‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 446 sur 607 · A NOS SEIGNEURS DE PARLEMENT · texte numérisé non relu

A NOS SEIGNEURS DE PARLEMENT

6BÂXD'cn.\MBIlE ET TOURNELLES ASSEMBLÉES

Supplie humblement Pierre-Augustin Caro.'^ de Beaumarchais, disant :

Pendant la longue et funesle absence de la cour, la plus lâche accusation dirigée contre moi m'a livré à toutes les horreurs d'un procès criminel, réglé à Textraordinaire, et suivi d'un jugement portant coiidamna-

* Liste des ])ièces qui furent publiées pour faire révoquer le jugement du 2G août, et qu'on a supprimées aussi bien que toutes les consullaUons des avocats, pour ne \m\\\. multiplier les vo-

tion au blâme, et me rayant à jamais de la société des hommes.

J'allais me pourvoir contre cet énorme abus des lob lorsque le service et des ordres particuliers de Sa lajesté, me portant hors du royaume, m*ont fait oser, en voyageant, le temps accordé par la loi pour attaquer tout jugement dont un infortuné se croit blessé.

De retour en France, j'ai travaillé deux ans et îài l'impossible pour porter mon affaire en cette ooar. Mais le chois des moyens n'étant pas en mon pooroir, il m'a fallu céder à la fatalité qui me prescriTait uniquement la Toie de révision pom* me relever de ce jiig^ ment inouï.

Je me tairai sur un jugement plus étonnant encore, et qui, fondant sur moi comme un ouragan, m*a montré qu'en moins de trois joiurs on pouvait lever au grefle, instruire et rejeter une requête en révision où il albit de l'honneur du suppliant, sans que Finiquité recotune du fond, et la foule de nullités dont la procédure est grevée, frappât les juges et retînt Tanatlième.

Tout semblait dit pour moi : mais malbeur à rboflUDe dont le courage est ahattu par le redoublement dm outrage ! Celui-là seul mérite qu*on en dise, après Tavàr écrasé : Dieu merci, voilà donc une affaire finie, et n homme dont nous n entendrons plus varier.

Ce ne fut pas moi. La douleur animant mes forces, et ma ûerté ne pouvant soutenir l'idée de lettres d'abolition qui supposent toujours un coupable; après les aToir refusées du feu roi, je crus qu'il fallait plutôt mourir à la peine d'un nouveau jugement, que d*en acoepiff des bontés de no!re jeune monarque. Cest le seul os peut-être où les grâces du prince auront éprouvé k refus d'un homme d'honneur, sans qu*il puisse èln taxé de manquer à la reconnaissance ni au profoo^ respect.

Je suppliai donc de nouveau Sa Majesté de m*3ceo^ der, pour toute faveur, celle d'être envoyé devant wt^ juges naturels, le parlement de Paris. Alors la bonté du roi sollicitant sa justice, des lettres patentes, émanée» du souverain lui-même, ont anéanti tout le temps qot j'avais perdu à demander vainement justice ailleurs, d il combattre un nouveau désastre.

Adressées à la cour et par elle enregistrées, ces lettre ont porté devant le parlement ma requête civile et b consultation des avocats qui l'appuyait. Enfin, le 6 septembre, la cour, grand'chambre et toiu*nelles asseatblées, ayant bien voulu, dans une audience extraordinaire, accorder son attention à l'éloquent plaidoyer (if M' Targel pour son ami présent, a rendu, surlesca»clusions de M. l'avocat général Séguier, Féquital*

lûmes; elle^ furcni toutes imprimées dans le tempsond ëiA iU'C«îssaire dïclaiivr le public.

Lettres patente» du roi, donnée^ à Versailles le iîaoùll'^ Elles relèvent le sieui de Beaumarchais du laps de temf«.

Ej trait den registres du imrlement, du 27 aoûtlTTS.

Lettres de requtHe civile, Paris le 31 août 1776.

Cunsultatiun des avocats au parlement de r*ri*. ^ aoiU 177(1.

Arrêt de la cour du parlement qui annule le JugeiM*^^ 26 février i774, 6 septembre 1776.

MÉMOIRES

arrél qui entérine ma requête civile, annule le jugeraenl du 26 février 1774, et me remet au même et semblable étal où j'étais avant ce jugement. La joie de ce nouvel arrêt a si bien éteint en moi le chagrin des précédents, et les a tellement 'confondus dans mon esprit, que je n*ai plus le pouvoir ni la volonté de les distinguer pour m*en plaindre.

Citoyens malheureux, qui vous lassez trop tôt de souffrir, voyez à quoi tenait Texistence d'un homme d'honneur ! A la demande réitérée d*un tribunal équitable, et au courage de dévorer tous les dégoûts qui m'y ont à la fin conduit.

Mais à l*époque de cet arrêt je devais prononcer devant la cour un exorde historique au plaidoyer de M* Target; la crainte d*abuser des moments précieux quelle dérobait à d'autres citoyens pour moi dans ses dernières séances, me fit faire le sacrifice entier de Texpression de ma gratitude. Je garderais le même silence aujourd'hui si mes ennemis ne publiaient pas que mon discours, plein d'un triomphe insolent, d'une gaieté indécente, a été supprimé comme peu respectueux pour la cour même à qui je l'adressais.

Il est tellement important pour moi que cette fausse opinion n'obtienne aucun crédit sur les magistrats, que je prendrai la liberté de soumettre ici ce discours à leur jugement, sans y changer un seul mot. Ne peut-il pas contribuer à m'obtenir la conversion d'un décret et le renvoi dans mes fonctions, puisqu'il fut destiné à faire annuler le jugement qui m'en avait privé pour toujours? Le voici tel qu*il dut être prononcé devant le parlement.

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