'avenir même est du présent.
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Depuis la formalion da Camp da Refuge dans rile d'Ely, jusqu'au supplice do dernier chef saxon.
Tout le pays des AngloSaxons était conquis, de la i070 Tweed au cap de Cornouaiile, de la mer de Gaule à la i^i. Saverne, et la population vaincue était traversée dans tous les sens par Tarmée de ses conquérants. Il n'y avait plus de provinces libres, plus de masses d*hommes organisées militairement. On trouvait seulement quelques débris épars des armées et des garnisons détruites , des soldats qui n'avaient plus de chefs , et des chefs que personne ne suivait. La guerre se continuait contre eux pai* la persécution individuelle : les plus considérables étaient jugés et condamnés solennellement j le reste était livré à la discrétion des soldats étrangers, qui en faisaient des serfe pour leurs domaines * , ou bien les massacraient avec des circonstances qu'un ancien historien refuse de détail-
* Nobiles morU deatinavit, médiocres aulcm suis mililibus in servitutem. (Ghron. saxon. Fragm., ex autog. bihliolti. S. Germuni, aptid Script, rer. gillic. etfrancic, t. XI, p. 216.)
1010 1er comme incroyables et dangereuses à raconter *. Ceux ^071 auxquels il restait quelques moyens de s'expatrier gagnaient les ports du pays de Galles ou de TÉcosse, pour s'y embarquer, et aller, selon l'expression des vieilles annales , promener leur douleur et leur misère à travers les royaumes étrangers^. Le Danemark, la Norvège et les pays de langue teutonique étaient en général le but de ces émigrations ; mais on vit ausâ des fugitifs anglais aller vers le midi , et solliciter un asile chez des peuples entièrement différents d'origine et de langage.
Le bruit de la haute faveur dont jouissait à Constantinople la garde Scandinave des empereurs détermina un certain nombre de jeunes gens à chercher fortune de ce côté. Ils se réunirent sous la conduite de Siward , ancien chef de la province de Glocester, côtoyèrent l'Espagne et débarquèrent en Sicile, d'où ils adressèrent à la cour impériale un message et des propositions ^. Ils furent, selon leur demande, incorporés dans la troupe d'élite qui, sous le nom tadesque de Varings , veiïlaît près de la chambre des empereurs, gardait lés clefs de la vifle où ils séjournaient, et quelquefois celles dû trésor public. Les Varings^ ou Varangs selon la prononciation grecque ^, étaient, en général, Danois, Suédois ou Germains; ils laissaient croître leurs cheveux , à la manière des gens du Nord , et avaient pour arnle prîncipàfe de grandes haches d'acier à deux tranchants , qu'ils portaient à la main ou posaient sur l'épaule droite. Cette milice, d'un aspect vraiment redoutable, était renommée, depuis des siècles, par sa
' Gum id dictu sciamus difficile, et ob nlmiam crudelitatem fortassis încredibile. (Bistoria elisiensis , apud rer. anglic. Script., t. III, p. 5<6, éd. Gale.)
2 Per aliéna régna ragi , dolentes. ( Jolian. de Fordun Scotichronîcon , lib. y, cap. xi , p. 404, éd. Hearne.)
3 Torfœi Bist. rer. norveg., t. III, p. 386.
* Pour la signification de ce mot, voyez 1. 1, liv. m, p. 233.
dîsdpline sévère et sa fidélité à toute épreuve. L'exemple <wo des premiers Saxons qui s'y enrôlèrent fut suivi par d'au- mi. fres, et, dans là suite, ie corps des VarîngÉ se recruta surtout d'hommes venus d'Angleterre, ou, comme disaient les Grecs dans leur langage encore classique, de Barbares de l'île de Bretagne*. L'idiofne anglo-saxon, ou tin dialecte mélangé de saxoti et de danois, devint, à l'exclusion du grec , le langage officiel de ces gardes du palais impérial; c'était daïïs cette langue qu'ils i^ecevaient les ordres de leui's chefs, et qu'eujt-mêmès adressaient a l'empereur, dans lès grande jours de fête, leurs félicitations et leurs voeux ^.
Quant ani Saxons qui ne purent ou ùe voulurent pas émîgrer, beaucoup d'entre eux se réfugièrent dans les forêts avec teuts fariiïïles, et, s'ils étaient riches et puissants, avec leurs serviteurs et ïeurs vassaux^. Les grandes routes où passaierit les convois normands ^rent infestées par leurs bandes armées ; ils enlevaient par ruse aux conquérants ce que les conquérants avaient enlevé par force , et se faisaient ainsi payer la rançon de leurs héritages, ou vengeaient, par l'assassinat, le massacre de leurs compatriotes*. Ces réfugiés sont appelés brigands par les historiens amis de là conquête^, et ces historiens les traitent, dans leurs récits, comme des hommes librement et méchanunent armés contre un ordre de société légitime. « Il
' Strilteri Memoriœ populorum ex script, hist. byzant. digeslœ , t. IV, p. 431.
