CHAPITRE
Voyage à Fontainebleau. — Querelle de Cellini avec Priniaù'ccio. — Encore Pagolo et la Catherine. — Le marioge forcé. — Réconciliation do Cellini et du Primaticcio. — Un modela à deui fins. — La double vengeance. — Description de In salière d'or.
— Le Primallccio mouleor d'antique». — Amoun de Cellini et de Jeanne Cassa Ou.
— Kaiusnce d'une fille. — Nouvelles visilea de François I«* à Cellini.
Lorsque la fortune, ou, pour mieux dire, notre mauvaise étoile, se met à nous persécuter, elle n'est jamais a court de nouvelles misères à nous susciter. Après avoir échappé à un abîme effroyable, je croyais que ma maligne étoile m'accorderait quelque peu de tranquillité ; mais à peine in eut-elle laissé le temps de respirer, qu'elle me suscita deux terribles affaires à la fois. — En trois jours il m' arriva deux aventures qui, l'une et l'autre, mirent ma vie en balance. Voici comment :
Je me rendis un matin à Fontainebleau pour conférer avec le roi. Il m'avait écrit qu'il voulait que je fisse les coins de toutes les monnaies de son royaume. Avec sa lettre, il m'avait envoyé plusieurs petits dessins pourm'expliquer a peu près ce qu'il désirait; néanmoins, il me laissait libre de suivre complètement mes inspirations. J'exécutai de nouveaux dessins suivant mon goût et aussi beaux que Fart le réclamait. — A mon arrivée à Fontainebleau, monseigneur de la Fa, l'un des trésoriers à qui
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François I" avait confié le soin de pourvoira mes besoins, me dit : — u Benvenuto, le peintre Bologna a été chargé par le roi de faire votre grand colosse. Sa Majesté nous a retiré, an profit de Bologna, tous les ordres qu'elle nous trait donnés pour vous. Nous avons trouvé cela fort mal , et il nous semble que la conduite de votre compatriote est bien téméraire, car il vous enlève , seulement par la protection de madame d'Étampes, des travaux que vos modèles et vos études vous avaient acquis. Voilà déjà plusieurs mois qu'il a reçu cette commande, et il ne paraît pas qu'il t'en soit encore occupé. » — u Mais comment est-il possible que je n'aie rien su de cela? » — m'écriai-je étonné. — Mors monseigneur de la Fa me dit que le Bologna avait tenn l'affaire très-secrète; qu'il n'avait obtenu sa requête que très-difficilement, parce que le roi avait longtemps résisté, mais que les pressantes sollicitations de madame d'Etampes avaient fini par aplanir tous les obstacles. — Irrité de cette cruelle offense et indigné de me voir extorquer ainsi un ouvrage que j'avais gagné à la sueur de mon front, je me disposai à exécuter quelque grand coup. Je pris donc mes armes et j'allai trouver le Bologna. Il était à travailler dans sa cbambre. U me fit entrer et me demanda avec force compliments lombards quelle affaire m'amenait chez lui. — « Une très-bonne et très-importante, <? — lui répondis-je. Il ordonna alors à ses serviteurs d'apporter à boire. Puis il me dit : — « Avant de parler de rien, je veux que nous buvions ensemble, suivant la coutume de France. » — « Messer Francesco , repris-je, sachez que la conversation que nous allons avoir ft exige pas que nous buvions auparavant : peut-être pourrons-nous boire après. » — J'entamai ensuite mon affaire en ajoutant : — « Tous les hommes qui tiennent à passer pour d'honnêtes gens doivent montrer par leurs actions qu'ils méritent cette réputation ; s'ils agissent autrement,