NE LES AVOIR PAS SUIVIES
« Signé : Caron de Beaunarcoais.
« Ce 13 décembre 1775. >
Et en marge, au bas, est écrit, de la main du ministre :
Toutes les apostilles en réponse sont de la main du roi.
Signé : de Ykrgenkes.
Tout ce que je pus obtenir, encore avec bien de la peine, par un autre mémoire très-fort sur les droits de
MÉMOIRES
notre neutralité, que j'établissais sans réplique, ce fut qu'on me laisserait faire, sans aucuneiftent s*en mêler (ce que M. de Maurepas appelait gaiement me livrer à mon sens réprouvé), en me rendant garant de tous les événements envers la France et TAngloterre, à condition surtout d'être arrêté si les Anglais formaient la moindre plainte; et de me voir puni s*ils en faisaient la preuve: Ce qui mit tant d'entraves à mes opérations maritimes, que pour secourir FAmérique je fus obligé de masquer et de déguiser mes travaux intérieurs, les expéditions, les navires, le nom des fournisseurs ; et jusqu'à ma raison de commerce, qui fut un masque comme le reste*.
Le dirai-je, Français ! le roi seul avait du courage, et moi je travaillais pour sa gloire en voulant le rendre Tappui d'un peuple fier, qui brûlait d'être libre. Car j'avais une dette immense à remplir envers ce bon roi, qui n'a pas dédaigné de remplir envers moi celle du feu roi son aïeul, lequel m'avait promis avant sa mort de me restituer dans mon état de citoyen, qu'un lâche tribunal m'avait ravi par un inique arrêt. Oui, le roi Louis XVI, qui fil rendre la liberté à l'Amérique gémissante, qui vous rend la vôtre. Français, m'a fait rendre aussi mon état. Qu'il soit béni par tous les siècles !
Et ce mémoire de moi que je viens de citer, tel est mon premier titre à la haute prétention que j'établis ici d'avoir généreusement secouru l'Amérique, et d'avoir contribué plus que tout autre, au retour de sa liberté.
Puis, laissant à part les travaux que je suis prêt à mettre au jour, ouvrage par lequel je prouverai que j'ai envoyé, îi mes risques et périls, ce quil y avait de meilleur en France en munitions, en armes, en habits, aux insurgents manquant de tout, à crédit, au prix des factures, les laissant maîtres de la commission qu'ils payeraient un jour à leur ami (car c'est ainsi qu'ils me nommaient) ; qu après douze ans je n'en suis point payé : je déclare que la démarche que je fais fnire en ce moment auprès de leur nouvelle cour fédérale pour obtenir justice de rinfidèle rapport qu'un comité de trésorerie vient de donner sur mes créances, aussi avérées que sacrées, est k» dernier effort d'un créancier très-généreux auprès de débiteurs abusés, négligents, ou bien... etc. La lîn décidera le nom qui leur est dû ; mais je publierai tout, el lunivers nous jugera.
Sautant, dis-je, par-dessus tous les détails de mes
* Je pris le nom de llodrigue llorlalez et compagnie, d'où est venu celui de hier Hodrùjue que je donnai à mon vaisseau de guerre deio canons, lequel a eu d« puis l'honnenr de conibalire en ligne avec ceux «le Sa Jilajeslé. à la prise de la (irenade. sous le coininandenienl du valeureux conile d'tslaing; d'y recevoir qualic-vingts lioulels dans son coips, sans ceux qui mirent tous ses agrès en pièces. J'eus le mallieur d'y perdre le plus important, le plus biave de mes capitaines, coupé « n deux par un boulet ramé; sans l.i dispersion entier»- de ma floUe de cmze navires, dont ce vaisseau élyil le convoyeur. Quand on en recul la nouvelle à Versailles. 51. de Maurepas me dit que le roi. irèscontent du service de mon vaisseau de guf.ire, voul;til savoir ce que je désirais : « De nèlre jamais jugé sans être enlendu, monsieur le comte; el je me croirai irop bien récompensé. » Aussi disait-il fort souvent : « Voili le seul homme qui travaille et n'a amais rien demandé. > J'espère bien qu'ils vont crier que tout cela est controuvé : je les attends avec mes preuves.
travaux, de mes services envers ce peuple, je passe ao témoignage que m'en rendit Tagent, le ministre d« l'Amérique, lorsqu'il partit de France avec N. le eomk d'Estaing. Sa lettre authentique, du 18 mars 1778, porte ces mots que je copie :
« J'espère que votre agent (à Philadelphie) vous ï&i « passer des retours considérables, el que le congrès fl ne différera pas plus longtemps a rbcoxhaithe m
« GRANDS et importants SERVICES QUE TOUS AVEZ RENDUS A U « CAUSE DE LA LIBERTÉ DE l' AMERIQUE. D'aprés leS SCélieS
« embarrassantes à travers lesquelles vous avez ea à « passer, vous devez éprouver le plus grand plaisir m
« VOIR ENFIN l'objet DE VOS TRAVAUX REMPLI, et^qu'ODe
fl Hotte française va mettre à la Toile ; ce qui cod- « vaincra l'Amérique et le monde entier de la sincère fl amitié de la France, et de l'absolue détermination où fl elle est de protéger la liberté, l'indépendance de « l'Amérique. Je vous félicite de nouveau sur cet éré- « nement glorieux, auquel vous avez coNTRiBci PLUS a QUE TOIT AU IRE.
« Je suis avec respect, etc.
i Signé : Silas Deane. t
Hélas ! ce fut la fin de mes succès. Un minbtre da département, à qui je montrai cette lettre, et qui m'avait traité jusqu'alors avec la plus grande bonté, changea de ton, de style tout à coup. J'eus beaa loi protester que j'entendais ne rien m'approprier de celte gloire, et la lui laisser tout entière ; le coup était porté, il avait lu l'éloge, je fus perdu dans son esprit.
Ce fut pour lui ôter toute idée sur mon ambition, et conjurer l'orage, que je recommençai à m'aimLvT des frivoles jeux du théâtre, en gardant un profond silence sur mes grands travaux politiques ; mais cfla n'a rien amené.
Il est bien vrai qu'un an api*és, le congrès géDéral, aynnt reçu mes vives plaintes sur le retard de ses acquittements, me fit écrire la lettre suivante par Ihonorable M. John Jay, son président, le 15 janvier 1779 :