‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 485 sur 607 · TENPS A AUTRE QUELQUE PORTE SOMME ENTRE LES MAINS · texte numérisé non relu

TENPS A AUTRE QUELQUE PORTE SOMME ENTRE LES MAINS

11 faut avouer, galant homme, que ces idées pouvaient vous être utiles ; mais vouloir, dans vos commentaires, qu'elles le fussent au gouvernement ! monsieur, on ne peut s'y prêter ! Et toujours une altération dans ses copies de mes copies ! 11 nous transcrit ici la suite de sa lettre : et moi j'aurai V agrément de me rendre utile au ministre; ce qui peut se TROUVER dans l'occasion. Apparemment pour faire entendre que l'occasion de se rendre utile au ministre pouvait se trouver dans le maniement des fonds de la guerre ; ce qui ressemble à quelque dévouement. Mais dans sa lettre déposée et dans mon mémoire (p. 418), on lit ces propres mots de lui : Et moi j'aurai Vagrément de me rendre utile au mi» nistre; ce qui peut se retrouver dans l'occasion; et c'est bien différent : car le sens de la vraie leçon est qu'en offrant de rendre au ministre un assez coupable service, il demandait pour récompense qu'on lui permit aussi d'abuser pour lui -même des fonds qui lui seraient confiés. Voilà ce que veut dire : et moi j'aurai Vagrément de me rendre utile au ministre ; ce qui peut se retrouver DANS l'occasion. Et partout il se cite avec cette lidélité, sous la plume fidèle du vertueux Bergasse !

Est-ce aussi pour vous rendre utile au gouvernement que vous écrivez au sieur Daudet, de Bâle, le 13 septembre 17S0, l'épitre suivante que j'avais omis de copier, mais qui devient très-importante depuis que le précepteur des enfants s'est chargé de donner un sens à los lettres.?

« De BAIe, le 13 septembre 1780.

• Il me reste encore à vous parler, mon cher ami, de

« l'adjonction de la place de M. de Biercourt (trésorier

< de l'École Militaire), dont nous nous sommes entre-

< tenus avant mon départ de Strasbourg. Je vous dirai « qu'il est bien entendu que si la princesse de Mont- « barrey réussite me la procurer, je n'en jouirai qu'au- • tant que l'on remplira en même temps les vues bien- « faisantes de cette princesse pour les personnes aux- « quelles elle s'intéresse, et cela pendant le temps que « j'occuperai cette place, a l'effet de quoi je passerai

I Mot impropre et du bas langage, qui *e glisse dans les discours, comme je l'ai d^à fa observer.

MÉMOIRES

« TEL8 ACTB8 qu*il Conviendra pour donner toute la solh

« DITE REQOtsE à Fengaf^ement que je contracterai ; je

ff sais qu'il est essentiel de mettre beaucoup de disgré-

'« TioN dans ces sortes d'opérations. Gomme je me flatte

f que vous êtes persuadé que la mieDne est à toute

4 épreuve, vous pouvez être assuré que l'on nb sckâ ia-

« MAIS COMPIIOMIS AVEC NUI, CtC »

« Signé : G. Korhman. »

Ainsi, monsieur Bergasse, ainsi, véridique écrivain, ou pouvait être compromis en servant votre ami dans ses projets utiles au gouvernement ! Je laisse à décider ce qu'on doit le plus admirer, ou la sottise du commentaire après la lecture des lettres, ou la bassesse de ces lettres après leur déplorable explication.

liorsque j'ai dit de Koniman que tout lui semblait bon pour se procurer une caisse, qu'y trouvent-ils donc à reprendre ? N'offre-t-il pas, pour l'obtenir, de payer les mandats du ministre avec le trésor militaire? N'olTre-t-il pas, pour l'obtenir, de pensionner les créatures de la princesse, s'il pouvait rendre les prolecteurs aussi vils que le protégé? >'e caresse-t-il pas, pour l'obtenir, le cher corrupteur de sa femme? Après les prétendus scandales de Strasbourg, ne le charge-t-il pas du soin de son épouse à Bàle? Et vous nommez cela des projets utiles au gouvernement! Lâche époux! vil agent! et misérables raisonneurs! Passons à d'autres faits ; craignons surtout de nous appesantir.

