‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 478 sur 607 · IDÉES ÉLÉMENTAIRES SUR LE RAPPEL DES PARLEUENTS · texte numérisé non relu

IDÉES ÉLÉMENTAIRES SUR LE RAPPEL DES PARLEUENTS

lie roi jure, à son sacre, de maintenir les lors de TÉglise et du royaume. Si les lois du royaume n'étaient que les volontés arbitraires de chaîne roi, aucun n'aurait besoin de jurer, à son sacre, de maintenir les lois qnelcrnques ; le serment serait dérisoire : nul ne s'engage envers soimême.

11 existo donc, en tout Étal monarchique, autre chose que la volonté arbitraire des rois. Or cette chose ne peîit être que le corps des lois et leur aulorilc, seul vrai soutien de l'autorilé royale et du bonheur des peuples.

An lien de laisser à lautorité royale la base à jamais solide et respectable des lois sur laquelle elle est appuyée, on est lombé dans une erreur très-nuisible à cette autorité, en disant que le ix)i ne lient son droit que de Dieu et de son épée : phrase abusive et chimérique, qui ne préseule qu'un tissu d'absurdités dont voici le tableau .

On ne doit pas dire que le roi ne tient son droit que de Dieu, parce que toute espèce de force, ii^uste où non, peut également prétendre être émanée de Dieu, expression qui dans ce cas ne présente autre chose que le succès obtenu par le plus fort sur le plus faible, attribué à une volonté particulière de la Divinité : droit abusif, et qui serait détruit par les premiers efforts puissants d'un révolté, lequel, écrasant l'oppresseur, pourrait prétendre avoir acquis un droit également émané de Dieu, jusqu'à ce que le prince, retrouvant son avantage dans la supériorité d'une force nouvelle, acquit de nouveau, en soumettant le rebelle à son tour, ce prétendu droit de Dieu, qui n'est, comme on le voit, que le barbare droit du plus fort, ou du conquérant sur les vaincus, et ne peut jamais être un droit du roi sur ses propres sujets.

Ou ne doit pas dire non plus que le roi ne tient son droit que de son épée :

!• Parce que ce droit de Vépée, ou du conquérant, n'est pas plus un droit que celui qu'on prétend tenir de Dieu ; c'est le même, et je viens d'en montrer le cercle vicieux.

2* Parce que le conquérant, ne pouvant acquérir le droit qu'il dit tenir de son épée qu'en employant celles de ses sujets, que la sienne ne représente qu'au figuré, ce terrible droit de l'épée appartient, au positif, à la nation conquérante qui prête son épée à son souverain. Il ne s'exerce au plus que sur les vaincus, mais ne peut nuUement se rétorquer par le souverain contre la nation même qui l'a aidé à conquérir.

Ainsi Alexandre aurait mal raisonné de prétendre asservir la Macédoine, qu'il tenait de ses pères, au droit de Dieu et de l'épée, parce qu'il avait conquis la Perse et l'Inde à la tête et par l'épée des Macédoniens ses sujets.

Donc, d'un roi juste à ses sujets, le droit de Vépée étant le même que le droit de Dieu, lequel ne représente que b» droit du plus fort, n'est point du tout un droit, puisqu'il peut passer successivement à tous les partis qui auront eu l'art de se rendre les plus forts. Ce droit absurde ne fait que contraindre sans engager, sans jamais obliger; ce qui est en tout l'opposé de l'autorité royale, fondée, non sur la force, mais sur la jusiice : autorité qui engage et oblige tous les sujets envers le prince aux conventions justes, raisonna-

MÉMOIRES

bles et sacrées, qui engagent à leur tour le prince envers ses sujeU:, et Justement nommées, à ce titre, lois fondamentales du royaume *.

Or ces lois {quelles qu'elles soient) doivent toujours exister en un lieu stable et sâr ; leur maintien et leur exécution être confiés à la gnrde d'un corps de dépositaires indeslruc* tibles [quels qu'ils soient), préposé à la consen'ation constante du contrat qui fait la sûreté du prince et de son peuple : et voilà d'où naît le principe, autant disputé que pou connu, de rinamovibilité nécessah'C des magistrats.

L'inamovibilité des magistrats n'est donc point un privilé;:c de la magistrature, mais un bien sacré, appartenant en propre & la nation entière, composée du prince et de son peuple.

Si les magistrat^ pouvaient être desiituables à volonté; si, poiu' consommer rinju^tice, le plus fort avait la ressource de destituer les magistrats qu'il n'aurait pu corrompre; s'il pouvait rompre ainsi la barrière qui sépare le juste de l'injuste, en ôtant au faible les seuls magistrats qu'il lui importait de conserver, à savoir, les magistrats incorruptibles, les seuls conservateurs des lois, il ne resterait plus d'autre lien de la société, d'autre soutien de lÉtat, que l'absurde droit du plus fort, également préjudiciable au prince et au peuple. Voilà le vrai fondement de l'inamovibilité delà magistrature.

Selon le droit divin, le droit des gens, celui des nations, et pour le plus grand avantage des rois et des peuples, tout bommequi a reçu le caractère sacré de magistrat, soit qu'il le tienne ou du prince ou du peuple, ou de tous les deux à la fois, est un homme national et public, dont il importe à tous que la fonction soit constante, indestnictible, inamovible enfin, à moins que par mort, démission volontaire, ou pour cause de forfaiture jugée légalement, il ne soil enlevé à celle fonction sacrée.

Selon moi, voilà les principes : tous les exemples pour ou contre ne sont que des exemples; il n'y a que les principes qui puissent avoir ici une véritable autorité.

