‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 437 sur 607 · SS · texte numérisé non relu

SS

MÉMOIRES

iniii<li«'iiM', fi toijfffs t\eux fabriquées on connaissance df vitiiM; : (|ii(;I l'HPsl le |irinci(>*{? !«? voici.

M. («(M'/in.in sav^iil fort hicn avi*c qii<?ll(; cl<*f sa femme nrav;iit ouvert .••on (Uiliîii«'( ; et sur < e fait, il me crov;iit auliMir (le f|ii(;|(|ij<'s {iropos fâchi'Ux |iour lui, qui coulaii'iit U' moiiflr. Si y* l'étais ou min, ce nest pas «o (|ii(^ j'examine ici ; mai}» connue il li' croyait, il a voulu h'in \«'n;^cr rruclli'nient : )M>ur s'en vm^'er, il fallait r:nnnii'no'r pnr sVn plainflre : \Kmr avoir ce droit, il fallait pouwiir les rlomuT pour calonmicux : pour y parvenir, il fallait me conduire à nier que j\'uss4; lait un Mirrilici* d'ar^i'ut : pour m'y amener, il fallait m'effrayer par une plninle on rorrufition de juj^e : |K>ur la litrmer, il fallait me dénoncer au parlement : pour me rténonrcr, il importait d*avoir une déclarai ion qui m'inculpâl : enfin, poin* robleuir. il était nécessaire de tromper madame (îoézman sur les conséquences de sa dénégation, et le Jay, sur celles de s(»s déclarations : c'est ce quon a fait; et nous voilà, vous et moi, parvenu/* nu point d'oi'i Ion est [)arti pour me dénoncer au p.'irlement cnmme ritrruptrur de jwje et ralomniateur.

Va le<lilemme dont on espérait que je ne pourrais januiix sortir, est celui-ci : S'il nie d'avciir domié iU*. l'argent, on lui dira : Vous ave/, donc calonmié en répandant <pi'on Tn re(;u? S'il avoue les sacrifices, : Vous nvei! donc voulu cornunpre en les faisant? Ainsi enveloppé d'un douille lilel. il ne pourra s'échnpper de la corruption cpren tondiant dans la calonmié, et réciproipiemeul ; et nous le tenons, et nous le ferons punir.

Kl puis ils se dépitent, ils piétinent rouune des enfjUilN. lie ee ipii» je ne me lirus pas p<»ur battu par ce mauvai> niiM>nnenient. et de ce «pu» j*ai l'audace li Vu fauv un medleur de\ant mes juv:e^, où sans nit-r Tarncnl ni les pniiu»s. jo vais droit à ma justilication par le cliemiu le plus court, celui de la \érilé.

\t>UNetie/ nu»n rapporicur, il me fallait absolument des auilieuces ; on les mcltad à prix cbez vous. J'ai ouvert ma bourse : «ui a tendu les nuûio. Les audiences ont mant|ue ; Tardent a été rendu. (Juin/e louis sont restés tiares, on •''est cbamadié : cola s'i»>t su. j^irce qu'il u'> a |Ms tie mou\ement sans un j^u de bruit : on en a n. parce que l.i perte de mou pn^ès n'mti'ressait per- Nonue. et l.i dessus \ous a\ei fait tout ce que je viens de pivuxer ijUi' wuis ,i\e? f.iit.

Tl l^rce que je discute publiquenicnl une affaire que >ous esjvne» f.ure j|Ui;er >ecrclcu»ent. \ous me dourei p.utoul peur un bouune odieux, luibulent. .'i tpii T.mlentc dexrait mterJuv. suiou le tcu et IVau.,.. du mens IVucre cl la pr.sxo. belles. niiUsteui-, nous neu> t'uM^Ms. \ous cl n:oi *:cv u-.ixvîi-s bi: n i>Milr.nri> ,i la xcr.lc. d.ms des »\;ix irx's-^liiYcteuls. l 'exemple que jo \\Mi>oonn,* w . le I jiukms iv\U ^h* \eu> .ixcc HW!:i;.r>s.nvv . c: quv.-.d xcus :ôtc> m. n Kr.VjViîcm . m x^vj^ cïiss-.oj tliîdic îr.. n \*ixv«s. co:»uïc \inis un* ivpiwJw s lî c j- '.'.1. V," : ^ c : ^ V . \^:\ T. ; '. c . ^ .' v. ",'• ;. ; ; s ;• /. s ;vr,: .î v : î>- OUM-.:;* «V.'l c ,\;|s .i i:;v.> JVC -:' .;;;<. et ^iMIS CCmTu;

