‹ Œuvres complètes de Augustin ThierryChapitre 22 sur 77 · II · texte numérisé non relu

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territoire gaulois dans toute sa force et avec tout soû développement, les anciens municipes se trouvaient soumis à différentes sortes de seigneurie, les uns à celle de leur évêque, d'autres â celle de fkmilles plus où moins puissantes, d'autres enfin à une domination partagée entre deux ou même trois seigneurs. De là vint que, transportée dans la Gaule méridionale, la révolution consulaire fut aux prises, non pas simplement, comme dans les cités italiennes, avec le pouvoir temporel de révêque, mais tantôt avec ce pouvoir, et tantôt avec des seigneurs laïques; il y eut des cas où Tévêque, loin de lui résister, la favorisa de sa connivence ou de son appui. En second lieu, dans les provinces du nord, où la population urbaine avait moins généralement conservé sa liberté des temps romains, la renaissance municipale, s'opérant, non plus sous la forme italienne du Consulat, mais sous la forme indigène des Communes jurées, eut un double caractère , celui de fondation de libertés politiques pour des hommes déjà civilement libres, et celui d*affranchissement pour des hommes à demi serfs ou en plein servage.

Ainsi la révolution communale, l'un des résultats de Tébranlement produit par la lutte de la papauté contre TEmpire, fut toute politique en Italie; en France, elle fut à la fois politique et civile, ou, pour parler plus exactement, politique par son principe et par le mouvement d'opinion qui la propageait, elle eut

de soudaines conséquenees daws Tordre purement civil. Voilà ce qui ressort des feits eux-mêmes, et ce que ne peut ébranler aucune objection tirée de U patqre de tel ou tel sentiment qu'ils impliquent, et qu'on refuse d^clmettre parce qu'on le juge trop ancien ou trop moderne pour les homme» du xn* siècle, Quflnt à ceux qui soutiennent que l'idée d'indépendance et de dévouement civique est un pur anaphromsme dans rhistoire des communes françaises, je leur demande à quelle catégorie de sentiments et dMdées ils rapporteront ces formules du droit municipal de Saint* Quentin :

a Eux jurèrent ensement chescun quemune ayde à a son juré et quemun conseil et quemune détenanche a et quemune deifense.

a Ensement nous avons establi que quiconque en a notre quemune entrera et ayde du sien nous donra, « soit pour cause de fuite ou de paour des anemis ou ce de autre forfait , mais qu'il ne soit acoustumé , à mau- « vestiés en le quemune entrer porra, car la porte est a ouverte à tous; et se son seigneur à tort ses choses a aura détenu, et ne le voudra détenir à droit, nous « en exécuterons justice.

a Et se il estoit ainsi que le seigneur de le quemune a eust dedens le bourc ou dedens la ville aucune for- « teresche, et voulist mettre wardes dedens , il y met- « troit wardes qui seroîent de le quemune par la vo-

« lente et par Totroy du maire et des eskevins^ car a autres pour la destruction des bourgois mettre ne ce porroît.

«Les bourgois de Saint- Quantin ne doivent nulle « ayde en nulle manière à leur seigneur, ne ne se as- (( semblent pour faire li taille ^ mais se aucun li veult (( donner de son gré comme requis du seigneur^ selon « son plaisir il li donra '. »

I. Note de&ettablittementt delà commune de Saint-QuenUn , rédigée pour Bcrvir à la commune d'Eu ; archives de la mairie d'Eu , Livre rouge.

COMiMUNALE D'AMIENS. 437

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