.\IM'LICATION

Dans l'étal présent des affaires*, on ne rétablirait |K)int du tout le principe fondamental que je viens de poser, si, en rappelant les anciens magistrats, on leur donnait de nouvelles provisions; si on les soumettait à cette risible inamovibilité sous le seau de laquelle les nouveaux magistrats ont siégé au palais. Les anciens magistrats ne doivent recevoir aucun ordre, que celui de venir reprendre leurs fonctions, qui ne peuvent avoir été que >uspondues, mais jamais an(!»anties.

le principe de l'inamovibilité une fois reconnu, celui de la liberté des délibérations en dérive, en est la conséquence nécessaire. Si les magistrats sojit |»n)|iosrs au maintien, à la conservation dos lois, l'exameu qu'ils font avant l'enregistrement de tous les édils du roi ne |iouvant avoir d'autre but que de connaître si l'édit est conforme ou contraire aux lois qu'ils ont juré de conserver, cet examen emporte nécessairement la liberté de la discussion et celle des suffrages. Mais cette liberté doit élre renfermée dans des bornes très-faciles à poser. Si d'un coté elle donne le droit aux magistrats d'observer, de remontrer au roi, elle ne va pas jusqu'au droit de s opposer acti\enîenl aux volontés expresses du souverain par des cosations de ser\ice, des arrêts de défense, etc.; car il ne peut exi>ter un tel ordre de choses

* J'os<»rai dire, comme le giaïul Vollaire «I an s ses Lettre», en 177-1 : « l.e plus !)eau lilre à la coiirunne du roi qui mms },'onverne est d«? la tenir d'une succession de soixanle-cinq rois ses anrêlres. •

» En 1774.

dans l'État, que moi, citoyen, je me trouve froisse entre redit du roi qui m'ordonne de payer, sous peine de pmû* tion, et l'arrêt du parlement qui me défend de payer, son les mftmes peines.

Il ne peut y avoir, dans tout l'État monarchique, qu'nae seule puissance active et executive, qui est celle du prince: la puissance des magistrats n'est que passive et négative : et c'est en cela même que consb'tc sa force.

Le roi veut passer un édit, cet édit est juste ou injutip. Si les magistrats ne croient pas, en conscience, pouvoir lui accorder la sanction de l'enn-gistrcment qui lui constitua un caractère légal, quand ils ont délibéré, observé, remontré, refusé d'enregistrer, résisté aux lettres de Jossion, si > roi va plus loin, le ministère du magistrat est fini; tout cf ce qu'il ferait au delà serait séditieux, et tendrait à la rél)ellion.

le seul refus des magistrats de concourir au mal, en re$pectant l'autorité du roi, même lorsquVI'e s'égare, est toujours suffisant pour arrêter le mal, ou du moins l'empêcher de s'accroître. Mais ce refus et leur inaction fussent-ils insulfisants, le magistrat ne peut aller pli»s loin sans désobéi.ssance et sans révolte. Il en résulte seulement que Je roi, ayant fait d'autorité une chose contraire aux tois, se peut plus invoquer le concoui-s de ses tribunaux pour b faire exécuter. la force l'a créée, la force doit la maintenir: c'est alors l'affaire des soldats du roi, et non celle de ses magistrats, qui ne peuvent ni ne doivent connaître d^iocune diccussion relative à l'acte qu'ils n*ont pu légaleniait reconnaître.

Ainsi, dans l'état actuel des choses*, les anciens îB3gi<trats ont outre-passé leur droit respectable, et sont sorti? du devoir, en voulant forcer la main r.u feu roi par des irrAt* de défenses, et par une cessation de service qui n'était ni à leïU' choix ni en leur pouvoir. S'ils en ont été trop $êT»Tfment punis, ce n'est pas ce que j'examine; on peut les «hi dédommager.

CONCLl'SIO.N

Si tout ce que je viens d'établir est juste, il en résulte que, dans les lettres qui feront rentrer le parleinent. « corps doit être purement et simplement rappelé à se>fonctioMN, ( l non recréé à des fonctions nouvelles; car les sienne! n'ont pu être anéanties*.

Dans ledit du règlement, il me paraît que la home dn pouvoir négatif et passif peut être facilement jwsée entrée vohi< (le concourir par l'enregisiremenl et la coactionàce qui paraît injuste 'et c'oi-t le dernier tonne de !a fonction èi magistral), et la libellé de s'opi)oser à la volonté du roi p>r des arrêts de défenses et des cessations de servie?, ou tous autres moyens actifs qui lui sont interdits ol ne lui ap|Wtiennent nullement. Tout le reste n'est qu'une dispute de mots, ou d( s cond)at5 de liaine pei'sonnelle.

"Voilà mes idées, que je soumets avec respect au ju{r^ ment des personnes éclairées (jui daigneront en prendre connaissance.

Signe : CutO!< de BcAUHAiciii».

.V. B. Pour oier aux méchants tout moyen de me nuire, en supposait que j'ajuste aux événements actuels un mémoire faux, imaginaire, j'ai déposé au greffe la seulecop»* qui m'en reste, écrite alors par mon beau-frère, mort il y a l'rês de six ans .

' En 1774.

* Mais, dira-l-OM. ils les liennenl du roi. — Ah! cherchw ■■ autre ar^Miuirnl. l'n bon prre ôle-t-il la vie à ses enfanis. p>'^"' qu'ils lu tiennent de lui ? Et quelle vie précieuse que celle d«*» ina^'istrals!

Mi^HOIRgS.

Qu'il me soir pcrmta d'ijouter i oelte protctaion de Toi une auire preuve de mon borreur pour ce qui peut aigrir les cœurs et les espriu. Cn sujet trés-frisole en iviii roumi l'occasion; il n'en montre que mieux ouelio est mt règle de conduite en loui genre d'alTairet oit l'Elat est int^ ressé,

Mire de M. de BtamtarcHait à Jlf. Saifftrt, laquelle ù été répandue.

• Vous me mandet, mon cher ami, qu'il se répand diiii! !•> public des pamplilcts lOntre le^ magistrats, et qu'on a l'inlamie de m'en atliibuer quelques-uns.

• Ma religion, vnus le savei, est de ne rien éciire Mua y mettre mon nnm. Si quelque chose m'a hil distinguer X. de M"" des autres iJcri vains snliriqucs, c'est qu'il s'expwe rramliemenl i la vengeance l'e ceux qu'il blesse, et que »tgiifi- infime un outrage est un penre de loyauld.

' Jugez par les lettres i^ui va nies si j'approuve les moyens Tils, 1rs sarcasmes cl les libelles sui' une question majeuic qui intéresse la nation entière. Toute preuve est bonne ù produire dis qu'elle marche t son but.