En voulant excuser une autre de ses épitres, il dit * ; f J*e suis fûclié de n'avoir pas conservé les lettres « du sieur Daudet, pour ajouter de nouveaux détails « aux explications que je donne. Mais qui pouvait « soupçonner qu'après sept ans une correspondance « indifférente me serait représentée, et qu'on en ferait « la matière d'une accusation contre moi ? »

A cela voici ma réponse, et que tout lecteur malveillant la juge avec sévérité.

Le sieur Daudet doit sans doute exiger que vous représentiez ses lettres ; car c'est de cola qu'il s'agit. Certainement aussi, monsieur, personne ne pouvait soupçonner (ju'au bout de sept années on serait dans le cas de vous représenter les vôtres ; mais connue c'est vous seul qui faites à votre épouse l'attaque vile et flétrissante qui donne lieu à cette inquisition, c'est à vous seul de justifier, par les lettres du sieur Daudel, le sens que vous prêtez aux vôtres.

Vous dites qu'il était le confident de vos plaintes sur la conduite irréj;ulière de votre femme avec un autre amant. Interprétation misérable! en ce que vous supposez à votre femme une première intrigue avec un jeune étranger, laquelle même bien démontrée ne servirait qu'à vous confondre, qu'à établir que vous accusez faussement le sieur Daudet de l'avoir corrompue, puisque, si'Ion vous-même, elle l'aurait été d'avance par un autre !

Or vous saviez, dès 1781, c'est-à-^ire à l'époque de

* Page iSSilu second lihvlle.

ce commerce entre vous et le sieur Daudet, que te dernier aurait un procès avec tous, puisque tous Toëia le lui faire ; puisqu'à cette époque surtout vous files enfermer votre femme à Toccasion de cet ami Daudet, et nullement à cause d'un étranger, 11 fallait donc garder ses lettres, et c'est à vous qu*on les demande. Itk soit que vous les montriez ou non, les vùtres sol&tiBl pour bien prouver votre infamie.

« Encore une fois, dit le naïf époux', qu'on n « juge ; et qu'on m^apprenne si, à côté d'une femn « jeune, vive et inconsidérée» je pouvais me oonâoR « avec plus de douceur et de prudence. »

Non : ce n'est pas d'avoir manqué de prudence d à douceur sur les prétendus* désordres de votre femme que l'on vous accuse aujourd'hui ; mais de venir aprè sept ans, après avoir entamé dix rapprochements anc elle, plus perfides les uns que les autres, lesquels soit prouvés au procès, de venir rejeter sur nous, trèsétrangers à vos desseins, les fautes que tous reprodiei à cette malheureuse >ictime, et qui, si elles existiint ne seraient que le fruit de votre conduite cupide, de toî affreux projets sur elle. Et c'est ce que cet exameo n prouver jusiju'à l'évidence.

Vous dites * que j'oi cherché à faire illusion, entrash posant vos lettres, et en dissimulant les circmuinai auxquelles elles se rapportent. Non, véridique époux, je n'ai rien transposé; je n'ai fait aucune illusion, nina voulu dissimuler. Vous imprimez un gros libelle doit le but apparent est de prouver qu'un audadeui, il y a sept ans, s'en vint corrompre votre femme ; qu'instni do tout, vous fîtes les plus grands efforts pour romjm celte union fatale à votre fortune, ù votre repos, à potre santé... Et moi, qui compare le libelle à vos tendre? lettres d'alors, je trouve qu'il n'y a pas un mot detr» dans votre hypocrite exposé.

Que devais-je faire pour montrer que vous eo imposiez au public, par la plume enveiiimée du précepteur de vos enfants ? N'était-ce pas de copier l'historique du gros libelle ; puis d'aller chercher dans vos lettres, aux mêmes dates que vous citiez, les phrases qui démontrent que vous mentez dans ce libelle, de transcrin? de votre commerce les endroits qui prouvaient le mari bénin, complaisant : puis montrer à quelle intenlioB le foumieux époux d'aujourd'hui s'était fait alors si bcn homme? Celte marche était simple, et juste, etraii<fl>nahle. Je la trouve même si bonne, que je vais m'en servir encore pour anéantir vos répliques.

