‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 101 sur 285 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La villa Belflore. — La chaue m paoru. — Meiter Girolamo Giliolo. — Le portrait de Jee de Ferrer*. — Meaeer Alberto Beededle. — Le fréforiee et H ilêmnt. — Maaar AUbtuo de' Tretri. — Bscare 1m prétendu vacee antique de «autre Jeeepe ■> Carpi. — Ce qu'il y a de bon dans le Ferrerait, — Le mon! Cenia. — Séjour « Kjcn.

\* cardinal me logea à Ferrare dans un magnifique palais, nommé Belfiore, qui touchait aux mure de la ville. U m'y installa de façon que je pusse travailler; puis il donna ordre de se diriger sans moi vers la France. Ayant vu combien cela me déplaisait, il me dit : — u Benvenuto, tout ce que je fais est pour ton bien ; car, avant que tu qoittes l'Italie, je veux que tu saches nettement à quoi tu seras employé en France. En attendant, avance le plus <p»e ta pourras mon bassin et mon aiguière. Je recommanderai à un de mes intendants de te fournir tout ce dont lu auras besoin. » — U partit et je restai très-mécontent. Je fus même plusieurs fois tenté de décamper. Je^ n'étais retenu que par le souvenir de ma délivrance dont )*lui étais redevable; ear, du reste, ses arrangements me contrariaient beaucoup et m'étaient fort préjudiciables. Néanmoins, je me laissai guider par la reconnaissance que méritaient ses bienfaits , et je me décidai a attendre avec patience la fin de celte affaire. — Je me mis donc à l'œuvre

.ISt MÉMOIRES DE BKNVKNUTO CELLINI.

avec mes deux jeunes gens, et j'avançai merveilleusement le bassin et l'aiguière.

Dans l'endroit que nous habitions l'air était malsain : aussi fûmes-nous tous un peu indisposés à Y approche de Tété. Pendant notre indisposition, nous visitâmes les terres qui dépendaient de notre palais. Elles étaient tout à fait abandonnées et avaient près d'un mille d'étendue. Il s'y trouvait une énorme quantité de paons qui y couvaient comme des oiseaux sauvages. M'en étant aperçu, je chargeai mon escopelte avec une certaine poudre qui ne produisait aucun bruit. Je guettai les jeunes paons, et tous les deux jours j'en tuai un; ce qui était largement suffisant pour entretenir notre table. La chair de ces jeunes paons était si exquise qu'elle nous guérit de toutes nos indispositions. Nous passâmes ainsi plusieurs mois à travailler gaiement au bassin et à l'aiguière, qui exigeaient beaucoup de temps.

Sur ces entrefaites, le duc de Ferrare termina les anciens différends qu'il avait avec le pape Paul relativement à Modène et à quelques autres villes. Comme les réclamations de l'Église étaient fondées, le duc ne parvint à conclure la paix avec le pape qu'à force d'argent. Lia somme qu'il donna fut considérable; elle dépassa, je crois, trois cent mille ducats. — A cette époque, le duc avait un vieux trésorier nommé messer Girolamo Giliolo, lequel avait été élevé par le duc Alfonso, père de Son Excellence. Ce vieillard ne pouvait se faire à l'idée de voir tant d'argent aller entre les mains du pape. Cela lui semblait si exorbitant qu'il criait dans les rues : — « Son père, le duc Alfonso, plutôt que de montrer cet argent au pape, s'en serait servi pour prendre Rome! » — El, en dépit des ordres les plus pressants, il persistait a ne rien payer. A la lin, il fut forcé par le duc de s1 exécuter; mais il en éprouva une colique si violente que peu s'en fallut qu'il ne mourût.

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