• Les comMiensfrançti» ont voulu jouer la Folle lounifea l'intlanl où io palais s'est fermé; ils s'y portaient aiec un eiapresscment obligeant pour l'auteur : ils ont voulu lever l'obstacle que l'iniérn des paurres me faisait mettre à su leprise; ils m'ont écrit, ont distribué des rôles; et moi je %ous envoie nws réponses 1 leur teniainier ordinaire. Faites-en l'usage qu'il vous plaira. > Vale.

l^etlre à U. Florenee. ;

ir la Comédie françaiie.

t le pars A l'inslanl pour Chantilly, mon cher Florence. N'ayant reçu aucune nouvelle de vois sur la remise à H. Rouen, notaii-e Je l'institut de bienfaisance, des sept mille si\ cents livres piovenaules <lu produit de la cinquantième i-epi'ésenlalioii du Mariage de Figaro, donnée en fa- \eur des menu qui nounisseni, j'en ai conclu que la Comédie persistait dans le relus de mo iaire celle justice, et, de m» part, j'ai cru devoir garder ma résolution de ne plus laisser jouer la pièce qui doime lieu à une telle dilUculté. Si je me trompe, et que la ComWie ail entoyf à ¥. Rouen une recette que ni la Comédie Jii moi n'aions dixtit d'employer à aucun autre usage, il ne me reste plus qu'une remarque i vous faiio, et je vou.s piie 'le la communiquer aux personnes les plus raisonnables du ThéAti-c-Franfais. C'est qu'il peut paraître étrange et |>eul-f tre indécent que la Comédiecboisisseun instant d'aflliction, de litiubleel de deuil, pour remettre au IbMire ta pièje la plus gaie quelle ait ■u réperloire, et surtout à cause de l'audience du troisième acie. qui pourrait être cnvisagi^ comme un projet formé, par les comédiens et par moi, d'opposer le tableau du ridicule d'un sot juge ii la vérilaLle douleur dans laquelle la magislrsltiie est plongée.

• Eu tout état de cause, et si mon oiisi la moindre in- Ouenie, je crois que l'instant de rcmcllre ta Folle Jouiiiée est mal clioisi |>our la décence publique, jiour ta rcspecliieuce circontpcction dans la'pielle un auteur ciioven doit «e rmlermer aujourd'hui, et pour l'inléiét de la Comédie, qui ne peut espéi-er de voir à ce spectacle un seul Iwmme qui tienne aut tiibunaux; car ils sont tous dans l'inquiétude et la consterna lion sur les suites du coup d'autorité actuel, quel qu'en puisse éire le moiif.

■ A cette é|inque. il n'était poini queition îles bruits qui depuis ont couru sur moi.

« Je vous invite donc i renvoyer A d'autres lempi U remise d'une pièce qui serait Justement dénpprouvée du»

Aulr» Ullre du mime au mèiiie.

t Samedi 10 mal ITgS, en ninniant en voilure.

« Après vous avoir écrit ce matin, mon cher Florence, mon ime s'esl de plus en plus altrisiée sur toutes tes nouvelles que j'apprends. Uiicl homme peut être asseï mal né pour s'égayer dans cet instant de trouble général? A Dien ne plaise qu'en puisse me reprocher d'avoir laissé reprendre BU thêftlre un ouvrage plaisant de moi, lorsque la France mt dans les lai-mes'

■ Je m'oppose donc, autant qu'il est en moi, ii ce qu'on donne la Folle Jourai'e; el si j'avais quelque crédit, j'irais plus loin sur le spectacle.

( Communique!, je vous prie, cette lettre ii tous IIH. les comédiens, et faites-moi là-de<Kiis, en leur nom, une ré* ponse qui me Iranquillise.

• Je vous salue, et suis, avec conDance en votre sagesse, mon clier Florence, voire, eic. t

P. S. à M. Saifferl.

Jugez vous-même, mon ai i, si l'homme qui s'otprlmait ainsi il y a un mois devient assez lil aujourd'hui pour servir l'un des deux partis en faisant des pamphlets contre

Signé : Biiti

:i le rullieatear.

Eu K

je crois quon n aperçoit ni intrigue ni espiii de parti. A chaque événement imporiant, la première iJée qui m'occupe esl de chercher sous quel rappmri on pouriait le tourner eu plus grand bien de mon pays. Kes portefeuilles sont pleins de ces elfoi-ta patriotiques qui m'oni valu l'eatûae de lous les hommes d'État ï qui j'ai pu ine faire entendre : et, pendant que la basse envie se traîne, el sitlie, et bave autour de moi, je saisis toute* les occasions de faire le peu de bien que la fortune met au pouvoir d'un particulier citoien.

Un ou deux eiemplcsde plus pourront en donner quelque idée.

tn mo, la guerre venait île s'allumer. Le commerce découragé n'envoyait plus en Amérirjue; aucun corsaire n'armait plus. Nus pui'ages étaient infcstéf .

les ministres du roi me demandèrent si je satais quelque moyen de ranimer cette vigueur éteinte. Je leur oltris \'ah- •rrralion suivanie; et j'ai le bonheur aujourd'hui de voir le roi et la nation d'accoi'd sur le toucliant oljet que je trailois avec chaleur eu 1779.

n Ci-

Paris, ce lil février 1779.

VolsiEin, En vous faisant mes reinerdments du brevet de capitaine que vous m'avez envoyé pour X. de Francy, j'ai l'honneur do TOUS adresser ma petite motion cn fuveur des négociant* pruteslanls. Vous trouverez les esprits bien dispo>'és. U. le comte de Tergeniies, a qui j'en envoie une copie, m'a pi'omis de vous soutenir fortement lorsqu'il en sera question là-haut. Aucun ode de bonté ne peut vous gagner plus de sens honnêtes, et les proieslanls le sont beaucoup.

MÉMOIRES

Mais le temps presse, parce qu*il s'agit de les engager d'armer ; et c*e«t ce que je me propose de faire dans mon tr6s -prochain voyage à Bordeaux.

Vous connaissez, monsieur, mon tendre et très-respectueux dévouement.

Signé : Caror de BEACMARciiAis.

.4 N. h comte de Mmirepas; en lui envoyant fObservolion d'un Citoyen adregnée aux minières du Boi,

Paris, le 19 février 1779.

