‹ Œuvres complètes de Augustin ThierryChapitre 2 sur 77 · I. L'ordre du Saint-Esprit · texte numérisé non relu

I. L'ordre du Saint-Esprit

s. Les privilèges des nobles ne sont plus que des ombres et des toiles d'araignées qui ne les mettent à Fabri de rien. Leurs fermiers et leurs terres payent au roi des impôts si excessifs , que tout le revenu du fonds est consumé. Sous prétexte de remédier à quelques désordres qui méritoient sans doute qu'on y eût égard , on a envoyé des intendants dans les provinces qui exercent sur la noblesse un empire insupportable et qui la réduisent en esclavage. Ai^ourdimi il faut qu'un gentilhomme ait droit et demi pour gagner son procès contre un paysan. (Le« Soupirs de la France esclave ^ etc.; Amsterdam , 1689, p. 15. )

3. Mémoires de Saint-Simon^ t. III , p. 316. — De làTélévation de la plume et de la robe et Tanéantissement de la noblesse par les degrés qu'on pourra voir ailleurs , jusqu'au prodige qu'on voit et qu'on sent aujourd'hui, ce que ces gens de plume et de robe ont bien su soutenir, en aggravant chaque jour leur joug; en sorte que les choses sont arrivées au point que le plus grand seigneur ne peut être bon à personne» et qu'en mille façons différentes il dépend du plus vil roturier. ( Ibid. , t XU , p. 265. )

C'est à elle que profitaient les nouveaux encourage^ ments donnés à Tindustrie et à Fétude; elle dévelop* pait dans tous les sens ses forces actives et inventives; ses entreprises plus étendues lui créaient des fortunes rapides^ et son ambition d'avancer ne s'arrêtait pas de-^ vaut les plus hautes carrières. Elle obtenait des suc* ces ) un crédit j une puissance dont les exemples frappèrent vivement le grand moraliste du slède4 La Bruyère a décrit, avec sa touche inimitable, cette émulation de travail utile, en contraste avec la somnolence d'esprit et Toisiveté de la haute noblesse ^ BouS Louis XIY, presque tous les ministres sortirent de la bourgeoisie^) plusieurs des noms illustres dans les

I. Pendant que les grands négligent do rien connottre, je ne dis pas seulement aux intérêts des princes et aux aiKiires publiques , mais à leurs propres affaires; qu'ils ignorent l'économie et la science d'un père de famille , et qu'ils se louent eux-mêmes de celte ignorance; qu'ils se laissent appauvrir et maîtriser par des inten-^ dants; qu'ils se contentent d'être gourmets ou coteaux, d'aller chez Thaïs ou chez Phryné, de parler de la meute ou de la fieiiie meute* de dire combien il y a de postes de Paris à Besançon ou à Philisbourg, des citoyens s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume, étudient le gouvernement, deviennent fins et politiques, savent le fort et le faible de tout un État, songent à se placer, se placent, s'élèvent, deviennent puissants, soulagent le prince d'une parUe des soins publies. Les grands « qui les dédaignoieilt , les ré^ vèrent : heureux s'ils deviennent leurs gendres. (Les Caractères de La Bruyère, chi iz, Dtê grandi,}

S. Sur la liste des seerélaires d'État, avant «t depuis la mort dé liazarin, on relève à la première vue les noms suivants : BoutbiIlier« Ballleul, Servien , Guénégaud, Fouquet, Mlobel Lt Telliefi Le TeUier

armes S et, dans les lettres, tous les grands noms, sauf trois seulement^ furent plébéiens^.

Mais si cette dernière gloire^ la plus haute et la plus durable du règne > celle qui le fait compter comme époque dahs l'histoire de Tesprit humain, revient pour une telle part au tiers état, une part aussi en est due à rihfluence personnelle du roi. Nonnseulement Louis XIV, conseillé par Golbert, fixa le sort des gens de lettres, en instituant pour eux des pensions régulières; mais, de lui-même, il fit plus, il les honora dans âes bienfaits. Il leur assigna une place à la cour, et mit leur association libre, l'Académie française, au rang des gratids corps de l'État*. Par sa familiarité pleine d'égards avec les principaux d'entre eux, il

de LouYois, Le Tellicr de Barbézieux, Jean-Baptiste Golbert , Golbert de Seignelay, Golbert de Groissi, Golbert de Torci, Arnaud de Pomponne , Phélipeaux de la Yrillière , Phéiipeaux de Ghâteauneuf , Le Pélelier, Desmarets, Ghamillard. Les chanceliers, cçmme choisis anciennement parmi la magistrature, be Ûgurcnt pas sur ce catalogue, à moins qu'ils n'eussent débuté au ministère t>ar un autre département que celui de la jusUce.

i. Fabert et Câlinât, Duquesne et Duguay-Tronin.

8. Gorneille, Pascal, Molière, Racine, La Fontaine, Boileau, Bos- 8uet, Bourdaloue, Fléchier, Massillon , La Bruyère, Arnaud, Nicole, Domat, et, si Fon y joint les artistes. Le Poussin, Le Sueur, Le Lorrain, Philippe de Champagne, Lebrun, Pi^et. Les noms exceptés sont ceux de Fénelon, Larochefoucanld et madame de Sévigné.

3. L'Académie, depuis la mort de Richelieu, était sous le patronage ofilciel du chancelier; vers 1673, le roi s'en déclara personnellement le protecteur, et lui donna le droit de venir le haranguer dans les occasions solennelles, comme faisaient le parlement et les autres cours supérieures.

2e ESSAI SUR L'HISTOIRE

anoblit en quelque sorte la littérature; et, par sa dignité naturelle, sa justesse de sens et la pureté de son goût^ il exerça, sans y prétendre, une véritable action sur elle^ Quelque chose est venu de lui dans cette hardiesse réglée, dans cette parfaite mesure de force et de grâce, de raison et d'imagination, qui est le caractère des chefs-d'œuvre de la seconde moitié du xvii» siècle*. Le même règne qui mit le sceau à Tunité politique , et porta presque à son entier développement l'unité administrative, aposé les fondements de ce qu'on peut nommer l'unité morale de la France. Du rapprochement des classes et des professions diverses , des rencontres multipliées de la noblesse et de la bourgeoisie dans les hautes régions du pouvoir, de la fortune et du monde, il se forma, sous Louis XIV, non plus pour rintimité de quelques salons, mais pour le commerce de la vie, une société mixte, la véritable société française , modelée sur un même type de politesse et de bon goût. Là vinrent se fondre et se tempérer, sous la règle des convenances^ les habitudes héréditaires, les

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