II
S8 MÉMOIRES DE BEX V EX LTO CELMM
ma statue, fut-il grandement étonné de son fini, auquel il était loin de s'attendre. Dans son équité, il jugea que mon Jupiter méritait deux mille ducats. — « Les auteurs de l'Hercule, dit-il, n'avaient pas d'appointements, Benvenuto au contraire a environ mille écus par an ; si, outre ce salaire, je lui donne deux mille ducats d'or, il peut certainement me faire le Jupiter. » — Je le menai alors voir d'autres ouvrages en or et en argent et plusieurs modèles nouveaux.
Enfin, quand Sa Majesté fut sur le point de partir, je découvris dans le pré du château mon grand colosse. Le roi en fut émerveillé au plus haut degré. 11 se tourna aussitôt vers l'amiral, qui se nommait monseigneur d'Annebaut, et lui dit : — « Puisque Benvenuto n'a rien reçu du cardinal, il faut que nous prenions soin de lui sans tarder davantage, d'autant plus qu'il s'obstine à ne rien demander; car ces gens qui ne réclament rien pensent que leurs ouvrages parlent pour eux. Donnez- lui donc la première abbaye vacante, et si elle ne rapporte pas deux mille écus de rente, donnez-lui en deux ou trois qui produisent ce revenu : ce sera pour lui la même chose. » — Ayant entendu tout ce que le roi avait dit, je m'empressai de le remercier comme si j'eusse déjà tenu l'abbaye. Je lui déclarai qu'aussitôt que ses ordres auraient été exécutés , je travaillerais pour lui sans vouloir recevoir ni récompense ni salaire d'aucun geure, jusqu'à ce que, vaincu par la vieillesse, je ne songeasse plus qu'à me reposer de mes fatigues et à vivre honorablement de la rente qu'il m'accordait, en m' estimant heureux d'avoir servi un si grand prince. — A ces mots, le roi me répondit d'un ton vif et joyeux : — « Ainsi soit fait; » — puis il se retira.
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