Movsicrn le coxte,

Dans le besoin extrême où le commerce est d'encouragements, je creuse mon cerveau, et je me rappelle que, dans mon deriuVr voyngo à Bordeaux, les m^gociants profestants m*ont parlé n«ec une grande amertume de leur odieuse exclusion de la chamlnre de commerce. Je ne pouvais revenir de mon étoiinement sur ce reste d'intolérante barbarie : je vis qu'au prix d'une grâce légère on pourrait bien les engager à mcltre des navires à la mer.

J'en ai parlé à M. de Sartinos, à M. de Vergennes; ils sont absolument de mon avis : car les catholiques, voyant les protcslants s'évertuer, ne voudront pas rester en arrière, et tout peut marcher à la fois.

Qui connaît mieux que vous l'art de conduire les hommes? Vous savez bien que c'est avec de tels moyens qu'on les mène au feu, ù la mort. Je n'ai pas besoin de vous dire que M. Necker approuve ma petite motion. Elle l'a môme un peu ramené à moi, après une conversation assez austère sur la conduite des fermiers généraux, auxquels il m'a promis de parler.

Qu'il fasse accorder le transit ou transeat à travers le royaume, que M. de Sartines écrive la courte lettre insérée dans mon Ob»ervation ci-jointe, et que vous me mettiez ces deux armes à la main dans mou très-prochain voyage à Bordeaux, je vous promets d'en user assez bien jwur inspirer un nouveau zèle à tous ces rommerçanU? découragés. En allant demain chercher à Versailles les paquets de MM. de Yergennes et de Sartines pour l'Amérique, j'aurai l'honneur de vous communiquer une idée aussi simple que lumineuse pour effectuer sans éclat le grand objet dont M. le comte de Vergenncs et moi vous avons entretenu lundi.

[je zèle de la maison du Soigneur m'enflamme, et vos bontés poiu' moi renouvellent mes forces, que le travail épuise.

Je suis, avec le plus profond respect, etc.

Signé : Cabox de Beaumarchais.

Observation d'un Citoyen adressée nur miuistret du Hoi. (Remise, le 20 février 1179, à chaque ministre du Roi.)

L'administration la plus active et la plus éclairée ne pm:vnnt tout voir, moins encore deviner ce qu'on a souvent intérêt do lui cacher, ne saura pas mauvais gi*é au citoyen voyageur qui aperçoit quelques abus, de les lui mettre sous les yeux, lorsqu'ils sont aussi faciles à réprimer que pernicieux au bien national.

De lotis ces abus celui qui m'a le plus indigné dans nios voyages, par son injustice et le mal qu'il apporte aux affaires, est l'usage absurde par lequel un négociant protestant, quelles que soient sa loitime et sa considération, n'est jamais appelé ni admis dans bien dos cliarnbi^s de commerce.

Lorsque les Anglais, plus acharnés contre les papistes que nous ne lo sommes contre les anglicans, adoucissent aujourd'hui le sort dos malheureux catholiques dans les trois royaumes, et nous donnent un si bel exemple sur la tolé-

rance civile ; et surtout lorsque le roi de France a confier l'administration de ses finances â un boonie 4e génie qui n'est ni Français, ni de la religion do pnnep. n'est-ce pas le moment de présenter è son conseil larécbmation que je fais d'office pour lous les négociants p»testan*s du royaume, du droit de concourir avec les atholiques au bien qui résulte de l'institution et 4m assemblées d'une chambre de commerce en chaque vUk opulente?

La religion ni l'état civil du citoyen n'entrant pour rira dans le but de ces assemblées, et leurs délibéntkNis ae portant jamais que sur des objets de liaut négoce, oa »r les ordres du ministre à transmellre au commerce, oo snr les observations respectueuses des négociants à soomeltrc au ministre un gi-and concours de force et de laoïière», n'est-il pas la seule chose que l'administration poisK et doive désirer en tous ceux qui composent les chambrei de commerce?

Or, quand il ne serait pas d'expérience reconnue qœ dans nos ports les maisons protestantes sont les plus riches et les mieux fondées de toutes ; quand il ne serait pas pi\)uvé que personne n'y contribue plus gaiement, pla? abondamment et de meilleure gi*àce, au souhgement des malheureux, ù toutes les charges imposées à cet ellet, et quand il ne serait pas certain qu'en toute oocasioii re$ maisons donnent aux autres sujets du roi l'exemple do dévouement et du patriotisme, un simple raisonnement cmvaincrait que ces utiles familles, éloignées par la diCKrence du culte de tout ce qui s'offre à Fambitiondesotholiques, et forcées par cette exclusion de chercher li considération dans une continuité de travaux du mênie genre, doivent devenir, en peu de temps, les colonnes do commerce , et les plus fermes soutiens de cet état lioiiorable.

Dans nos grandes villes, mais notamnr.ent à Bordeaux, si l'on rassemblait les biens de tous les négociants protestants on trouverait que la masse et l'étendue de leurs affaires forment un capital immense, et que leur industrie augmeoie considérablement les i*evenus de l'État. Les enfants y soceé* , dant aux pères, et consolidant de plus en plus le crédit, les ressources et les richesses de ces maisons, ils perfeclioonent la branche que leurs parents ont embrassée; et tels que les Télusson, les Audibert, les Vanrobais, les CUlis, les Sémnndi, les Jauge, et mille autres, ils contribneiit beaucoup plus au progrès du commerce et des arts que les maisons catholiques, lesquelles ont à peine acquis UDp« de fortune, qu'elles songent à tirer leurs enfants du négoce (|ui les enrichit, pour les attacher aux emplois, les élever aux charges, et leur assigner sottement un milieu presque nul outre la classe honorable des utiles négociants et h classe honorée des nobles inutiles.

Ce n'est donc pas la bienfaisance connue de Sa Hajeî^t' que j'implore ici pour des hommes honnêtes gui ne m'es ont y.as chargé ; c'est la politique éclairée de son conseil que j'invoque, pour attacher de plus en plus à leur état, au commerce, à la pairie, les chefs des maisons protestante^, par leur admission dans les chambres de commerce : j'oflre ici le moyen facile d'augmenter ou de ivcompenser leur émulation parla plus juste et la plus simple des grâces, b seule qu'on puisse accorder peut-être aux négociants protestants, jusqu'à ce qu'un temps plus heureux permette entln de rendre à leiu's enfants la légitimité civile, qu'uucuB prince de la leiTC n'a droit d'ùter à ses sujets •.