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ps une affaire d'autorité; supprimer mon mémoire parce qu'il est con>équent ! il £nidrait toujours eoTniîr il discuter ce qu'il contient, puisque nous sommes en justice refilée ; et. comme dit uii grave auteur, hrêkr n'eut pat répondre : quoi donc'^ recourir à Tautonlf, pour me réduire au silence? Allez, monsieur, je sais trop votre ennemi pour ne pas tous conseiller dek tenter. A prés vous avoir bien démasqué, j'aurais le pUi- ^ir <rentcnire dire de vous, à tous les honnêtes secs : // a tromé l'adreruiire meilleur à écarter qu'à combattre, et ses objections plus faciles à étouffer quh rrsomlre,

Kn attendant, passons à l'examen de votre dénonci»lion contre moi.

Je ne donnerai la pièce qu'en substance, parce qn^ je n'ai pu que la parcourir, rapidement encore, p»dant que le greffier écnvait mes dires sur vos déclarations attachées à la même liasse, que j'avais l'air d'examiner uniquement.

Mais le sens m'en a trop frap^té pour que je craigw de l'altérer en la rapportant. Ln voici.

DÉNONCIATION De M, Goëzman au parlement.

(Après un préambule inutile à mon affaire, il continue ainsi :)... Je me vois forcé de dénoncer à la cour une de ces voies de séduction que la mauvaise foi àh plaideurs mel en usage pour cori*ompre les juges ou ceux qui les entourent, elc, etc.

Ayant appris que le sieur Cai*on de Beaumarchais répandiùt des bruits calomnieux sur mon compte, et voulant m'en éclaircir par moi-même, j*ai reconnu, a interro^^eant ma fennne. cpie le dit Cii*on, après avoir essayé de la séduire par une ofll're île présents considérables, p»»»n' parvenir à gmjner mon suffrage dans le procès dont j'étais rappi>rteur, et qu'il a perdu cfa^ mon aris, a enquâsoniiédans le public le mépris et l'in- »lii;nation avec lestpiels ma fennne a rejeté ses oftm malbonnétes. J ai fait venir ensuite l'agent qui avait n I.) faiblesse d»» x* rendre négociateur de ces présent. t»l qui, peul-éire moins armé contre la séduction qoe ma fennne. a tout déclaré devant moi et devant d'aulni |»ersv»nnes resptvtabte>. etc., etc.

tlonnneje sais que le pardon des offenses est une J« premières \ertusdes magistrats, je ne me rends poitt i iuruMtt'ur du sieur de Beaumarchais. |iour qu'on n^ me Lue p.tsd'.i^oir tait celle dénonciilion par esprit <k d'* \en,:.\nice ou de n*ss-MUiment : unis si la c*yaTif îr n\.ul oversée qu'un p'iiieur eût tenté decorroM^ .:n de ^e<uîcmir:> ;- w Oiitfnrr ton suffrage et l'eiil i usuiîe ..:." ' ;*:i- . »'.le >er.ù: la m-ilresse. etc . etc.

Si^nc : GoEnus.

\u\si d^MH: ^cu> r.e m\H\n>ei pas. monsieur. nw> • . :^ d er o \v ; s< u '. * : v < :: ! > U kk^mt. c^ku me corrupteur ti ::ù.-^x%>.::c%'- cVtAi; lit^j le ukhus que pût (aire no

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homme généreux comme vous Tètes, mais aussi grièvement ofTensé.

En vous rendant grâces de cet excès d'honnêteté, je vais procéder avec vous d'une façon plus noble encore ; car je ne vous dénoncerai ni ne vous accuserai ; et cependant vous allez voir s*il y a lieu à l'uii et à Tautre. Quoi, monsieur, fai voulu vous corrompre! Est-ce bien sérieusement que vous l'avez dit? Eli mais ! l'inlervalle de sept personnes entre vous et moi que j'ai établi dans mon premier mémoire, et le raisonnement qui le suit, ne vous ont donc pas convaincu que je n'ai ni pu ni dû, d'aussi loin, former l'absurde projet de vous corrompre?

