‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 564 sur 607 · A M. LE COMTE DE MAUKEPAS · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE MAUKEPAS

Le 24 mars 17SU.

Monsieur le coxtk.

De quelque part que sorte une fausse imputation, il me semble qu'on ne peut trop tôt la détruûre. M. le maréchal de Duras, ce malin, m*a dit qu*on lui a dit que vous avez dit que je vous ai dit que c'est mal fait d'asi^eoir le parterre à la Comédie.

Si vous avez pu me suivre à travers ce tourbillon de paroles, et repêcher le fait noyé dans tous ces on dit, vous savez très-bien, monsieur le comte, que tout cela n'est qu'une grosse calomnie qui circule à Paris comme tant d*autres, et qu'on a fait arriver jusqu'à Thôtel de Duras pour me faire une tracasserie. Loin d'oser ouvrir un avis contraire à l'idée la plus raisonna|)le, qui est d'asseoir le parterre au spectacle, je vous supplie de vous rappeler que cette demande esl un des premiers articles du projet de règlement tliéàtral que j'ai eu l'honneur de vous soumettre cet été, au nom et comme commissaire de toute la littérature française.

Mais, pour qu'il ne reste aucun doute sur mes principes à cet égard, daignez encore, monsieur le comte, recevoir ma profession de foi sur ce point débattu devant vous.

Aucune autre nation que la française n'a la barbarie de supplicier les auditeurs d'un spectacle étabU pour leur délassement, en les tenant debout, froissés, étouflés et serrés à disloquer les corps les plus robustes. On esl assis en Italie, en Espagne, en Angleterre, et partout. Les seuls gens à Paris qui aient à se louer de notre pénible façon d exister au spectacle sont les cabaleurs et les filous, qui, n'étant là que pour faire le mal ou prendre le bien d'autrui, rempliraient bien plus difficilement ces deux objets dans un parquet assis, qu'au parterre incommode et indécent de Paris , tel qu'il existe aujourd'hui : ce qui esl, selon moi, d'une grande considération.

Mais plus je sens l'utilité de cette sage et désirable réforme, plus je crains qu'en manquant de prendre une

en

LETTRES

précaution essentielle, un essai légèrement combiné et précipitamment exécuté ne ruine, dans l'opinion publique, le désir el Testime d'un plan aussi salulaire, avant qu*on en ait senti le bon effet.

Votre, etc.

A N. ^ËCKEK

Paris, le 18 juillet 1780.

MoKSlEUR,

Vous avez fait à mon égard un acte de justice, et vous TaTez fait avec grâce : ce qui m'a plus touché que la chose même. Je vous en remercie. Je puis vous devoir des remerciments plus importants sur l'indemnité que le roi a bien voulu me faire offrir pour les pertes énormes que în'a causées la campagne d'Ëstaing. Si quelques ^laircissements peuvent hâter l'effet de la justice du roi, parlez, monsieur; mes affaires exigent que je supplie Sa llajesté de m'accorder promptement un à-comple que j'ai refusé il y a un an, parce que je n'en avais pas besoin. Le relard inouï de mes vaisseaux, et peut-être leur perte entière, rend ma sollicitation plus pressante. Je suis, de tous les sujets du roi, lemoins à la charge de l'État; je n'ai demandé ni fortune, ni honneurs, ni emploi, ni traitement, el je n'ai jamais désiré d'autre récompense de mes travaux que de n'être jugé sur rien sans être entendu : jusqu'à présent j'ai obtenu des ministres du roi ce premier des biens pour celui qui marche à travers une foule d'ennemis, et je me trouve heureux que leur justice m'ait toujours mis à portée de me défendre quand on m'a calomnié. Mais ce n'est point une grâce que je demande aujourd'hui, quoique je sois disposé à recevoir à ce titre la justice rigoureuse que le roi a reconnu qui m'était due. Quel que soit l'état des finances du royaume, rà-coraple que je sollicite ne peut en dhninuer l'aisance, ni en accroître la gêne; car de ce que mes vaisseaux ont fait à mes dépens, on en eût payé à leur place qui eussent coûté au roi plus que je ne lui demande.

Je vous porterai létal de la misc-liors de celte llolle aujourd'hui presque anéantie, el je prendrai tous les tempéraments qui conviendront à Sa Aiajeblé, si je le puis sans périr. Je vous remercie de nouveau des cent mille francs Nassau que vous m'avez remis avant l'époque ; el je suis, en attendant le rendez- vous, avec une reconnaissance aursi franche que respectueuse,

Monsieur, etc.

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