J'olfre donc un moyen facile d'attacher à l'État unefflole de familles dont le gouvernement a de tout trmps éproovi^

' O temps heuroiix vient il'arrivor, f:râce an cœurgéfrrw^

Il roi.

MÉMOIRtiS.

;t qui brûlent de concourir de leurs travaux , lumières et de leur fortune» au hun général rce, dont il est reconnu qu'elles sont le plus so-

le qu'on ne b'iuf'onne pas, en les sacrant, si nos lit calculatcui-s, ne peut-on pas ignorer, en les lux chambres, si nos armateurs sont orthodoxes, pour les synodes ihéologiqucs ces distinctions de s et de pi'olestants qui divisent tout dans les af- ! le premier moyen de réunir cnfm les sujets de même doctrine est de les rapprocher dans tous les s, de limer tant qu'on peut ces petites aspérités nt les hommes si raboteux, et si injustes les uns

autres.

pas lie^oin d'arrêt du conseil pour faiix} le bien que e ; une lettre du ministre au nom du roi surfit ; sans s'expliquer sur des points de division ctran- )mmercc, dirait simplement que < Sa Majesté désigmenter la concorde et l'union parmi les négole ses villes et ports de mer, et sachant que, dans i du môme état, la jalousie qui naît des préférences ; les haines et nuit toujoui*s au bien public, elle e tous les honnnes reconnus pour honorables dans

négoce puissent jouir désormais de l'admission s chambres de commerce, sans autre distinction le qui nait de la -considération que chacun s'aclans la partie qu'il a embrassée. »

qui l'ai bien étudii*, j'ose répondre aux sages mili me lisent, que cette légère faveur va devenir un liguillon dans nos ports, et qu'elle suffit, quant à pour porter les maisons protestantes à seconder les vues du gouvernement, par des équipements nérique, ou des armements de corsaires contre mis ; ce qui est fort a considérer, et ce qu'il ime dire en ceb instant marque de découragement

Signé : Csv^os de Beaumarciuis*.

n instant plus désolant encore, en mai 1782, lors- )rit la défection du 12 avril et la prise du vaisseau le commandait M. de Grasse, N. de Vergennes, bien ayant dit que le roi en était mortellement affligé, lai sur-le-champ comment on pouvait tounier cet bien de la nation française, en inspirant à notice très- haute idée de l'attachement de son peuple, laginai que si chaque ville offrait un vaisseau à Sa ce généreux patriotisme ferait une diversion lieudésasire d'une journée.

l'abord répandre quelques louis dans divers cafés de sant crier partout souscription, souscription! bien u'indéi>endamment du caractère national, en attasensibilité des pauvres, on arrive bientôt jusqu'à la s riches. Ma tentative eut son effet, et l'ardeur deèrale. J'avais envoyé cent louis à l'un des clubs de le; j'en avais envoyé sept cents à nos sept chambres erce. avec cette lettre circulaire :

iX sept Chambres de commerce^ en envoyant cent louis à chacune *.

Paris, le il mai 1784.

ESCIECRS,

Lieu des succès qui nous allaient donner une paix

>pies déposées au greffe de ces lettres, de celles écrites t à M. le comte de Vergennes, à M Necker, et la copie de ire, sont de la main de deux de mes anciens commis fpois cinq années au continent de T Amérique, erque, le Havre, Houen, Nantes, la Uoclielle, Bordeaux Ue.

glorieuse, la malheureuse issue du combat de M. de Grasse ne pourrait que retarder celte paix, après laquelle nous soupirons tous. Mais il y a tant de patriotisme en France, que tous les bons sujets du i*oi doivent se réunir pour réparer promptemenl la perte de quelques vaisseaux qui nous manquent. Déjà les souscriptions s'établissent en loule dans la cipitale pour ce grand objet. Dans la persuasion où je suis, inessieui*s, que les villes de commerce maritime ne resteront pas en arrière, je vous prie de vouloir bien me coucher, en ma qualité d'armateur, pour cent louis, dans la souscription que je vous invite à ouvrir. Il me semble q'riui vaisseau de ligne offert au roi, et portant le no:n de la ville qui lui en ft^ra hommage, ne peut qu'être agréable à Sa Majesté. Donnons-lui de nouveau la satisfaction de connaître que, si nous avons le bonheur d'avoir un excellent maître, il a le bonheur aussi de régner sur une excellente nation.

Je suis, avec le plus profond respect,

Messisubs,

Votre, etc.

Signé : Carom de Beadnaachais.

Ouand mes paquets furent partis, j'écrivis à M. de Vergennes la lettre dont je joins copie, avec celle de sa réponse. Mais je dois attester, pour l'honneur de notre nation, que toutes celles de nos ports m'ont convaincu que cette grande idée avait saisi tout le monde à la fois.

IsCttre à J/. le comte de Vergenneis en lui envoyant copie de ma lettre circulaire aux Chambres de commerce.

VèYM, le i8 mai 1782.

Monsieur le comte.

Je ne sais si vous approuverez une idée à laquelle je me suis livré avec joie. Si par malheur vous ne l'approuviez pas, il ne serait plus temps d'en arrêter l'effet; car je n'ai l'honneur de vous en faire part qu'après m'étre assuré de son succès autant qu'il est en moi.

J'ai l'honneur de vous adresser la copie de ma lettre circulaire aux sept chambres de commerce maritime, en leur envoyant à chacune cent louis, comme j*en ai remis cent à un club de Paris, en tout huit cents louis, pour échauffer tous les coeurs, et porter ces villes à former des souscriptions qui puissent consoler au moins la France du terrible échec que M. de Grasse vient de lui faii*e éprouver.

Vous connaissez le très-respectueux dévouement avec lequel je suis,

MO!($1BOR le comte,

Votre, etc.

Sigiié : Caron db Bbaomabghais.

Réponse de M, le comte de Vergennes à M. de Beaufnar'

chais.