J'ai voulu gagner votre suffrage ! Moi? Ceci vaut la peine d'être examiné. Lorsque vous avez rotf/ti savoir si j'avais cherché èvous corrompre ou non, qui avez-vous interrogé? Madame Goézman. Voulant ni en éclaircir par moi-même , fai reconnu, en interrogeant ma femme, etc .. C'est donc uniquement sur la foi de madame Goêzmnnque vous m'avez dénoncé/)otir avoir voulu gagner votre suffrage? Mais cette même dame, dans son récolement que vous lui avez dicté, auquel elle entend se tenir, comme ayant eu, ce jour-là de prédilection, l'esprit aussi net que le corps, la tête aussi libre que la démarche, a fait écrire cette phrase remar- «juable : Je déclare que le Jay ne m'a pas présenté d'argent pour gagner le suffrage de mon mari^ quon sait bien être incorruptible, mais quil sollicitait seuletnent des AL'DiK.\cE8 pour le sieur de Beaumarchais.

Or, si elle a dit vrai dans le récolement, vous avez

donc dit faux dans la dénonciation? Si elle avait sa tête

à elle en dictant au greftier que le Jay ne sollicitait que

f des audiences, elle ne l'avait donc pas en vous assurant

t quil cherchait à vous corrompre en mon nom, par son

' canal ? Mais vous êtes le mari de cette dame : eh ! qui

: doit savoir aussi bien que vous quand on peut compter

t ou non sur ses paroles? Dans l'hypothèse raisonnable

i d'un ménage aussi bien uni que le vôtre, un mnri

1 peut-il s'y tromper? Que n'atlendiez-vous quelques

f jours pour minuter celte fatale dénonciation? Vous

■ n'auriez pas compromis votre équité devant la cour. Il

est dur aujourd'hui de ne pouvoir vous suuver de la

mauvaise toi qu'en avouant une imprudence également

iin, aidoimabie à l'époux et au magistrat !

Vous dites qu'elle a rejeté l'or avec indignation et mépris?

Il ne vous souvient donc plus qu'il est prouvé au procès que, loin d'avoir montré mépris ni indignation pour les rouleaux, elle est convenue les avoir reçus, >eiTéâ et gardés au moins un jour et une nuit ? Celte <li''iionciation-là ne brille pas par l'exactitude; et cependant c't st d'après elle que je suis décrété î

Et le Jay vous a, diles-vous, certifié les tnêmes choses que madame Goézman ?

Mais lui en se rétractant, et moi en vous discutant, nous avons assez bien établi, ce me semble, que vous aviez instigué ce malheureux à publier, à son escient et au vdtre, une horrible fausseté verbalement et par

écrit. Cependant, vous êtes libre, et je suis décrété !

Ensuite, vota prétendez que je vous ai calomnié?

Quand j'aurais dit à tout le monde ce qui s'était passé entre madame Goézman et le Jay, n'esl-il pas prouvé maintenant que je n'aurais calomnié personne ? Mais lorsque vous m'avez dénoncé, vous ne pouviez savoir si j'en avais parlé, puisqu'aujourd'hui que l'instruction est finie, ce fait n'a pas même été articulé une seule fois au procès; ainsi, soit que j'en eusse parlé ou non, en me dénonçant comme calomniateur, il est bien prouvé que c^est vous qui m'avez calomnié. Oh ! la misérable dénonciation !

Enfin, avec une ostentation de 'générosité qui n'en impose à personne, vous faites remarquer à la cour que vous ne voulez pas vous rendre mon - accusateur ; lorsque sur-le-champ vous m'accusez devant elle, en disant : Meus si la cour se trouvait offensée qu'un plaideur eût tenté de corrompre un de ses membres pour gagner son suffrage, elle serait nmitresse, etc,, etc. Pour le corrompre ! pour gagner son suffrage ! cette plu*ase a bien de l'attrait pour vous ! je croyais vous en avoir dégoûté. Mais qu'est-ce que je dis? votre dénonciation était faite avant la procédure, et je vous rends bien la justice de croire que si elle était à faire aujourd'hui, vous vous en abstiendriez, vous rougiriez au moins d'y faire parade de cette première vertu des magistrats, le pardon des offenses, vous qui, pour perdre uii homme innocent, osez lui supposer des crimes. Avant d'être généreux, monsieur, il faut être juste.

