‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 551 sur 607 · AU DUC DE LA VRILLIÈRE · texte numérisé non relu

AU DUC DE LA VRILLIÈRE

Monseigneur,

L'affreuse affaire de M. le duc de Chaulnes est devenue pour moi un enchaînement de malheurs sans fin, et le plus grand de tous est d'avoir encouru votre disgrâce; mais si, malgré la pureté de mes intentions, la douleur qui me brise a emporté ma tète à des démarches qui aient pu vous déplaire, je les désavoue à vos pieds, monseigneur, et vous supplie de m^en accorder un généreux pardon. Ou, si je vous parais mériter une plus longue prison, permettez-moi seulement d'aller pendant quelques jours instruire mes juges au palais dans la plus importante affaire pour ma fortune et mon honneur, et je me soumets après le jugement, avec reconnaissance, à la peine que vous m'imposerez. Toute ma famille en pleurs joint sa prière à la mienne. Chacun se loue, monseigneur, de votre indulgence et delà bonté de votre cœur. Serai-je le seul qui vous ait vainement imploré? Vous pouvez d'un seul mot combler de joie une foule d'honnêtes gens, dont la vive reconnaissance égalera le très-profond respect avec lequel nous sommes tous, et moi particulièrement, monseigneur, votre, etc.

Caron de Beaumarchais.

Du For-l'Évâque, ce 21 mars 1773.

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