Je n ai pas le droit, monsieur, d'approuver ; mais, comme citoyen, j'applaudis de tout mon cœur au sentiment énergique que vous communiquez à vos compatriotes... Je roc flatte que votre exemple aura le plus grand succès dans nos villes de commerce; elles ont assez profité dans le cours de celte guerre, et elles ont tant à espérer d'une paix équitable qui laisse à l'industrie tout son essor, que je ne puis imaginer qu'il y ait, dans la classe des négociants, des âmes assez froides pour se refuser à votre proposition. Quelque succès que puisse avoir votre démarche, elle n'en fait pas moins d'honneur à votre zèle, et c'est avec bicu de la satisfaction que je vous en fais mon compliment.

Je suis très-parfaitement, monsieur, votre, etc.

Signé : dk Verge5.m.8.

MÉMOIRfelS.

A Versailles, ce ill mai 1782.

Je topie au hasard une des sept réporiFes des chanibrcs de commerce. Elle sufiit pour rappeler de quel feu tous les copurs français furent embrasés au môme instant.

Ijeilre de ta CJiambre de commerce du pays d'Àunis à

M, de Beaumarchais.

La Itochelle, le 10 juin 1782.

MoxsiEra,

Nous avons reçu la leltre que vous nous avez fait Thon* neur de nous écrire le 28 du mois dernier, par laquelle vous nous invitez à ouvrir une souscription à l'exemple de la capitale, afm de contribuer à réparer la perte que la marine du roi vient d*épi*ouver, et vous désirez, monsieur, y être compris pour cent louis. Nous sommes très- flattés que vous nous adressiez en particulier les sentiments dont vous êtes animé pour le prince et pour la pairie, et de ce que vous nous mettez à même d'en cofisig:ner les preuves dans les registres de notre chambre. Aussitôt que le commerce de la Rochelle aura pris un parti, nous remplirons votre commission, monsieur, avec d'autant plus de plaisir qu'elle deviendra un titre pour vous considérer parmi les citoyens de cette ville,

Nous avons l'honneur d'être très-véritablement,

Vos très-humbles et très-obéissants servi icui-s,

lios directeurs et syndics de la chambre de commerce du pays d'Aunis.

Signé : Dex», Jacques Guibebt, Lechelle, B. Giraudeau.

Toutes ces pièces et les suivantes vont être mises au greffe, en original, non pour ma justiûcation je ne suis qu'outragé, et c'est moi qui poursuis), mais pour qu'une race infernale, qui ne subsiste que par la vente des infamies qu'elle fait imprimer, soit punie, et que ces écrits excitent la vindicte publique, que les outrages particuliei's laissent trop souvent à la glace.

Attaqué lâchement sur tous les instants de ma vie, j'espère qu'on me pardonnera si , dans cette occasion forcée, je soulève un coin du rideau. V:n homme honnête ne doit parler de lui qu'à la dernière extrémité, ce moment est venu pour moi. Articulons un autre fait.

Au mois de novembre 1782, M. le comte d'Estainj^ fon peut bien s'honorer d'un si noble témoij;nage), M. le comte d'Estaing avait asser présumé de mon zèle pour me croire (Wf^nc do l'aider à remplir une importante mission du roi, tendante à rapprocher la marine royale de celle du couiinerce, suivant le bon système anglais. La lettre de Sa 3Iajesté à M. le vice-amiral était cor.çue ainsi :

f.vtlic du lioi à M. le comte d'Estaiug.

(( Mous le comte d'Estaing, je vous ai choisi pour aller s faire entendre, en mon nom, à la place de commerce de tt Bordeaux, la satisfaction que j'ai de la lidélilé et de l'alw lâchement que les négociants de mon royaume se «ont « empressés de me donner* : j'attends d'eux une nouvelle « marque de leur zèle; vous leur demanderez de vous indi- «« quer ceux d'entre les officiers marchands, employés sur a leurs bâtiments, qui leur paraîtront pouvoir contribuer à « soutenir la dignité de mon pavillon et la prospérité de € mes armes, dans une guerre dont l'avantage de mes sujets i et la liberté du commerce sont l'iniique objet. Je vous au- « torise à promettre en mon nom, à tous les officiers niar- « chands qui nous seront présentés, et que vous reconnaître/

' A roccasion des vaisseaux dont je viens de parler.

< susceptibles des fonctions auxquelles je les destine, m « état permanent, honorable, et tous les avantages de es- <f tinction que doivent attendre de leur patrie œax i|iri se

< sacrifient pour elle. Sur ce, je prie Dieu qu'il cousait, c mons le comte d'Estaing, en.sa sainte garde. Écrit i Ter^ ff sailles, le 20 octobre 17l$2.

c SigHé : LOUIS.

< Sigmé : Cxsnm. i

M. le comte d'Estaing m'écrivit à Bordeaux; je Vj atteidais; il arrive, me dit son plan, mon cœur s'enflamme ; je rassemble à l'instant l'élite de nos négociants, je propose une souscription pour commencer celle grande entrepriiei j'y mets le premier cinq cents louis; en deux heures fai trente signatures , et la somme de cent mille écos. U présence de M. le comte d'Estaing avait enflanuné tons les cœurs*.

Forcé de se rendre à Cadix, II. le comte d'Estaing ne laisse à la besogne, et m'écrit du fond de l'Espagne ce pea de mots encourageants :

« Saint-Vincent, ce 12 novembre 1781

ff Vous n'êtes pas du nombre de ceux qui rendent la reff connaissance pénible. Trouvez bon que je vous témoipe, ff en pallie, ce que la chose vous doit, en vous cnvojwi 4 l'extrait copié mot à mol de ce que je mande à M. le mara quis de Gaslries; ce sera un fardeau que j'aurai de moias. « Je sais très-bien que la réussite de l'objet vous plaira atf core djivautage; mais m'acquitter avec vous me porten «( Ijonheur... Allez de l'avant; ma plume n'y va plos; k ff courrier part, et je ne puis que vous assurer que j'ai « l'honneur d'être, avec tous les mômes sentiments qœ « vous avez la bonté d'avoir pour moi.

(au dos de laquelle lettre est écrit ce qui suit : )

ff MOXSIEIR,

a Votre, etc.

ff Signé : Estaim. »

Extrait de la lettre de M. d^Eslainy à M. le marquis é« Castrics, en date du 12 novembre 17^.