Eh ! depuis quand le droit de juger les autres dispenserait-il d'être juste soi-même? disait Cicéron, plaidant contre Verres devant le peuple ron^ain. Si vous ne réprimiez pas de pareils abus, sén.>teurs, le puissant ne se mettant au-dessus des lois que pour traiter les faibles comme s'ils étaient au-dessous, il n'y aurait plus de loi pour personne. On verrait le pouvoir substitué au droit, l'arbitraire h la règle; ou, si l'on re'.enait encore un vain simulacre de justice, ce serait pour en abuser plus sûrement à la faveur des formes. Les procès se termineraient encore ; mais on ne jugerait plus, on déciderait. Ce désordre né de la corruption rengendrant bientôt à son tour, on verrait l'avidité pressurer la crainte, et l'argent tenir lieu de tous moyens; on verrait les suffrages vendus au plus offrant, et les raisons de chacun évaluées au poids de son or: on ne compterait plus les voix, mais les sesterces * : le péculat effronté siégerait sans pudeur, et la frayeur de perdre, ou l'espoir de dépouiller, y soumettant également les bons et les méchants, on serait enliii parvenu au dernier degré de la corruption universelle, et l'État serait dissous.

Le sénat entendit l'orateur. H condamna Verres ; et tout le peuple applaudit. Mais Verres n'attendit pas son jugement. Que manque-t-il à ma cause ? Un défenseur plus éloquent : elle e^t juste, et semblable à celle des Siciliens. Le parlement écoute mon plaidoyer, et les

' NoQiuiie loioiiine.

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Français ont des mains pour applaudir comme le peuple de Rome.

Puisque le sénat, le parlement, Cicéron, Verres, vous et moi, nous convenons tous qu^il faut être juste, nous expliquerez-vous enfin, monsieur, la conduite que le Jay, dans ses interrogatoires, assure que vous avez tenue envers lui, depuis qu'il vous a fait ces deux monstrueuses déclarations? Écoulons-le encore parler lui-même. Sa naïveté a une grâce qui me charme toujours. Hélas! c'est elle quia touché le parlement. Aussi éclairés qu'équitahlcs, les juges ont reconnu, même avant les preuves, au ton simple et vrai qui régne dans ses réponses, qu'elles étaient dépouillées d'artifice, et ils l'ont remis en liberté.

Le Jay interrogé s'il n'a pas été, depuis la seconde déclaration, chez H. Goézman, a répondu « que ce ma- « gistrat l'a envoyé chercher une troisième fois; que « le lendemain matin, il rencontra le magistrat au « coin de la rue de l'Étoile, à pied, venant au Palais, « suivi d'un seul domestique, et qu'il lui dit : Mou- « sieur , je venais à' vos ordres; qu'à cela H. Goézman, « toujours marchant, répondit d'un ton amical : Mon « cher monsieur le Jay, je vous ai envoyé chercher, pour a vous dire que vous soyez sans inquiétude; fki arrangé « LES CHOSES de manière que innis ne serez entendu au * procès ^ue comme témoin, et non comme accusé ; que lui, fi accusé, réphqua : Monsieur y je vous suis obligé : mais « je venais aussi pour vous dire la vérité comme elle eA. « La vérité est que je n'ai consenti à mentir dans les « deux déclarations que pressé par les vives sollicita- « tions de madame, en l'assurant bien que si l'on me « faisait aller en justice, je ne soutiendrais jamais le V mensonge qu'on me faisait faire; et qu'elle m'a toii- « jours répondu : N'ayez pas peur; ce que nous e.\if geons de vous n'est que pour faire taire cette canaille <i sur les quinze louis ; cela n'ira pas plus loin : et vous a savez bien, monsieur, que quand M. le premier pré- « sident m'en a parlé l'autre jour devant vous, j'étais « tout tremblant, à cause de votre présence qui m'ein- « péchait de lui dire la vérité; et qu'alors il remit de- < vaut les yeux de M. Goézman les choses telles qu'elles « s'étaient passées sur les cent louis, la montre et les « quinze louis, et telles qu'il nous les a dites dans le « présent interrogatoire : que M. Goézman l'écoutail rt impatiemment, et finit par lui dire : J'en suis fâche « pour vous, mais il n'est plus temps : (il n'est plus « temps !) vous avez fait deux déclaralionSf et ma femme

« vous EN SOUTIENDRA LE CONTENU JUSQU'a LA FIN : SI VOUS

« variez, ce sera tant pis pour vous.

« Qu'en ce moment étant arrivés au Tont-Rouge, « M. Goëzman lui dit : Monsieur le Jay, Un est pas néif cessaire quon nous voie plus loin ensemble : quittez-moi « ici; et (ju'ils se quilléreiit. » Et le bon le Jay ajoute : « Nous parlions si haut, que le domestique a dû tout « entendre; il dira bien si je dis vrai, ou non. » Comme ce seul trait peint un homme naïf! il prend à témoin le valet de M. Goézman ! 0 bon le Jay !

