A M. LE COMTE DE MAUREPAS
Paris, leiljniUetnaOL MOKSIEVR LE COVfB,
En faisant monter la fortune de Marmontel à qimie mille livres de rente, on vous en impose de plus de moitié : personne ne la connaît nnieux que moi. L'éUl juste est entre les mains de M. le cardinal de Roban;et il y a tout mis, jusqu'à une rente viagère de cinq cal quarante livres sur M. le duc d'Orléans. Sa fortune ae se monte en tout qu'à six mille sept cents livres, dans lesquelles sont compris deux produits très-précaires : seize cents Ii\Tes sur la Comédie italienne, qui vont se réduire à rien parce que ses pièces sont usées ; et trois mille livres sur le Mercure^ qui a déjà fait banqueroute il y a deux ans. D'ailleurs, quand sa fortune serait égale à celle de son concurrent, ses titres littéraires sont bien plus forts; et quand ses titres seraieutégaox à ceux de l'autre, sa médiocre fortune et son état de père méritent d*ètre mis en balance et peut-être de l'emporter.
Mais il y a ici une considération qui mérite plus encore de vous être offerte. Pour quelque demandeur qae votre bienveillance se tourne, n'oubliex pas; je voas en conjure, que si messieurs les premiers genUlshoaunes de la chambre se mettent à la tète de la sollicitatioo,(t que si le brevet est remis à aucun d'eux pour le transmettre au plus heureux, de ce moment se regardant comme les protecteurs des académiciens, ils vont asservir l'Académie, comme ils ont asser\i la Comédie. Alors tout deviendra bas, senile, rampant dans un corps qui ne peut conserver un peu de dignité que par sa dépendance immédiate du roi et des ministres. Faites que le favorisé reçoive la grâce du roi sans intermédiaire.
Personne ne sait mieux que vous qu'on se fait des droits de tout à la cour, el que la Comédie est trop mal administrée pour qu'on étende l'influence de ses chefs jusque sur l'Académie.
La première partie de ma lettre est offerte à l'homiDe généreux ; la seconde au ministre éclairé, pour lequel je porte le plus vif sentiment jusqu'où le plus profond res|)ect me permet de l'étendre.
LU
AU BlÊME
Taris, le 16 siplembre iTSl>.
Mo.\SlKl'R LK COMTE,
J'ai l'honneur de vous adresser le Mémoire qui doit nous aider à sanclilier les caresses de deux tourtereaux qui courent le monde. Vous jugez si cela presse. Le dégoût suit souvent de si près cette espèce de bonheur,
LETTRES
le je crains pour le divorce avant rhymen, si l'hymen i se hâte pas d'arriver avant le divorce. Pai eu hier la plus satisfaisante des conversations rec M. le Noir, au sujet du spectacle français. Il vous Hlifiera demain qu'il est parfaitement de l'avis des énies sages qui croient qu*un second théâtre décent eraii tn^utile à la capitale. Il est bien loin de prendre lucun intérêt à la foule de tréleaux dont les boulevards ie remplissent. On vous dira peut-être que je vais séduisant tout le monde, parce que le maréchal de Richelieu, qui 8*y opposait, se trouve aujourd'hui de mon avis. Mais, monsieur le comte, ne faudrait-il pas renoncer à la raison, qui est toujours si froide et souvent si sévère, si elle ne servait pas quelquefois à faire adopter des idées et des plans utiles? Je tâche d'avoir raison, et de bien simplifier mes idées en les orfrant; voilà tout mon secret. 11 arrive que sur cent personnes j'en acquiers quatre ou cinq. 11 n'y a pas là de quoi se vanter. Puissiez-vous être du petit nombre de ceux qui pensent comme nous ! Le théâtre français vous devra sa restauration entière.
Après vous avoir parlé comme auteur dramatique, permettez-moi de prendre ma casaque de porteur d'eau pour vous demander une nouvelle grâce.
Je suis, ainsi que N. le Noir, un des actionnaires de la pompe à feu de Perrier, qui doit donner tant d^eau à la ville, qui en a si peu ; plus cet établissement est utile, plus vous sentez qu'il est traversé.
M. le Noir vous dira demain que le plus misérable incident peut retarder de plus d'un an le premier e(Tet de cette salutaire machine ignée-aquatique.
La faveur dont nous avons besoin en ce moment serait que M. le garde des sceaux voulût bien écrire à M. le président de vacation de ne rien prononcer sur l'affaire des entrepreneurs de la machine à feu contre la commune de Ghaillot, jusqu'à ce qu'il lui en ait parlé luimême. Cela donnera le temps de remettre un Mémoire à M. le garde des sceaux et à vous, monsieur le comte, qui, en TOUS instruisant de la contestation, excitera votre bienveillance en faveur d'un si utile établissement, qui ne coûte pas un sou à l'État.
Non respectueux dévouement est inaltérable.
Le petit mot de M. le garde des sceaux, s'il l'accorde, doit parvenir au président de vacation avant mercredi matin ; M. le Noir vous en expliquera toute l'importance.
Monsieur le comte,
Votre, etc.