« Il faut donc partir pour Strasbourg *. Si je par^et « laisse mon épouse à Paris, L'fcTRA5GER pect lEPiRum « (l'étranger était donc absent), et devenir de noufeso « pour moi un rival redoutable ; si je Tenunéne aw « moi à Strasbourg, j'ai aussi diaprés ce qu'on mi « rapporté, beaucoup de choses à craindre du sieor «• Daudet. »

Ce fut trés-sagement pensé. Mais quel parti prKes-

* Pa^re 18 du second liMIe.

' l'acre 10 du second libelle.

' l'agc 'iO du second libelle.

MÉMOIRES

vous donc? on vain vous éludez l'aveu, en vain le précepteur IVlude; il faut pourtant qu*il vous échappe. Vous LA MENATES A STRASBOURG, à cc même Daudet, dont vouê aviez beaucoup de choses à craindre. Ainsi entre un jeune étranger absent, d'autant moins datigereux, €ûl-il été présent, que, selon votre nouveau système, un autre lui avnit succédé dans les bonnes grâces de votre femme: entre un jeune étranger absent et cet ami Daudet (jui lui-niùme à Strasbourg n'était d'aucun danger pour elle tant qu'elle restait à Paris, vous prenez le noble parti de la conduire sur le poing à l'ami Daudet, dans Strasbourg, après l'en avoir prévenu par trois lettres citées dans mon premier mémoire, en date des 19, 2i et 25 août 1780!

(1 n'y a ni injures ni outrages qui puisse couvrir de tels faits. Il n'est ni précepteur, ni furie, ni Bergasse qui puisse ici donner le change.

Mais suivons bien son commentaire. « Cependant il « convient que j'aille rejoindre le sieur Daudet * (il con • € vient, monsieur, et pourquoi?) dans cette circon- « stance difficile, la dame Kornman n'ayant supplié de

« LA CONDUIRE A BaLE DANS SA FAMILLE... » — YOUS avait

supplié ! non pas ; le contraire est dans vos épitres ; et nous lisons dans celle du 27 juillet, à Pami * : Ma femme sera sans doute maîtresse d'aller à Bâle ; J'AVAIS PROPOSÉ CETTE PARTIE dans le temps, parce que je SUPPOSAIS que cela lui ferait plaisir ; je suis toujours dans le* mêmes sentiments, etc.

Qu'en pense le noble écrivain ? Sont-ce là les supplications d'une épouse pour qu'on la mène à Bâle dans sa famille ? N'est-ce pas au contraire l'époux qui l'avait proposé lui-même comme une partie de plaisir ? On va Toir à quelle intention !

fl La dame Kornman n'ayant supplié db la conduire a « Bai^ dans sa famille, je finis par y consentir ; mais € à deux conditions. » (Voyons.)

La première, nous dit-on, est la décence recommandée dans ses entrevues avec le sieur Daudet à Strasbourg. — C'est fort bien pensé ; mais, monsieur, elle eût été mieux à Paris.

La seconde, « qu'elle chassera une lemme de chambre « et un domesti(|ue qui l'avaient aidée dans ses in- « Irigues avec le jeune étranger, et que je soupçon- « nais de l'aider encore dans ses nouvelles intrigues « avec le sieur Daudet. » Voyez, lecteur, si je vous cite à faux'*.

Maintenant que vous l'avez lu, ayez la patience de revenir à sa lettre du 27 juillet 1780. C'est l'époque dont il s'agit ; et lisez-y ces phrases si bien concordantes à l'explication qu'il en donne: fai seulement observé que je ne voudrais pas paire cette partie de PLAISIR (le voyage de Srasbourg à Bàle) avec des alentours qui me déplaisent et qui m'ont manqué (ces alentours sont les valets). Si cependant ma femme veut les

• I*ai;r il du second lil»clle.