Ceci me rappelle qu'à sa confrontation avec ma-

dame Goézman, ne trouvant plus de ressources dans son éloquence contre les dénégations obstinées de b dame sur les quinze louis, il lui dit, avec la chaleur ingénue d'un écolier : Si vous ne voulez pas convenir, madame, que vous avez les quinze louis. Je tms d&m un fripon, nioi qui vous le» ai remit? liais quoiqu'il répétât cette phrase trois ou quatre fois, jamais madame Goézman n'eut le courage de lui répondre antre chose, sinon : Je ne dis pas que «mu soyez un fripon, mais vous êtes une grosse bête, une frameke tête à perruque : et, grâces à Téquité de M. de ChazaI, ce trail important fut couché par écrit. Plus outré encore, i lui disait un moment après, et toujours sur ces qpJaat louis : Hé bien ! madame, prenons- nous à hras-ie-œrpi et jetons-nous par la fenêtre; on verra bien en bat qui dt nous deux était le menteur. Ou la main dans le feu, madame; comme il wus plaira': choisissez. Je ne sais si cela fut écrit. Il serait malheureux qu'on y eût manqué. En tout cas, je ne doute point que M. de Ghazal, coof missaire rapporteur, qui était présent, ainsi que k greffier, ne rende compte à la cour de refTel quWdi produire sur lui ces circonstances, qui me paraissent i moi de la plus grande force, pour discerner la véritéde mensonge. On se doute bien que madame Goézoïan n'xceptait rien, parce qu'en efTet rien n'*était acceptable. Mais que le refus ici est loin d'ôter le prix à ces provocations naïves et fougueuses !

Après avoir parlé des naïvetés du sieur le Jay, faille en taire une excellente de madame Goézman, que le rapporteur eut aussi l'équité de faire écrire ? Le Jiy. reprochant à la dame qu'elle était cause de tout le mil, lui disait : « Cela ne lût pas arrivé, madame, si t« « eussiez voulu croire M. de Sartine lorsque vous la « montrâtes devant moi la première déclaratioD, H a qu'en la parcourant légèrement il vous dit: Afodr « place, madame, je laisserais tout cela ; ce sc^ ^ « mauvais propos qui, n'ayant pas de fondement, ton- « beront d'eux-mêmes. » Madame Goézman, eniraiiw I»ar la chaleur de le Jay, répond sans y songer :B vous, bête que vous êtes, si vous aviez soutenu q»e crti n était pas vrai, comme je vous Vovais dit, nous ne l^ rions pas ici. Ce trait ne fut pas plutôt échappé, qu'efr fit tous ses efforts pour empêcher au moins qu'« « récrivît : mais le Jay le demanda avec tant d'instance, que celles de madame Goézman furent inutiles: et tool fut écrit exactement. En général, la plus scrupulei» exactitude a présidé à l'instruction de ce procès biarre: ce faible hommage que je rends à Tintégrité des nf* porteurs est d'autant moins équivoque de ma paît qu'on ne me soupçonnera pas de le prodiguer légéKment et sans choix.

Finissons : la sueur me découle du front, et je s» essoufflé d'avoir parcouru d'un trait une carriêff aussi fatigante. Attaqué dans la nuit, usant du dril d'une défense légitime, je viens de m*élancer sur cel» qui me frappait, le saisir au collet, m*y crampoiuKf' l'entraîner, malgré sa résistance, au plus proch^ fanal, et ne l'abandonner au bras qui veille à la sàrt^

commune qu'après Favoir bien reconnu et fait connaître aux autres. Arrêtons-nous donc, et posons la plume, en attendant qu'on nous réponde. Bien remonté pour souffrir, et prêt à recommencer, je ne dirai pas, comme M. Goôzman : // nest plus temps. H sera toiyours temps pour moi.