(( Le bonheur que j'ai, monsieur, de vous dépeindre im « mouvement de patriotisme aussi louable, a été occasiooK « par les sentiments que renouvelle, dans le cohu* de toc c les Français, le prochain passade du frère du i*oi*;ilaf*' •( dû aussi aux soins de M. de Beaumarchais : son exemple, '( soutenu par les charmes de la persuasion qu'il sait en- «i pl(»\er, est si comnmnicatif , que, s'il avait existé d«' « cœurs Iroids, il les aurait échauffés. Je foin supplie étft ^i pas laisse» ignorer sa conduite à Sa Majesté. Je soûlai ff terais que ceux qui seront chargés, aupi'ès des placée ff conunerce, d'une commission aussi flatteuse que celIeqtK « je viens de remplir, trouvassent les mêmes secours et es** « sent les mêmes facilités.

c Pour copie conforme û l'original,

a Signé : EsTAl^c. »

Non, je ne trouvai point de cœui-s froids à Bordc3U\ ^»1 s'éleva quelques débats, ils avaient tous leur souR-e daft

• Je ne puis me refuser au plaisir ilc faire connaître à U Fni<' tous les négociaiils patriotes qui formèrent avec Inoicettepr^ niière souscription de cent mille écus :

MM. J. bujac, Testard, Jauge et Dupuis, Touja etGascbel,Ciniescasse, la ^oix. Weis e( Emuiert, Corse frères et Bofitei>P|> Ftver et couipagnie, George Streckeisen, du Ta>ta, Bruiuwrfl'''' res el ftls, lUmasous, Fabre et Compagnie, le Sa^je et Compap*- Sors cl Barbier, David Eimar el Einiar frères, Gérand elTeHC- Loriaijue, \\ Texier, Uarlhez, J.-P. Dussumier, baour el OoB'P'" gnie, du Puch, Brouer, Doscher et Ruette. Overraan et *«?''' Labat de Sereuuc, Paul >airac et Qls aîné, la Tliuillière, Gri^>''' Candeau.

' Monseigneur, comte d'Artois, reveDait alors d'Espagne.

lulalioii des nûgocianU des deux l'cligions, [tour i III grandes lues de N. le comte d'EsUing. mais douté que le ministre du roi n'ait mis mus Sa Majesté celte lettre du vice-atnirat. Cependant m|>s après.., 0 douleur 1... Mais ne rappelons i-poque de ina tic, ni le succès qu'eut une intrispril d'un roi juste et Ijon. Je ne veut que me ans ar^'nnientcr ni me plaindre '.

vous nie vrivci tel que jo fus toujours. 'aiiiniF en tout l'objet, c'est futilité gon^rale. Et [li'niuiiilL'i'iii jiiïtice des calomnies atroces dont bellisles m'ont couvert, pour la gi-ande part que impoitanle si-paralion de l'Amérique et de l'Ânirsquejc montrerai lei preuves des travaux, (tu vi'c les(|uels j'ai concouru à cet ëvénemeni maistinguera notre siècle; lorsque je pi-ourerai

de mes envois, l'acliiitè de mes secouis k ces nalheureui. les remerclmenls de leurs Chefs, et nohie conduite sur le retard de leur acquiite- « qu'ils sont des souverains, tous les bons cœurs ■ont delà (ilusjuste indignation. Après aToir adourage, ils admii'eront ma patience, avec tant de craser les mille et une tètes du monstre, un des grands objeti de mon dernier mémoire dtantc airaii'e Kornman, dans laquelle j'ose aticun autre homme délicat ne se serait mieux }c jirouverai qu'en celle alfaire ma seule commue me colite su moins vingt mille feus. Et uvrirai-je un portereuillc immense rempli de ti- Tnltiirn . des secours ijug j'ai prodigtiès à des ^fortunés.

' ne soula^'O |ias lous les malheureux qui me

est qu'autant la scélératesse m'outrage loin de ., autant je m'j vois accablé par des ilemandes les. Je reçois vingt lettres par jour sur des bcale espèce. Tuus les matins mon cidui ett déchii-é. 1 aucune fortune ne peut suflire i soulager tant

qui m'environne sait qu'A peine j ai le temps de ntité de lellres douloureuses qui m'arrivenl de s. Se fais mon cLoix comme je puis, le icsie secouru : souvent, bon Dieu! pas même résous de tristes détails. Je veux terminer ce méune légêi'c et nouvelle preuve que l'inlèrOt part toujours ce qui me lumue, et que c'est sous ce ■ort que les évênenienls nie frappenl.

er 1767. lorsque toule la France avait les yeui sur nne, que chacun louait et blâmait sa grande as- ■» notables, voici ce que je lui mandais du coin de

A M. U contrôleur général.

ous offre point un souliail de boimo année, mais Sntment. ijuoi qu'il puisse arriver, vous ne mouris gloire, car tout avei compté pour quelque choit I généreuse, et qui mhI tout le prix de ce qu'on elle. Dieu bénisse Louis XVI et vous 1 Si jamais ei une assemblée d'hommes qui vous cliérisscnl, ai l'honneur d'être un de vos notables.

urquoi nie ptiindrau-je encore» J'ai cessé J'imite mal-

Non attacbemeul va sans dire, i lequel je sais,

Votre, etc.

Signé : Cirm de BcinMmcaus.

A Versailles, le S janvier I7S7.

J'attaclie trop de prix, monsieur, à voire opinion, pour n'être pas infiniment llait^ da choses obligeantes que vous me marquei. L'assurance que vous y joignci de vos sentiments, et la manière dont vous les eiprimei, m'est aussi agréable que le serait pour moi l'occasion de vous donner de nouvelles marques de tous ceux que vous m'avci inspirés, et avec lei^uels je suis, HoisiEea,

Votre, elc.

SigHë : DE Ciosar.