* thifi.

GARDER, elle fera pour lors le voyage seuUy et moi j'irai de mon côté ; car je ne veux contrainorb pbuommi, bicuRE MOINS MA FEMME... Et plus bas daiis la même lettre : A l'égard de la femme de chambre que ma femme veut prendre, tous les sujets me conviennent, pourvu quelles aient un peu Vapparence de l'honnêteté. Je sais bien qu'on ne peut pas avoir des vestales ; mais il y a toujours une certaine cotuluite à observer. Elle peut prendre Justine, QU'ELLE AVAIT, ou une autre; TOUT CELA M'EST PARFAITËMEiNT ËGAL.

Ainsi tout ce que l'époux veut, ce n'est point que sa femme ait des domestiques vestales, ni qui la gênent dans ses goûts ; mais seulement qu'elle ait des servantes discrètes, qui voient tout et ne bavardent point. Voilà comment le mari chassait les intermédiaires suspects.

Le lecteur n'oubliera pas non plus que c'est au sieur Daudet qu'il a fait ces détails o!)ligeants.

Mais enfin l'époux a trouvé dans sa lettre du 24 août celte phrase triomphante : Elle prendra une autre femme de chambre et un autre domestique, et par ce moyen nous voyagerons ensemble. Aussi voyez-le triompher (page 23 du second libelle) : « J'annonçais, dit-il, en « donnant cette nouvelle au sieur Daudet, que mon « intention n'était, en aucune manière, de favoriser les « intrigues de la dame Kornman avec qui que ce fût. »

Si par hasard vous aviez eu, lecteur, l'inattention de vous laisser surprendre à cette hypocrite colère, reprenez dans sa lettre du 29 juillet 1780, et toujours ù M. Daudet, cette phrase que j'avais négligé de copier, comme oiseuse :

// me fait grand plaisir d'apprendre que la nouvelle bonne que vous avez procurée a ma femme soit un tt bon sujet. Je souhaite qu'elle la conserve, et vous ait des obligations de la lui avoir donnée.

11 suit de ce rapprochement, qu'à l'époque de juillet et d'août 1780 le mari (dans son commentaire) renvoyait tous les domestiques, pour que le sieur Daudet n'eût point d'intermédiaire à lui dans la maison de son épouse; et dans ses lettres, même époque^ non-seulement sa femme peut garder les domestiques qu'elle veut, mais il rend grâces à son ami Daudet d'avoir procuré une si douce bonne à sa femme. 11 souhaite qu'elle la conserve, et lui en ait l'obligation...

Combien la lettre de Vami, dans laquelle il dit à l'époux qu'il donne une bonne à sa femme, serait curieuse à parcourir ! mais l'époux, qui la tient, se gardera de la montrer! Maintenant vous savez, lecteur, pourquoi le bon mari d'alors ne représente pas ces lettres. Je supplie qu'on redouble ici d'attention et de rigueur pour moi.

« Pourquoi le sieur de Beaumarchais n'imprime-t-il « qu'une seule de mes lettres à mon épouse ! Je lui en « ai écrit plus de deux cents. Qu'elle les produise si « elle l'ose ! qu'elle produise surtout la lettre que je « lui ai écrite pendant que j étais à Spa , et que le « sieur Daudet était chargé de lui remettre ! Que craint < la dame Kornman ? Si en effet j'ai favorisé ses dés- « ordres, ma correspondance avec elle doit le prouver.

448 MEHI

( Qu'elle fasse doue connaître celte correspondance'. •

Pour réponse à celle braTsde, je vais démonlrer qu'il eat Taux que le sieur Homnian ait écrit alors à sa femme deux ctnt» Uttret, comme il le dit. Je vais prouTer qu'il •n écrivit cinq, et pas six ; que ces lettres sont nulles, ou qu'elles le condanuienl. Qu'où fwt sévère sur mes preuves; j'ai tant été mallrailé dans le monde sur cetle infâme et ridicule affaire, qu'on doit me pardonner d'avoir quelque plaisir à bien prouver que j'ai toujours raison. Les magistrats sont des années à peser le pour et le contre avant que d'oser prononcer. Le public tranche en dix minutes sur le libelle d'un Bergasse !

