‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 124 sur 285 · LIVRE glXIKME. il · texte numérisé non relu

LIVRE glXIKME. il

cuter le colosse. Si ce lot vous échoit, j'oublierai l'énorme in» jpreque j'ai reçue de vous, et je baiserai vos mains comme plus dignes que les miennes d'une si grande gloire. Qu'il soit ainsi convenu, et nous serons amis; sinon nous serons ennemis, et avec l'aide de Dieu, qui protège la justice et dont je serai l'instrument, je vous montrerai dans quelle erreur vous êtes tombé. » — u La commande est à moi, répliqua messer Francesco, et, puisqu'elle m'a été donnée, je ue veux pas m'exposer à la perdre. » — «A cela, messer Francesco, m'écriai-je, je réponds que, puisque vous repoussez un arrangement bon, juste et raisonnable, j'aurai recours à des expédients qui seront aussi peu agréables que vos procédés. El je vous déclare que , si jamais j'apprends que vous parliez de façon ou d'autre de cette commande qui m'appartient, je vous tuerai comme un chien. Vous ne sommes ni à Rome, ni à Bologne, ni à Florence ; ici les mœurs sont différentes. Je vous le répète donc, si rous avez le malheur d'en toucher un mot au roi ou à tout autre, je vous tuerai, coûte que coûte. Choisissez entre les deux partis que je vous ai offerts ; le premier vous mènera i bien , le second à mal. » — Mon homme ne savait que dire ni que faire. — Quant à moi, j'étais moins disposé à attendre qu'à trancher de suite le nœud de la difficulté. — Le Bologna ne trouva que ces seuls mots : — « Tant que j'agirai comme doit le faire un homme de bien, je n'aurai peur de rien an monde. » — « C'est bien parlé, lui répondisse; mais, si vous vous conduisez autrement, ayez peur, croyez-moi. »

Là-dessus je le quittai , et je me rendis près de Sa Majesté avec qui j'eus, à propos des monnaies, une longue discussion. Nous ne tombâmes pas beaucoup d'accord, parce que son conseil, qui était présent, lui avait persuadé o/il fallait que les monnaies fussent faites à la manière de France, comme elles l'avaient toujours été jusque-là. Je

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répliquai que Sa Majesté m1 avait fait venir d'Italie pour lui exécuter de beaux ouvrages , et que , si elle me commandait le contraire , je ne me sentais pas le courage de lui obéir. La conférence fut renvoyée à un autre jour, et je retournai sur-le-champ à Paris.

A peine fus-je descendu de cheval qu'une de ces bonnes âmes que la vue du mal réjouit accourut m'apprendra que Pagolo Micceri avait loué une maison pour cette petite catin de Catherine et pour sa mère, qu'il y allait continuellement, et qu'en parlant de moi il disait avec force moqueries : — « Benvenuto avait donné la brebis à garder au loup, croyant qu'il ne la croquerait pas. Maintenant il se console avec ses bravades et croit que j'ai peur de lui. J'ai mis cette épée et ce poignard à mon côlé pour lui montrer que mes armes coupent aussi, et que je suis Florentin comme lui, et de plus, de la famille des Micceri, qui vaut cent fois mieux que celle des Gellini. » — Le coquin qui m'apporta cette nouvelle me l'assaisonna si bien, que je sentis aussitôt la fièvre m' empoigner : je dis la fièvre sans aucune métaphore. La rage indomptable qui s'empara de moi m'aurait peut-être étouffé , si je n'eusse imaginé de m'en délivrer en obéissant à son impulsion et en lai ouvrant l'issue que m'offrait l'occasion. — J'invitai mon ouvrier ferrarais, nommé Ghioccia, à venir avec moi, et j'ordonnai à un valet de me suivre avec mon cheval.

Quand je fus arrivé à la maison du misérable Pagolo, je trouvai la porte entr' ouverte. Je vis qu'il avait au côté son épée et son poignard. Il était assis sur un coffre et avait un bras passé autour du cou de la Catherine. J'entendis qu'il parlait de moi avec la mère. — Tout à coup je poussai la porte, tirai mon épée et lui en mis la points sur la gorge sans lui donner le temps de penser que lui aussi avait une épée. — « Vil poltron, lui dis-je, recommande-toi a Dieu , car tu es mort. » — Alors il cria trois

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