// wV«/ plus temps ! cette horrible phrase a ranimé mes forces. Il s'est plus temps? Quoi! monsieur, il arrive un moment où il n'est plus temps de dire la vérité! Lu homme a signé, par faiblesse pour vous, une fausse déclaration qui peut perdre ù jamais plusieurs honnêtes gens , et parce que son repentir nuirait à vos ressentiments, il nest plus temps d'en montrer ! Voilà de ces idées qui font bouillir ma cervelle et me soulèvent le crâne. // nest plus temps ! Et vous êtes magistrat ! Où sommes-nous donc, grand Dieu ? Oui, je le dis, cela est juhte ; il faudrait pendre le Jay s*il eût été capable d'inventer à son interrogatoire : // nest plus temps. Mais puisque ces terribles mots ont frappé plusieurs fois loreille des juges, et que le Jay, loin de descendre au cachot, a été remis en liberlé le même jour, on a donc senti qu'il ne les avait pas inventés. — On a fait plus, on a réglé l'affaire à l'extraordinaire . — Je vous entends, et j'en rends grâces au parlement. Mais voilà, sans mentir, de terribles phrases attribuées à M. Goez-* ninn.

Et celle-ci : Mon cher monsieur le Jaif, soyez sans inquiétude, j'ai araa.ngé les choses de façon que vous ne serez entendu que comme témoin au procès y et non comme ACCUSÉ. Vous avez arrangé les choses, monsieur ! Dépositaire de la balance et du glaive, vous avez donc pour Tune deux poids et deux mesures, et vous retenez Tautre ou l'enfoncez, à votre choix ; de façon qu'on est témoin si l'on dit comme vous, accusé si Ton s'en écarte ; innocent ou coupable ainsi qu'il vous convient? Pour ce trait-là, par exemple, comme il ne peut tomber dans la tête de personne, je délie à le Jay de l'inventer en cent ans. Vous nous l'avez bien dit, madame le Jay, avec une naïveté digne du temps patriarcal : Mon mari na pas assez desprit pour faire toutes ces belles phraseslà. Felicitez-vous, certes, de ce qu'il n'a pas l'esprit d'en faire de pareilles.

Et cette autre : Vous avez fait deux déclarations : ma

FCHME vous EN SOUTIENDRA LE CONTENU JUSQU*A LA PIN. NOU,

non, le Jay, bon courage, elle ne les soutiendra pas ; ou si elle les soutient, elle se coupera, dira noir, dira blanc, avouera tout, se rétractera, n'aura qu'une conduite déplorable ; elle et son conseil perdront la tête : heureux encore si l'effet pouvait en être nul ! Enfin, ne trouvant plus de ressources dans leur art^ ils finiront par ineitre la nature au procès, pour se tirer d'affaire. Et cette autre phrase : Si vous variez, ce sera tant FIS POUR VOLS. Ne le croyez pas, bon le Jay. Écoutez Taigle du barreau: que vous dit M* Gerbier? Ce que vous avez de mieux à faire , monsieur, est de revenir à la vérité. Si ce célèbre avocat n'^ f lit que son devoir en conseillant ainsi le Jay, dans quelle classe rangeronsnous donc l'avis du magistrat? Si vous variez^ ce sera

tant pis pour vous. Quoi donc! il sera décrété? vous l'accablerez de votre crédit? Marin opinera pour qu'il soit sacrifié? N'importe ; il aura dit la vérité. La Gazeite n'est pas l'Evangile; et, grâces au ciel, M. Goêzman n'est pas le parlement.

Et cette autre phrase enfin qui achève le tableau : Monsieur le Jay, il n'est pas nécessaire quon nous voie plus loin ensemble; quittez-moi ici. On saurait que vous m'avez parlé ; d'après ce que vous m'avouez, si contraire à ma dénonciation, il faudrait que j'agisse de façon ou d'autre; quittez-moi ici. Si l'on pouvait soupçonner cette nouvelle explication entre nous, cela me donnerail de nouveaux torts : il n'est pas nécessaire qu'on nous voie plus loin ensemble ; quittez-moi ici. Je vous ai volontiers écouté dans l'ile Saint-Louis, où il passe peu de monde ; mais après le Pont-Rouge, sur la route du Palais, cela tire à conséquence pour moi, le pays est trop peuplé ; quittez-moi ici. Le Jay le quitta. Je le quitte aussi.

Garon de Beaumarchais.

MM. Doé de tk)MBAULT, DE Chazal,

rapporteurs.

D'après l'exposé de mon premier mémoire, et les preuves annoncées dans le présent supplément, que j'ai acquise par la lecture de la procédure lors des confrontations, je demande si la plainte rendue contre moi est fondée ; si je n'ai pas droit d'espérer une décharge entière; et quelle voie je dois prendre pour obtenir des dommages-intérêts contre mon dénonciateur.

Signé : Caron de Beaumarchais.

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