Telles ont été n>e3 intrigues; voili mes pamphlets ; qu'on me juge, et non sur les imputations des plus vils calomniateurs. Ils n'ont cessé de me poursuivre à la cour, i la ville, et partout. Et moi, qui regrette bien loin tout ce qui trouble mon repos, j'ai dédaigné de leur répondre. Jeledéilaîgiiais d'autant plus, que je savais que cette sale intrigue, ces calomnies, ce style d'un prédicant lou, celte éloquence du baquet, et ces rêves d'un somnambule, ne sont mis en avant que pour m'impalienler, me lusser. enOn m'amcber de l'argent pour acheter la paix et leur silence; cl je ne désespère pas d'en fournir une preuve de la main même de

paraîtra quand les tribunaux seront l que 1 instance pourra être jugée. Je ne laîssans réponse; les honnêtes gens seront conlenis

lion grand

Ce mémoire s'imprime ïi vile, et l'obligation où je suis d'échapper au mépris public, aux dangers personnels dont je suis averti et men.icé, est si pressante, que, ne pouvant obtenir le dépùt de ces pièces au greffe aussi promptemeiit que ma silreté l'ciige, et tel ipie je l'annonce en deux endi'Oils de ce mémoire, a cau^e des circonslances fAcheusi>. qui font languir toutes les affaires, je prends le parti de li'^ déposer chei un notaire, H. Hommet, ce qui revient au même, pour assurer leur autlienticité. Elles retourneroiil au grelTe loiisque l'inslaoccsc suivra.

Copie de la nouvelle plainte.

L'an mil sept cent quatre-vingl huit, le mei-credi dix-liuii juin de relevée, en l'hêtel et paiMlevanI nous Cilles-Pierre Chenu, commissaire au Chitelet de Paris, et censeur rojal, est comparu Pierre-AuguslinCaron de Beaumai-cliais.écuïcr, demeurant Vieille rue du Temple, paroisse Saint-Paul, lequel nous a rendu plainte, et dit qu'il vient àfi lui tomber entre les mains un libelle imprimé, signé ; Birgasse, intitulé : Mémoire pour le liea' Bergaae, dant la coûte du $ieur Korutnan, contre le lieurde Beaumarcliait et contre le prince de .VnMdu, sans nom d'imprimeur ni d'oflicier public qui puisse en autoriser l'impression ; que ce libelle est une répéliti»n des injures et des calomnies insérées dans les premiers libelles du même auteur, el en contenant beaucoup de nouvelles plus atroces, non-seulement contre le plaignant, mais encore conire des ministres, des magis-

MËMOIHfclS.

trats, cl d'autres pei*souiies ti'és-i'ecoininaudables. L'auteur paraissant ne rien respecter, et se porincltanl tout ce que la fureur et la méchanceté peuvent inspirer à un homme sans frein, jusqu'à chercher à donner au plaigniirnt de la défaveur aux yeux des magistrats du parlement, ses jugres, en lui imputant des faits odieux (|u'il desavoue formellement, et nolanmient en cherchant û faire croire que le plaignant répand les écrits contre les parlements, d'après les traites faits à ce sujet entre les ministres du roi et lui, tandis qu'au contra're, et dans tons les temps, il n'a cessé de rendre aux magistrats toute la justice qui leur est due, ce dont il va justifier : en osant imprimer que le plaignant a béduit et corrompu les juges du Cliàtelct en faveur de sa cause, tandis qu'il n'a pas même l'honneur de connaître de vue M. le Jieutenant criminel, etqu'il n'en a sollicité aucun: en attribuant au plaignant un journal clandestin, intitulé Ma Correspondance , par le moyen duquel il impute au plaignant de faire circuler, en Finance et en Allemagne, des calomnies contre tout le monde, tandis qu'il est prouvé que ce mauvais journal est imprimé par un nomme MùHery imprimeur alhmand, dans la ville deKehl; ce qui n'a pas plus de rapport au plaignant, ni à la superbe imprimerie de la citadelle de Kehl, que si celte infamie se faisait à Genève ou il Liège.

Le plaignant se contenterait de mépriser le nouveau libelle et son auteur, s'il n'avait intérêt de se justifier des imputations calomnieuses qu'il contient, et de faire punir riiomme qui a pu se permettre autant de mensonges et d'horreurs, lesquels sont déjà pi*ouvés au procès, puisqu'il a décret contre leur auteur : pourquoi il nous rend la présente plainte des faits ci-dessus conirc ledit auteur, ses fauteurs, complices et adhérents, notamment contre l'imprimeur clandestin dudit libelle, dont, à l'appui de ladite plainte, il nous a représenté un exemplaire contenant cent trente-neuf pages d'impression, sansl'avanl-propos en contenant quatre, pour être de nous signé et paraphé nevariclur, ainsi qu'il l'a été à l'instant; de laqi elle plainte il nous a requis acte à lui octroyé, et a signé en notre minute, sous autres réserves et protestations de droit et nécessaires, avec nous conseiller conunissaire susdit.

Siignè : Chenu, avec parapltc.

Signe : Carox de Béai marchais'.

ULUIÉTE A iV. le lU'uleiuuit ciimi'ul.

Supplie humblement Pierre-Augustin Curon de Beaumarchais, écuyer, qu'il vous plaise, monsieur, permettre au suppliant de faire informer des faits contenus en la plainte qu'il a rendue nouvellement par-devant le commissaire Chenu, le dix-huit du présent mois, circonstances et dépendances, pour l'information laite et rapportée être par vous ordonné ce qu'il appartiendra, requérant la jonction de M. le procureur du roi, sous toutes réserves, vous ferez justice.

Signé : Guébeut.

Et plus bas est écrit :

Soit montré au procureur du roi. Fait ce ^ juin 1788.

Signé : Bacuuis.

El plus bas est écrit :

• A propos de ma plainte, j'ai fait des recherches pour savoir si celte de M. le prince de Nassau avait élé rendue chez M. Chenon, comiuissaire, que le libellisle qualifie de fameux, en imprimant qu'il a reçu cptle plainte. Ce n'est qu'un mensonge de plus, inventé seulement pour accoler une injure au nom du commissaire Chcnou, très-étranger ù celte affaire.

Vu la plainte et la rjsquéte,

Je n'empécbe pour le roi, après en avoir délibère iên le parquet, être permis au suppliant de faire inforoierda faits contenus en ladite plainte, pour, rinformation &iteet à moi communiquée, être par mot requis, aprèg em noir de nouveau délibéré au parquet, et par M. le lieu tcuaot criminel ordonné ce qu'il appsirtiendra. Fait ce ^5 juin 17fê.

Signé : DiituiximB oe Barïnuc.

Et en marge est ^rit : Permit iTin former par-detatU k comminsaùe Chenu. Fait ce l^ijuin 1788.

Signé : BAcauis.

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