‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 296 sur 607 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

(Cette scène doit marcher cliaudciuent.) SLZANiNE ; FIGARO, reganlant avec mystère.

Entre donc, Figaro I Tu prends l'air d'un amant en bonne fortune chez ta femme !

nCARO.

Peut-on vous parler librement?

8CZA%NE.

Oui, si la porte reste ouverte.

riGAKO.

Et pourquoi cette précaution?

SUZANNE

C'est que l'homme dont il s'agit peut entrer d'un moment à l'autre*

FIGARO l'appuyant.

Honoré Tartufle Bégearss ?

SCZA!f!IB.

Et c*est un rendez-vous donné. — Ne t'accoutume donc pas à diarger son nom d'épithétes; cela peut se redire, et nuire à tes projets.

H 2»*appelle Honoré !

SUZAIfHC.

Mais non pas Tartuffe.

riCARO.

Morbleu I

SUZANNE

Tu as le ton bien soucieux !

FIGARO

Furieux. (Elle se lève.) Est-ce là notre convention? M'aidez-vous franchement, Suzanne, à prévenir un grand désordre ? Serais-tu dupe encore de ce trés-méchant homme? •

Non, mais je crois quil se méûe de moi; il ne me dit plus rien. J ai peur, en vérité, qu'il ne nous croie raccommodés.

FIGARO

Feignons loiigours d'être brouillés.

SUZANNE

Mais qu'as-tu donc appris qui te donne une telle humeur?

FIGARO

Recordons-nous d'abord sur les principes. Depuis que nous sommes à Paris, et que M. Almaviva... (il faut bien lui donner son nom, puisqu'il ne souffre plus qu'on l'appelle monseigneur...)

SUZANNE, avec humeur.

C'est beau ! Et madame sort sans livrée ! nous avons l'air de tout le monde !

FIGAnO.

Depuis, dis-je, qu'il a perdu, pour une querelle du jeu, son libertin de fils aîné, tu sais comment tout a changé pour nous! conune l'humeur du comte est devenue sombre et terrible !

SUZANNE

Tu n'es pas mal bourru non plus !

FIGARO

Comme son autre fils parait lui devenir odieux!

SUZANNE

Que trop!

Comme madame est malheureuse !

SUZANNE

C'est un grand crime qu'il commet !

Comme il redouble de tendresse pour sa pupille ' Florestine ! conune il fait surtout des efforts pour dénaturer sa fortune !

SUZAHNI.

Sais-tu, mon pauvre Figaro, que tu commences à radoter! Si je sais tout cela, qu*est-il besoin de me le dire?

FIGARO

Encore faut-il bien s'expliquer pour s'assiurer que l'on s'entend ! N'est-il pas avéré pour nous que cet astucieux Irlandais, le fléau de celte famille, après avoir chiffré, comme secrétaire, quelques ambassades auprès du comte, s'est emparé de leurs secrets à tous? que ce • profond machinateur a su les entraîner, de l'indolente Espagne, en ce pays remué de fond en comble, espérant y mieux proûter de la désunion où ils vivent, pour séparer le mari de la femme, épouser la pupille, et envahir les biens d'une maison qui se délabre T /

Page 1