Si je n'ai rapporté dans mon premier mémoire qu'une seule lettre de l'époux à sa femme, comme il me le reproche, c'est que je n'avais alors qu'un seul fait :'< prouver, la bénignité d'un mari, devenu depuis si brulat, et que cette letlre y suilisaiL

Aujourd'hui que dois-je établir! Deux faîla dont j'ji la preuve en main :

i* Qu'il n'a écrit que cinq lettrei à sa femme pendant cinquante-quatre jours d'abseuce;

3' Que cet cinq lettre», loin de montrer un mari grondeur irrité du désordte qu'il lui impute, sont courtes, vagues, vides ou nulles, arrachées par la bienséance à l'époux qui roi^it de son rôle, et qui ne sait comment écrire, enfm, qu'excepté celle transcrite dans mon premier mémoire, où il consent que son épouse reçoive l'ami Daudet, qui doit ta vititer à Mie, aucune des autres ne dit rien.

Malgré l'ennui que je voua cause, b mon lecteur, ne m'abandoniiei pas : tout le proci-s est dans ces lettres, et surtout dans l'explicalion qu'un fougueux écrivain en donne.

Le 14 juillet nWI, en arrivant à Spa, le confiant époux écrità son anii ; > Je vous accompagne unepelile ■ lettre pour ma femme, et je vous serai obligé de la lui « remettre. • (Donc une letlre.) Comptons bien.

Moi je n'ai pas celle pelile lettre, elle seule manque à la liasse. On jugera par les quatre autres de quel ton était celle-là.

Sa lettre du IS juillet au sieur Daudet montre que ce jour-là il n'écrivit point a isa femme ; mais le ST juillet, de Spa, longue épitre à son cher ami, et très-court billet a sa femme, en s'excusant lur ta fatigue. Voyez de quel style terrible il soutient son ton irrité.

Sous couvert de l'ami Daudet.

■ J'ai

.Spa,

: beaucoup de satisfaction, ma femme, f que nos enfants se portent bien, et que tu aies leur ■ bien-être à cœur ; nos sentiments se rencontrent en > ceci, et il faut espérer que cela ne sera pas la seule t occasion. Je ne répliquerai rien à tout le reste de t;i • letlre, parce que nous nous sommes suflisammenl f expliqués là-de:siis. • (/( esquivait let explicatiom par écrit.) « Je souhaite que tu sois toujours heureuse t et contente, et j'y contribuerai toujours par lotit ce

' P*ee U du second libelle.

■ qui dépendra de moi : sur quoi lu peux auafta.

■ ainsi que sur les sentiments que lu me connais.

I P.~S. Cette lettre est unpeu cmaie, maisjeaietns • an peu fatigué; je répaiTenii cela à la première oco-

Ce style gauche et plat nous prouve que le nnri n'avait que des compliments à (aire, des reproche) éluder, et nul ressentiment a vaincre.

(Déjà deux lettres.) Nous marchons.

Le 1"aoûl, de Spa, longue épitre ù l'ami DaiÊdit.in il s'étend comme une gazette sur les roides doutcUo du Nord ; et, cependant le P.-S, contient ces mots : k tuis trop fatigué pour pouvoir écrire à ma femme; et *era pour un autre courrier.

Le h août, toujours de Spa, longue el tendre teUni fami : il ne veut plut qu'on lui écrive. Il part il compte écrire, dit-il, aujourd'hui ou demain à tafemm. pour lui annoncer la mime eko*e. La letlre est au boni de la plume. Puis le 12 août, de Bruxelles, autre loogne épitre â l'ami, point de lettre encore à sa lenuoelai c'est par lui qu'il écrivait). Seulenoent, à la fin de tdir à ton ami. on lit ce tendre P.S. :

A l'égard de ma femme, je ne veux que ton ioiàen.

