‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 121 sur 285 · LIVRE SIXIKME. «j · texte numérisé non relu

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tune au point qu'elle me rompit le cou. — Quand tous mes préparatifs furent terminés , que j'eus pris mes mesures pour mettre en bon lieu ce que je ne pouvais emporter, et que j'eus caché de mon mieux les menus objets sur moi et mes serviteurs , je fus assailli d'une violente douleur en pensant au départ. — Je courus me renfermer dtns mon petit atelier, après avoir dit a mes jeunes gens, qui m'encourageaient à partir, que je voulais encore me consulter, bien que je reconnusse combien leur avis était fondé; car je comprenais très-bien que, pourvu que jo fusse hors de prison et que je laissasse à la rage de mes ennemis le temps de se calmer un peu, il me serait beaucoup plus facile de m'excuser près du roi, en lui expliquant par écrit l'infâme complot tramé contre moi. — Mes réflexions aboutirent à me confirmer dans la résolution que j'avais adoptée ; mais , au moment où je me levai , je fus saisi par l'épaule, et une voix me cria avec force : — fienvenuto, agis comme à ton ordinaire et ne crains rien.» — Aussitôt j'arrêtai un plan entièrement opposé au premier, et je dis à mes ouvriers italiens : -7- « Munissez-vous d'armes , venez avec moi , et suivez tous mes ordres sans vous inquiéter d'autre chose; je suis décidé à comparaître. Si je partais, bientôt vous vous en iriez tous en fumée. Ainsi, obéissez et accompagnez -moi. » — Tous ces jeunes gens s'accordèrent à dire : — « Puisque nous sommes ici *t qu'il nous fait vivre, nous devons aller avec lui et l'aider jusqu'à la mort dans tout ce qu'il voudra. En effet, ce qu'il dit est plus vrai que nous ne pensions; dès qu'il serait loin d'ici , ses ennemis nous jetteraient tous à la porte. Et, si nous songeons aux grands et importants ouvrages qui sont commencés, il faut avouer que uous ne saurions les terminer sans lui, et alors ses ennemis ne manqueraient pas de prétendre qu'il est parti parce qu'il s'est reconnu incapable de les mener à fin. » — Le jeune Romain Pagolo

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Macaroni fut le premier à encourager les antres , et il engagea à se joindre à nous plusieurs ouvriers allemands et français qui me portaient de Y amitié. Nous étions dix en tout. Je me mis en route avec la ferme volonté de ne point me laisser incarcérer vivant.

Quand j'arrivai en présence des juges criminels, j'aperçus la Catherine et sa mère qui riaient avec leur avocat. — J'entrai et je demandai hardiment le juge, gras et bouffi personnage qui se prélassait sur un siège qui dominait tous les autres. — En me voyant, cet homme murmura à voix basse d'un air rébarbatif : — « Tu t'appelles fienrenuto (Bienvenu); mais cette fois tu seras le malvenu. » — Je l'entendis, et je lui répliquai : — « Expédiez-moi vite, et dites-moi ce que je suis venu faire ici. » — Alors le juge se tourna vers Catherine, et lui dit : — « Catherine , explique tout ce qui s'est passé entre toi et Benvenuto. » — La Catherine affirma que j'avais vécu avec elle a la manière italienne. — « Tu entends ce que déclare la Catherine, Benvenuto, n — s'écria le juge. — a Si je l'avais traitée à la manière italienne, répliquai-je, je l'aurais fait seulement pour avoir un enfant, comme vous le pratiques, vous autres. » — « Loin de là, elle veut dire, reprit le juge, que tu l'as attaquée hors de l'endroit où l'on fait les enfants. » — A ces mots , je ripostai que ce n'était point là la manière italienne, qu'au contraire, ce devait être la manière française, puisque la Catherine la connaissait et que moi je ne m'en doutais pas. » — J'ajoutai que j'exigeais qu'elle décrivît exactement comment je m'y èlaii pris avec elle. — Cette atroce catin eut la scélératesse de dérouler celle infamie sans le plus léger voile. Je la forçai de recommencer sa déposition trois fois de suite. — Quand elle eut fini , je m'écriai : — « Seigneur juge, lieutenant du roi très-chrétien, je vous demande justice; car je sais que les lois du roi très-chrétien, quand il s'agit d'un tel

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crime, condamnent au supplice du feu l'agent et le patient. Or, cette femme avoue qu'elle a commis le poché ; quant à moi, il m'est tout à fait inconnu. Sa ruffienne de mère est ici : elle mérite aussi le feu pour l'un ou l'autre délit; je réclame justice. » — Je répétai ces paroles a maintes reprises et à haute voix, en demandant toujours le feu pour la Catherine et pour sa mère, et en jurant au juge que, s'il ne les mettait en prison devant moi , je courrais chez le roi , cl que je l'instruirais de l'injustice dont son lieutenant criminel se rendait coupable envers moi. — Quand mes adversaires m'entendirent faire tant de bruit, ils commencèrent à baisser de ton : je n'en vociférai que plus fort. Alors la petite catin et sa mère de pleurer, et moi de crier sans relâche au juge : — « Le feu ! le feu ! » — Cet indigne poltron, voyant que la chose n'avait pas tourné comme il l' espérait, prit une gamme plus douce, et se mit & excuser la faiblesse des femmes. A l'instant je reconnus que la victoire me restait dans ce rude assaut, et je me retirai en murmurant et en proférant des menaces. — <\ coup sûr, j'aurais bien donné cinq cents écus pour n'avoir point comparu. — Dès que je fus sorti de ce guêpier, je remerciai Dieu de tout mon cœur, et je retournai gaiement à mon château avec mes ouvriers.

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