* Ibid. — Order. Vital. Hiat. eccleslast. , lib. iy, apad Script, rer. normann., p. 508.
^ Gum familiasua ad eylvas fugientibus. (Malth. Paris., Vitœ abbatum S.Albani.t. l,p.29.)
* Pro amissis patrum suorum prsediis et occisis parentibus et compairioUs. (Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. iv, apud Script, rer. normann., p. M2.)
^ Latrones, latrunculi, sicarii.
<070 <i se commettait chaque jour, disent-ils , une foule de vols 1(^71. a et d'homicides, causés par la scélératesse naturelle aux a indigènes, et par les immenses richesses de ce royaume' ;» mais les indigènes croyaient avoir le droit de rej[M«ndre ces richesses qu'on leur avait ôtées; et s'ils devenaient hrigands, ce n'était, selon eux, que pour rentrer dans leurs propres biens. L'ordre contre lequel ils s'insurgeaient, la loi qu'ils violaient, n'avaient à leurs yeux aucune sanction : aussi le mot anglais Outlaw ^ ( mis hors la loi , bandit ou brigand) perdit dès lors, dans la bouche du peuple subjugué, son ancien sens défavorable. Au contraire, les vieux récits , les légendes et les romances populaires des Anglais, ont répandu une sorte de teinte poétique sur le personnage du banni, sur la vie enfante et libre qu'il mène sous les feuilles des bois*. Dans ces romances, l'homme mis hors la loi est toujours le plus gai et le plus brave des hommes*; il est roi dans la forêt, et ne craint point le roi du pays^.
Ce fut surtout la contrée du nord, celle qui avait le plus énergiquement résisté aux envahisseurs, qui devint le pays du vagabondage en armes, dernière protestation des vaincus. Les vastes forêts de la province d'York étaient le séjour d'une bande nombreuse , qui avait pour chef un
' Propter immensas regni hujus divitias et propt€r innatam indigcnis crapulam. (Leiandi Gollectanea , p. 43.) ' Ui-laget selon l'orthographe saxonne ; en latin Vtlagiis,
* ... Mery and free Under Ihe levés grene.
( Robin Hood , a collection of ail ihe ancient poems , songs aud ballads. London , 1823 , in-i2 , p. I, 68, 70 et passim.)
* A more mery man then 1 am oue
Ly ves not in crislianté.
(Bithson's Robin Hood, a collection of ancieni ballads, vol. Il, p. 221 , London, 4832.) ^ Ibid., passim.
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homme appelé Sweyn, fils de Sigg *. Dans les contrées du wo centre et près de Londres, jusque sous les murs des châ- ^^^71. teaux normands, on vit se former aussi plusieurs troupes de ces hommes qui, reniant jusqu'au bout Tesclavage , disent les historiens du temps , prenaient le désert pour demeure ^. Leurs rencontres avec les conquérants étaient toujours sanglantes, et quand ils apparaissaient dans quelque lieu habité, c'était un prétexte pour l'étranger d'y redoubler ses vexations : il punissait les hommes sans armes du trouble que lui causaient les gens armés; et ces derniers, à leur tour , faisaient quelquefois des visites redoutables à ceux qu'on leur 'signalait comme amis des Normands. Ainsi une terreur perpétuelle régnait sur le pays. Au danger de périr par l'épée de l'homme d'outremer, qui se croyait un demi-dieu parnii des brutes, qui ne comprenait ni la prière, ni les raisons, ni les excuses proférées dans l'idiome des vaincus, se joignait encore celui d'être regardé comme traître ou comme suspect par les Saxons indépendants, frénétiques de désespoir comme les Normands l'étaient d'orgueil'. Aussi nul habitant n'osait s'aventurer dans le voisinage de sa propre maison ; la maison de chaque Anglais qui avait juré la paix et donné des otages au conquérant était close et fortifiée comme une ville en état de siège *. Elle était remplie d'armes de toute espèce, d'arcs, de flèches, de haches, de massues, de poignards et de fourches de fer; les portes étaient munies de verrous et de barricades. Quand venait l'heure du re-
■ Qaidam princeps latronum. (Rist. monaslerii selebiensiB, apud Labbe, Nova bibliotti. mes. 1. 1, p. 603.)