DAKS TOUTE l'ÉTEKDI'E DU TERNE. J'etpèrg aut*i ft'MK

«Il peu de réflexion , elle ne *'j/ oppotera poinf. Et le 18 août, il était de retour chez elle, puisqu'il écrivit dt Paris à son ami. le lendemain 19 : Je croit qm m femme e$l intentionnée de faire ce petit voyage jjr Strasbourg).

Nous n'avons encore que deux lettres, et le mtneA de retour : il ne quitte plus sa femme â Paris, â Simbourg, ni à Mie, que le 13 de septembre ; et dés b lendemain I4,il lui écrivit d'AsIer, près de LuiembonrfcMte letlre est la plus curieuse des cinq ; c'est «It où il lui dit qu'il espère que l'ami Daudet aura l'ilteittion d'aller la vitiler à Bâle. L'époux m'a reprocbédt l'avoir mutilée ; in.tis je vais la donner sans luune; elle est nécessaire en ce lieu pour compléter la tclla;tion. Je prie qu'on examine ce que j'en avais retrwdù.

• A Asipr, ]>r('S de Luiembourg, le 11 ttft. IXL

' Je croit, ma femme, qu'il est oi'-.r.st que tc upim? DE HES socvEitES, coT mofi tHcnce pourrait faire M'Urt det réflexion» aux bonnet gent arecletquelt lutelroicit, qu'il n'eil pas de notre intérêt qu'ils faïuent. (Soui svmd dit que ces bonnes gens étaient des parents de a femme.) On le demandera par intérêt pour moi, et f curioiilé, si je t'ai écrit, et tu pourra» parce moyen mtiifaire à toute» cet demandes ' . t Je me trouve dans as

■ chemin de traverse, arrêté dans un mauvais villai*, o parce qu'il y a quelque chose de cassé à ma voilurr; ( je continuerai le plus vile qu'il me sera possible aa > roule vers la Flandre et Aix-la-Chapelle, d'où j< " « donnerai de mes nouvelles ultérieures, t (FalUi'-i' faire tant de bruit pour une pareille omission?) • Tm

!r mémoire.

■aelér« n

MÉMOIRES

mille compliments à tes parents et à Daudet^ si tu le vois, CAR JE SUPPOSE quil pourrait bien dans ses petits voyages

AVOIK L*ATrbNTIO.N DE TE FAIRE UNE VISITE; JE LUI éCRIRAl

DEMAIN. Je fais passer la présente par Strasbourg, pour Qu'o> VOIE que nous sonunes en correspondance ensemble. Tu pourras également, si tu avais quelque chose à me faire dire, adresser tes lettres pour moi à Yachter ; cela nous DONNERA u>' AIR d' INTELLIGENCE qui fera bou effet sur r esprit de certaines personnes. Je suis toujours avec les sentiments que tu me connais.

Voilà trois lettres constatées ; mais nous sommes loin des deux cents.

Et le 22 septembre, de Bruxelles, autre court* billet à sa femme. Des reproches? il n'en fait aucuns. De colère? on n'en voit pas l'ombre. Les plus doux encouragements, une complaisance sans bornes, et ma preuve marche assez bien. Mais il faut copier le billet.

Toujours le même bon mari,

« Bruxelles, le 2i septembre 1780.

c Je .n*ai pas eu un nome^it a moi, ma femme, pour te

€ DONNER DE MES NOUVELLES. J'ai toujours été cu course

« ou en négociation ; j'ai passé par Spa ; mais, comme

m lu vois, JE n'ï ai POINT PRIS RACINE .* moii frérc m'ayant

« fait sentir qu'il est essentiel pour nos affaires que je

« passe par Paris, je me suis déterminé à prendre

« celle route; je ne m'y arrêterai que deux ou trois

« jours ; je prendrai ensuite la route de Bàle, où lu ne

€ tarderas pas à me voir : je souhaite trouver tout le

« monde bien portant, ainsi que les enfants. Mille

• compliments à tes parents ; je n^i pas une minute a « MOI, et je n'ai que le temps de te dire que je suis

• toujours, avec les sentiments que tu me connais.

