‹ Œuvres complètes de BeaumarchaisChapitre 595 sur 607 · AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC

— EXTRAIT

De ma retraite prés de Hambourg, ce 5 août i^S.

Citoyens dont le comité est composé en ce moment, souffrez encore une fois qu'un citoyen proscrit injustement de son pays, qu'il n'a pas cessé de servir, s'adresse à vous directement, non pour plaider ses intérêts, mais pour vous parler un moment de ceux qu'il croit être les vôtres, unis à ceux de la nation.

Je m'en souviens : dans ma jeunesse, il naquit uu premier enfant du dauphin, père de Louis XYI; ou me lit sortir du collège pour voir les réjouissances. Unuit, courant les illuminations, je fus frappé d'im Iransparenl posé sur le haut d'une prison, avec ces mots trèsénergiques : Vsque in tenehris! Us me saisirent si vivement, qu'il me semble les lire encore. La joie pvhliqst avait passé jusque dans Vhorreur des cachots. Ce qoe le transparent disait (la naissance du fils d'un prince êtaul la joie de ce temps-là), moi je le dis aujoiuni'buipoor

LETTRES

jjet plus important ; la joie du superbe triomphe os soldats à Quibei*on a passé dans mon cœur au d'un grenier d'Allemagne, où je gémis depuis deux caché bOus un nom inconnu, des injustices de ^ espèce dont on m*abreuveen mon pays. Usque in *ris est Fépigraphe de ma situation.

?st sur les suites de celle vicloire (de Quiberon, >ive pour la paix que nous désirons tous, que je vous soumettre les réHexions d'un citoyen in tene-

, vainqueurs généreux, vous n'abusez pas de votre ophe pour en faire une boucherie, vous allez conir l'estime de tous les partis. C'était dans les revers les Romains restaient ennemis implacables; ils ni grands et généreux sitôt qu'ils avaient des succès, conduite également noble et ferme leur a valu pire du monde. La vengeance la plus complète et la fructueuse de toutes est de traiter les Français zus et soumis avec une générosité qui vous soumetous les autres.

•nnettez-moi de vous citer un exemple du grand de la conduite que j*indique ; la ressemblance des est frappante..

ndant la guerre de l'Amérique insurgée contre i;lelerre oppressive, une armée entière d'Anglais et léricains loyalistes (c'était bien là leurs émigrés) endit du Haut-Canada par le lac Champlain et les es, sous les ordres, si je m'en souviens bien, du rai Burgoyne. Arrivée jusqu'au cœur de la nouvelle blique, cette armée fut enveloppée dans les plaines aratoga, et forcée de mellre bas les armes et de se Ire à discrétion. Le congrès général, aussi prudent généreux, sentit qu'une paix honorable et la base gouvernement qu'il formait allaient dépendre, aux : de la nation, de Tusage qu'il ferait de cette victoire anle. Il offrit le pardon à tous ceux qu'il avait soudes terres à cutiver à tous les Anglais et Uessois lésireraient s'établir dans le pays qu'ils avaient voulu uguer. Washington, consulté, qui donna ce noble eil, consolida sa grande réputation, que rien depuis pu détruire. Le gouvernement d'Angleterre sentit n peuple qui usait aussi noblement du triomphe désormais invincible, car sa conduite généreuse, en conquérant tous les cœurs, soun^ettait toutes les ions.

Français! vous qui gouvernez des Français plus es entre eux que n'étaient les Américains, vous qui , conmie membres d'une assemblée agitée, à raer une foule de cœurs aigris par les horribles utésdeceux auxquels vous avez succédé sans avoir eurs complices, je ne doute pas que vous n'ayez aussi vivement que moi-même de quel prix est (lement que la fortune vous présente. Pardonnez à prisonniers! Quelque sort que vous leur fassiez, ils : plus le droit de s'en plaindre. Vous les avez 'US les armes à la main, mais sachez aujourd'hui, r hasard vous l'ignorez, qu'il n'y a pas un seul Franparmi ces émigrés Taincus, qui rougisse de l'avoir