* Jugum renuentibus servitulis. (Matth. Paris., Vilœ abbalum S. Albanie 1. 1, p. 29.)
» Vecordes e superbia efflciebanlur. (Order. Vilal. Hist. ecclesiast., lib. ly, apud Script, rer. normann., p. 523.)
* Domug ciguBlibet paciflci quasi municipium obsidendum. (Mallh. Paris., Yitœ abbalum S. Albani , 1. 1 . p. 46.)
1070 pos, au moment de tout fermer, Tancien de la famille se im '^^^^*> ^^ prononçait à haute voix les prières qui se faisaient alors sur ftier âui approches de Forage ; il disait : « Que le Seigneur hous bénisse et nous aide ; » tous les assistants répondaient Ainen*. Cette coutume subsista en Angleterre plus de deux siècles après la conquête ^ .
Dans là partie septentrionale de la province de Cambridge il y a tine vaste étendue de terres basses et marécageuses, coupées eh divers gens par des rivières. Toutes les eaux du centre dé T Angleterre, qui ne coulent pas dans le bassin de la Tamise ou dans celui de la trent , vont se jeter daris ôes marais, qui, au temps de Tarrière-saison, débordent, couvrent le pays , et se chargent de vapeurs et de brouillards. Une partie de cette contrée humide et fangeuse s'appelait et s'appelle encore Tile d'Ely ; une autre s'appelait l'île de Thorneye ; une troisième , l'île de Croyland. Ce sol /presque mouvant, impraticable pour la cavalerie et pout les soldats pesamment armés , avait plus d'une fois servi de refuge aiix Saxons , dans le temps de ïa conquête danoise ^; sur la fin de l'année 1069, il devint un point de réunion t)ôur quelques bandes de partisans , formées de divers côtés contre les Normands*. D'anciens chefs déshérités s'y rendirent successivement avec leur clientelle, les uns par terre , les autres sur des vaisseaux , par l'embouchure des rivières. Ils y élevèrent des retranchements de terre et de bois , et y établirent une grande
« freces quasi imminente in mari tempeslale. (MaUh. Paris., Vît«fe abbatum , 1. 1 , p. 46.)
3 Quœ consuetudo usque ad nostra tempora perduravit ( Ibid.)
3 Voyez liv. II, t. I,p. 172.
* AdHelyensem insulam etlnstilam Tborneiae fùgientes. (thomaBRudborne Hist. majot l^inton.; Anglîa sâcra, l. I, p. 256.) — Hist. InguU. Groylaud., apud rer. anglic. Script., 1. 1, ][). 61, od. Gale.
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station armée, qui le prit le ijom de Cqtnp 4u Eefuge*. 4070 Les étrangers hésitèrent d'abord à les attaqiiier ^u milieu ^^^y, des joncs pt des saules , et l^eur laissèrent ainsi le temps d'envoyer des messages dans le pays et hors du pays , et d'avertir, en beaucoup de lieux , les amis de la vieille Angleterre. Devenus forts, ils entreprirent la guerre de parti sur terre et sur mer, ou, pour parjer comme les conquérants , la piraterie et le brigand4ge.
Chaque jour , au camp de ces brigands , de ces pirates pour la bonne cause , se rendait quelque Saxon de haut rang, laïque ou prêtre, apportant avec lui les derniers débris de sa fortune, ou la cpntribution de son église. Eghelrik, évêquede Lindisfarn, et Sithrik, abbé d'un monastère du Devonshire, y vinrent, ainsi que beaucoup d'autres. Les Normands les accusaient d'outrager la religion et de déshonorer la sainte Église en se livrant à un genre de vie criminel et infâme ^ ; mais ces reproches intéressés ne les arrêtaient pas. L'exemple des prélats insurgés encouragea beaucoup d'hommes , et l'ascendant qu'ils exerçaient sur les esprits, pour le bien comme pour le m^l, deviqt favorable à la cause patriotique. Les geps d'église, jusque-là trop peu ardents pour elle, s'y rallièrent avec plus de zèle. Plusieurs d'entre eux, il est vrai , s'étaient généreusement dévoués; mais la masse avait appliqué aux conquérants le précepte apostolique de la soumission aux puissances', La conquête les avait, en général, moins maltraités que le
1 Castra refugii. (Thomee Budborae Bist., loc. supr. cit.) — MatUi. Westmonast., Flor. hlstor., p. 227.
' PiraUcam agressus, religionem polluit, ecclesiam infamavit. (Willelm. Malmesb., de Gest. ponlir. angl., lib. 11, apud rer. anglic. Script.» p. 236, éd. Sa vile.)