Remarquez bien ces mots, lecteur : Je Jiai pas eu un fHoment à moi pour te donner de mes nouvelles :j^ai toujours été en course ou en négociation, (Donc il n'y a point eu de lettre entre le W septembre et ce jour.) J'ai passé par Spa : mais, commk tu vois, je n'y ai point pris luciNE. Apparemment la jeune épouse lui avait fait quelque reproche, qu'il se garde bien de montrer, sur la longueur de son premier séjour à ^pa. Mais c'est l'affaire de l'épouse de nous dévoiler ces mystères. (Ainsi quatre lettres à sa femme.) Lecteur, nous touchons à la fin.

FaOn une cinquième de Paris, du 26 septembre, et toujours le même embarras.

• Paris, le i6 septembre 1780.

« J'espère, ma femme, que mes précédenles lettres « te seront bien parvenues; lu y auras vu que des « affaires instantes ont engagé mon frère à me presser « de Tenir à Paris; j'y ai satisfait, quoique cela m'ait 4 contrarié, et j'y suis arrivé hier. Je suis extrêmement tf ucc II i)é de différents objets; je ne m'arrêterai cepeii-

BBACMARCR4lt.

« dant que peu de jours, pour prendre la route de « Bàle, où je ne tarderai pas d'arriver. Je suis singu- «< LiÈREMENT FATIGUÉ de toutes ces courses ; le temps me « PRESSE, et il ne me reste que celui de le réitérer que f je suis toujours, avec les sentiments que tu me « connais, G. K.

< Mes compliments à la famille. »

Le bon mari n'écrivit plus : sous huit jours il était à Bàle, d'où il amena sa femme à Paris ; car son âhi Daudet l'attendait dans la capitale.

Ainsi cinq lettres seulement, bien courtes et bien comptées, pendant cinquante-quatre jours d'absence : (rente-six dans son voyage à Spa, et dix-huit jours après l'avoir menée à Bàle. 11 était déjà clair pour nous qu'on n'écrit pas deux cents lettres en cinquantequatre jours, écrivit-on à une maîtresse : jugez donc quand c'est à sa femme, que l'on croit maltresse d'un autre.

Dans ces cinq lettres bien prouvées, on voit que cet époux, qui se donne pour si sévère dans ces deux cents prétendues lettres, n'était qu'un plat mari, honteux de sa très-honteuse conduite. On sent toujours son embarras : deux mots par décence, et c'est tout. On voit qu'il a peur d'en trop dire, car des lettres .sont des témoins. Quand il peut s'excuser d'écrire, il saisit le moindre prétexte. Un jour il est trop fatigué; un autre, il écrira demain; un autre jour, le temps le presse, il n'a pas un moment à lui. Dans sa lettre de Spa, du 27 juillet, honteux même de ne pas répondre aux explications que sa femme lui demande. Je ne répliquerai rien, dit-il, à tout le reste de ta lettre, parce que nous nous sommes suffisamment expliqués là-dessus. C'est l'épouse ici qui reproche,' et l'époux qui fait le plongeon : et cependant voyez toutes ses lettres des mêmes dates à son ami Daudet, comme elles sont chaudes, vives et pleines ; le cœur abonde en sentiment ! plusieurs ont trois ou quatre pages.

A ces cinq lettres bien comptées (et c'est le compte du mari, à cent quatre-vingt-quinze près), il est inutile d'ajouter son commentaire sur sa lettre scabreuse à sa femme, du 14 septembre, où il dit : « Fais mille coinf pliments à Daudet, si lu le vois, car je suppose qu'i f pourrait bien dans ses petits voyages avoir l'attention ff de te faire une petite visite ; je lui écrirai demain. » Cette lettre est fâcheuse : on voudrait pourtant l'expliquer; car M. Kornman est d'avis qu'en pareil cas il vaut mieux dire une sottise que de ne point parler du tout. Le précepteur Bergasse nous semble aussi de cet avis. Or voyons comment ils s'en tirent (p. 24 du 2* libelle) : « Il (Daudet) m'avait écrit qu'en effet, de- « vaut aller dans le voisinage de Bàle, il se proposait « de lui faire une seule visite. »