été par des Français, qu'il n'y en a pas un qui ne soit plus que vous l'ennemi prononcé de ces Anglais qui les emploient. Sachez que c'est au besoin seul de subsister et de ne pas mourir de faim qu'ils ont cédé pour se soumettre à ces arrogants insulaires ; sachez surtout que le ministre Pilt est perdu radicalement si vous adoptez cette idée, qu'on ne lui pardonnera pas le tâtonnement de sa conduite, la fausseté de ses mesures, la nulUté de ses suôcès, et qu'un cri général applaudissant à votre humanité, vous aurez plus fait contre lui, et pour vous et pour votre gloire, pour assurer votre stabilité et la confiance universelle, oui, vous aurez plus fait par ce seul acte généreux que par tous les exploits presque incompréhensibles par lesquels nos armées ont étonné toute l'Europe. C'est vous seuls qui ferez la paix, la prescrirez, la dicterez même aux Anglais, dont une grande partie déteste les mesures prises par leur gouvernement pour vous troubler dans la forme libre du vôtre. Et, citoyens (j'ai déjà pris la liberté de vous l'écrire), si vous étiez bien reconnus, dans un honorable traité, par ces Anglais (que la seule vanité arrête), comme peuple libre et souverain, pesez ce mot,ô citoyens ! vous députés! vous Convention! vous seriez parvenus au faîte de la gloire ; car l'Europe entière suivrait sans hésiter ce grand exemple, et c'est alors que vous auriez acquis, conquis le droit si beau de délibérer sagement, si le gouvernement d'un seul, le plus fort, le plus net et le plus rapide de tous dans l'exécution des projets mûris profondément par les assemblées législatives, convient mieux à un grand pays que toute autre répartition de ce pouvoir si orageux ; vous pourriez modifier ce pouvoir au gré de toute la nation , glorieuse ellemême de vous voir agiter cette question paisiblement après de grands succès, après des actes généreux qui ne laisseraient plus craindre à personne le retour de ce terrorisme avec lequel on contient des esclaves, mais qui ne peut être la base d'un gouvernement raisonnable.

PlERRE-AuGUSTI5 CaR0!I-BbAUIIÂRCUAI8,

Commisslonné, proscrit, ernuit, persécuté, mais nulleme^

traître, ni émigré.

AUX COMÉDIENS FRANÇAIS

Ce 14 germinal an V.

Mes chers concitoyens, vous qui représentez tant de belles choses et si bien, vous en avez une médiocre sur le chantier de vos études, du faible estoc de votre serviteur.

Sur cette médiocrité, vous l'avez vu, je n'ai montré nul indiscret empressement pour que ma mhe * obtint la préférence ; mais de ce que vous avez paru en aimer

* Son drame de la Mèrt eoupabU.

LETTRES

quelque temps la jouissance exclusive, depuis six mois je la refuse à des galants qui la demandent : d'où il résulte que ma mère ne se sent épouser par personne, ce qui déplaît profondément aux femmes.

Mes bons amis, si Tépousaille traîne autant que les fiançailles, vous m'exposez à la désobligeance de continuer à refuser, sans motif apparent, ma mère à ceux qui voudraient en tâter ; car, ne pouvant leur opposer qu'un hymen équivoque et sans publicité pour eux, comme sans effet pour ma mère, personne n'est content de moi.

Si, dans vos amours clandestins, quelque défaut vous avait lassés d*elle, au moins prononcez le divorce. Et veuve, hélas ! sans avoir eu d'époux, dédaignée des plus beaux amants, je la laisserai consoler par quelques amants secondaires, car ma mère me dit ingénument que, devenant presque aussi vieille que son fils, elle n'a pas de temps à perdre si je veux qu'on la claque encore. Et moi, noble enfant que je suis, je veux, mes chers amis, tout ce qui peut plaire à ma mère. Salut.

Beaumarchais.

Page 1