* Prœcepio aposloli dicentis:DcMm/ mete.regemhonorificaie.iOrâer, Vital. Uist. ecclesiast., lib. iv, apud Script, rer. normann , p. 509.)
<07o reste de la nation ; toutes leurs terres n'avaient pas été 40^, prises; Fasile de leurs habitations n'avait pas été partout violé. Dans les vastes salles des monastères, où les espions normands ne pénétraient point encore, les Saxons l|ûques pouvaient se rassembler en grand nombre , et , sous prétexte de vaquer à des exercices de dévotion , converser et conspirer librement. Ils apportaient avec eux Taisent qu'ils avaient soustrait aux perquisitions des vainqueurs y et le laissaient en dépôt dans le trésor du saint lieu , pour le soutien de la cause nationale, ou pour la subsistance de leurs fils, si eux-mêmes périssaient dans les combats. Quelquefois Fabbé du couvent faisait briser les lames d'or et détacher les pierres précieuses dont les rois saxons avaient orné jadis les autels et les reliquaires , disposant ainsi de leurs dons pour le salut du pays qu'eux-mêmes avaient aimé durant leur vie. Des messagers braves et fidèles transportaient le produit de ces contributions communes , à travers les postes normands, jusqu'au camp des réfugiés ' , mais ces manœuvres patriotiques ne restèrent pas longtemps secrètes.
Le roi Guillaume , d'après le conseil de Guillaume , fils d'Osbern, son sénéchal, ordonna bientôt des perquisitions dans tous les couvents de l'Angleterre , et fit prendre tout l'argent que les riches Anglais y avaient placé en dépôt, ainsi que la plupart des vases, des reliquaires et des ornements précieux'. On enleva aussi des églises, où elles
' Ad cujus mandatum Egfridus. . cum thesauris illius ecclesiae..., in £lienftem insulam advenit. (Thomse Eliensia Hist. eliensis ; Anglia sacra, 1. 1 , p. 609.)
3 Pecuniam quam ditiores Angli, propter illius austeritatem et depopulationem in eis deposuerant, auferri.,. jussit. (Bist. eliensis, apud rer. anglic. Script., t. III , p. 5i6, éd. Gale.) — Permisit devastari omnia monasteria. Gliron. saxon. Fragm. sub anno MLXXI, apud Gloss. Ed. Lye t. Il , ad flnem.) — Calicibus et feretris non pepercit. (Thomœ Rudbome Bist. major Winton ; Anglia sacra, 1. 1 , p. 257.)
avaient été déposées , les chartes qui contenaient les faus- 4070 ses promesses de clémence et de justice faites naguère par 407,. le roi étranger, quand il était encore incertain de sa victoire ^ . Cette grande spoliation eut lieu dans le carême qui, suivant l'ancien style du calendrier , termina Tannée 4070 ; et aux octaves de Pâques, arrivèrent en Angleterre, 1074. d'après les demandes adressées antérieurement par Guillaume, trois légats du siège apostolique. C'étaient Ermenfroy, évêque de Sion , et les cardinaux Jean et Pierre. Le conquérant fondait de grands desseins sur la présence de ces chargés d'affaires de son allié le pape Alexandre , et il les retint auprès de lui toute une année, les honorant, dit un vieil historien, à l'égal des anges de Dieu^. Au milieu de la famine qui faisait périr les Anglais par milliers, des fêtes brillantes furent célébrées dans le palais fortifié de Winchester. Là les cardinaux romains, plaçant de nouveau la couronne sur la tête du roi normand, effacèrent la vaine malédiction que l'archevêque d'York, Eldred , avait prononcée contre lui*.
Après les fêtes, il y eut à Winchester une assemblée de tous les étrangers, laïques ou prêtres, qui s'étaient fait une grande fortune en prenant le bien des Anglais*. Les évêques saxons furent sommés d'y comparaître , au nom de l'autorité de l'église romaine , par des circulaires dont
> Gum charlis in quarum libertatibus nobiles Angliœ confldebant, et quas rex , in arclo positus , observaturum se juraverat. ( Matth. Westmonast. Flor. histor., p. 326.)
3 Audiens et honorans eos ianquam angelos Del. (Order. Vital. Hist. ccclesiast., lib. ly, apud Script, rer. normann., p. 546.)
3 Cardinales romanœ ecclesiae coronam ei solenniter imposuerunt. (Ibid.) — In regem anglicum conflrmaverunt. (Yita Lanfranci, apud Scripl. rer. galllc. et francic., t. XIV, p. 52.) — Voyez livre iv» t. II,
* Plusieurs prélats de Normandie y assistaient. (Vid. Wilkins Concilia inagnse Britann., 1. 1 » p. 322 et seq.)