Il avait écrit une seule? Montrez-nous donc la lettre où il restreint son attention pour votre femme à ne lui faire qu'une seule visite à Bâle ! ce style est si probable dans l'hypothèse que vous posez, qu'on est très-curieux de la lire. « Or je ne croyais pas (ajoute l'ingénu mari,

MÉMOIRES

c ajoute le bon précepteur) que celte visite fût bien « dangereuse, la dame Komman étant avec ses enfants, « au milieu des siens. »

Au milieu des siens, dites-vous ! c*était là le motif de votre sécurité ? Eh ! mais, monsieur, oubliez-vous qu'elle était logée à Vauberge où vous Potnez mise vousmême, et non chez l'un de ses parents ? N'avez-vous donc pas imprime (p. 10 du i*' libelle) : « Je n'eus pas

• besoin en arrivant (à Bâle) de faire de grandes infor-

• mations sur la conduite de la dame Koinman : à « peine fus-je descendu dans l\dberge ou eue logeait, « qu*on m*apprit que le sieur Daudet y était venu plu-

• sieurs fois de Strasbourg, qu'il t AVArr passe des nuits f AVEC ELLE. tOr, quaud vous invitiez cet ami d'avoir ^attention pour tous trois d'aller la visiter à Bàle, il est donc vrai, monsieur, que, loin d'être chez ses parents, elle était logée à Vauherge oii vous l'aviez mise vousmême, où chacun a droit de descendre, de passer le temps qu1l lui plait ! Vous auriez bien pu vous douter que dans ces logements publics on n'a jamais de surveillants ; ces visites, qui, dites-vous, ne vous semblaient pas dangereuses, devaient donc au contraire vous le sembler beaucoup, surtout de la part d'un galant tel que celui que vous peignez. Cependant vous l'aviez invité d'avoir l'attention d'y aller ! vous aviez écrit à votre femme que vous supposiez qu'il n'y manquerait pas ! Êtes- vous pris dans votre piège ? lâche époux, vil agent, et misérables raisonneurs !

Tous nies amis se réunissent pour me prescrire le ton grave. Mais peut-on se refuser au léger sourire du dédain en voyant la bassesse trompée, et l'embarras d'un hypocrite époux qui, malgré le ton prédicant d'un défenseur plus hypocrite encore, ne peut plus prononcer un mot sans dévoiler sa turpitude ? Il nous rappelle un charlatan connu, voulant toujours vendre sa femme, et toujours prêt à être en fureur contre qui l'aurait escroquée. Achevons le portrait du nôtre.

Enfin vous croiriez, à l'entendre, qu'après tous les renseignements reçus à Paris, à Strasbourg et à Hàle, sur les désordres de sa femme, il a chassé le conu jeteur à son arrivée à Paris, et n'a pas différé d'un jour ; et vous le croyez d'autant plus, que ce mari, dans son second libelle, établit ainsi sa conduite.

« De retour à Paris, connaissant entin l'intrigant au- « quel j'ai affaire, je fais sentir au sieur Daudet coni-

• bien s;i pK'sence m'est importune », etc. »

.Mais moi qui liens rexpé<lition timbrée que j'ai tii*ée du greffe criminel, de toutes ses leMres déposées, j'y trouve, à la date du 14 novembre 1780 (c't^t-à-dire deux mois après son séjour à Bâle), une lettre au $ieur Daudet, connnençant par ces mots: Tom^ trouvera, von culr ami, sous ce pli, le modèle de l'engagement en qui $t ion, etc.

Eh quoi ! toujours îion cher ami î au corrupteur avère de sa fenmie ! deux mois après le séjour de Hàle !

En honneur, ce second libelle est plus lueuteur que le premier ! et {partout la même logique.

' I*.»gri6 (tu second liMIe.

J'ai combattu, j'ai démasqué, dans d'à qu'on m'a faits, des lâches d*iine étrange < jamais aucun d'eux ne s'est vautré, comme < la fange d'une telle défense.

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