‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 492 sur 607 · K JETS · texte numérisé non relu

K JETS

>'esl-ce pas moi qui, consulté par les ministres sur le rappel des parlements, osai combattre avec courage, en 1774, les prétentions du pouvoir arbitraire, en ces termes : o 11 existe donc, en tout Ktat monarcliiqiK*- « autre chose que la volonté arbitraire des rois. Or « cette chose ne peut être que le corps des lois el leur « autorité, seul vrai soulien de l'autorité rople el da « bonheur des peuples; )• et qui appuyai ce principe par les raisonnements les plus forts, comme on peut le voir dans le Court mémoire auquel renvoie la note cidessus ?

Qu'on se rappelle, si l'on peut, le courage qu'il fallait alors pour dire de telles vérités!

N'est-ce pas moi qui, dans des temps plus éloignés, seul, dénué de tout, ayant pour ennemis tous les puissants de cet empire, osai braver leur injustice, les livrer au mépris de noire nation indignée, pendant qu'iU ^ jugeaient à morl? Ce qui fit dire à un grand horarae (Voltaire) : « Pour servir son pays, il brave tout, le raal- « heureux ! Il rit dans les grilles des tigres. »

Je me rappelle avec plaisir que ce courage nie valut, dans le temps, Thonneur d'une lettre de Londres, «r-

• Voyez ce mémoire, rapporté dans le second de moi ct^ Kornman, intitulé Court mémoire, en attendant Cautre.

rivée pnr la poste, avec cette adresse dessus : • Au « seul homme libre dans un pays d* esclaves, motuieur de « Beaumarchais, à Paris : » laquelle me fut remise, parce qu'on espérait que je me compromettrais en y répondant, et qu'on me prendrait en défaut. Je n'eus ^arde. Je fis alors comme aujourd'hui : je ne répondis à personne.

Et si mes ennemis, en désespoir de cause, font la lourde bèlise de rappeler qu'il y a seize ans, quand le despotisme opprimait la nation et ses magistrats, je fus victime de ses coups, dont tous n'ont pas été guéris, je m'honorerai devant vous des blessures d'un bon soldat qui combattait pour sa patrie, en rappelant à mes concitoyens qu'au milieu du plus grand péril je leur donnai l'exemple d'un courage qu'ils admirèrent; que le jour où je perdis mon état et celui où je le recouvrai furent deux jours d'un triomphe égal, et que l'acclamation de tous les citoyens n'a pas moins honoré en moi le premier jour que le second*

Mais après m'en être applaudi, respectant, comme je le dois, le patriotisme inquiet d'un autre district, celui de Saint' Étienne-du-Mont, lequel, présidé par un sieur Uuverrier, avocat du sieur Kornman, n'a pas dédaigné de s'occuper aussi de moi, en posant pour principe public : ff que le sieur de Beaumarchais, dans les liens « d'un décret d'ajournement personnel décerné contçe « lui, en 1773, dans son procès Goêzman, lequel n'a pas « ÉTÉ PURGÉ, ne peut remplir aucun emploi public ; » je répondrai à ce district, après avoir loué sa délicate inquiétude, par une citation très-propre à la calmer : c'est celle d'un arrêt en parchemin, que j'ai, du parlement de Paris, du 23 juillet 1779, « grand'chambre et toumelle « assemblées, lequel, convertissant le décret d'ajourné- « ment personnel décerné contre ledit Caron de Beau- « marchais, par jugbne'it du 2 juillet 1773, en dé- • cret d'assigné pour être oui, renvoie ledit Caron de « Beaumarghais dans l'exercice de ses charge et office « de secrétaire du roi et de lieutenant général au bailfl liage de la Varenne du Louvre.

« Si mandons, etc. Collationné, Lbbret. >

Sans ajouter un mot, je Hvre, sur ce fait, l'assemblée à ses réflexions.

N*est-ce pas moi enfin qui, profitant du long séjour que l'arrêt qui m'avait blâmé me contraignit de faire à Londres, osai y concevoir le plan si grand, si dangereux, de séparer à tout jamais TAmérique de l'Angleterre? Et puisque je suis attaqué sur ce point, je Teux me vanter devant vous des travaux inouïs qu'un seul homme a pu faire pour accomplir cette grande œuvre.

Français, qui vous louez d'avoir puisé le désir et l'ardeur de votre liberté dans l'exemple de l'Amérique ! apprenez que cette nation me doit en grande partie la sienne : il est bien temps que je le prouve à la face de riinivers. Et si quelqu'un prétend me contester ce que je dis, qu'il se lève et se nomme ! mes preuves répondront aux imputations que je dénonce :

Que f ai déshonoré la France par mon avide cupidité (dans mes relations d'Amérique).

Que Von connaît tous les malheurs dont mon avarice est la cause (et dont ce peuple a tant souffert).

Car ces accusations, aussi vagues que méprisables, se rapportent aux Américains, que f ai servis si généreusement ! moi qui serais réduit à cette aumône que je répands, si de nobles étrangers, pris dans un pays libre, ne m'eussent associé aux gains d'un grand commerce, pendant que je les associais à mes pertes constantes dans le mien avec l'Amérique ! moi qui osai former tous les plans de secours si nécessaires à ce peuple, qui les offrais à nos ministres ! moi qui osai blâmer leur indécision, leur faiblesse, la leur reprocher hautement dans ma fière réponse au manifeste anglais par Gibbon; qui osai promettre un succès qu'on était loin d'espérer ! Entre cent preuves que j'en pourrais donner, je ne citerai que celle-ci, parce qu'elle est nette et simple, et qu'elle fait présumer les autres.

Pressé par le chagrin de voir rejeter mes idées, j'osai écrire à notre auguste roi, bien jeune alors, dans un mémoire, ces propres mots qui le terminent, et qu'on ne peut me contester; car je l'ai en original, tout apostille de sa main, et certifié par son ministre. Voici les phrases de mon mémoire, répondant à l'opposition que le conseil montrait pour mon projet sur la séparation de l'Amérique et de l'Angleterre :

« Enfin je demande, avant de partir (pour Londres, « à Sa Majesté), la réponse positive à mon dernier mémoire : mais si jamais question a été importante, il faut convenir que c'est celle-ci. Je réponds sur ma tête, après y avoir bien réfléchi, du plus glorieux succès pour le règne entier de mon maître, sans que jamais sa personne, celle de ses ministres ni ses intérêts soient en rien compromis, f Aucun de ceux qui en éloignent Sa Majesté osera-t-il, de son côté, répondre également sur sa tête, au roi, de tout le mal qui doit arriver infailliblement à la France, de l'avoir fait rejeter ?

« Dans le cas où nous serions assez malheureux pour que le roi refusât constamipent d'adopter un plan si simple et si sage, je supplie au moins Sa Majesté de

NE permettre de PRENDRE DATE AUPRÈS d'eLLB de l'épO-

que où je lui ai ménagé cette superbe ressource, afin qu'elle rende justice un jour à la l)onté de mes Mies, lorsqu'il n'y aura plus qu'a regretter anèreiient de

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