CHAPITRE IV
Il distillateur assiégé. Le Jupiter i FoQlainet>leao. — Mine et coalrenioe. — Gnad sacet*. — La trie du colosse. — Le revenant. — Us fortitieations de Paris. — lIoBt+igaeur .lue- Bœuf. — Nouwelles raaneimes de madame d'Ktempes. — Un pfcidef er. — Le comte de Saiut-Pol.
Madame d'Ktampes ayant appris où en liaient mes affaires, en fut plus i irritée que jamais contre moj. — « Comment ! se disait -elle, je gouverne le monde et ce chéliP personnage ne fait pas le moindre cas de moi! » — Elle mit donc toutes voiles dehors pour me couler à fond. Elle choisit pour instrument un habile distillateur qui lui avait donné pour entretenir la fraîcheur de son teint d'admirables eaux de senteur jusqu'alors inconnues en France. Cet homme montra au rqi, à qui mgdqme. d'Étampps Tava.it présenté, fcs secrets de distillation dont Sa Majesté s'amusa beaucoup. II profila de celte occasion pour demander au, roi un jeu de paume que j'avais dans mon cIuUcqu, et plusieurs petits logements dont il prétendait que je ne me servais pas. Le boq rqi, qui savait d'où partait le coup? garda le silence. Alors madame d'Elampcs eut recours à ces moyens que les femmes emploient auprès des hommes , et elle manœuvra si bien qu'cllp arriva facilement à son but. Le roi s'étant trouvé dans une de ces dispositions amoureuses
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auxquelles il était si sujet, lui accorda tout ce quelle désirait.
Je ne tardai pas à voir venir le distillateur accompagné du trésorier Groslier. Comme ce gentilhomme français parlait fort bien italien, il entra en me débitant dans cette langue quelques plaisanteries; mais, quand il s'aperçut que je n'étais point disposé à rire, il dit : — « Au nom du roi, je mets cet homme en possession de ce jeu de paume et des maisonnettes qui en dépendent. » — a Tout appartient au roi , répondis-je ; cependant vous pouviez entrer dans ce château d'une manière plus convenable, car cette intervention des gens de loi donne lieu de croire qu'il s'agit maintenant plutôt d'une tromperie que d'une franche commission de notre grand roi. Je vous déclare donc qu'avant d'aller me plaindre à Sa Majesté , je me défendrai comme elle m'y a engagé l'autre jour ; et , si l'on ne me présente pas un nouvel ordre signé de la propre main du roi , je jetterai par la fenêtre cet homme que vous avez introduit ici. » — A ces mots, le trésorier se retira en murmurant des menaces. J'en fis autant de mon côté, mais je voulus en rester là pour le moment. — Bientôt après je me rendis chez les notaires qui avaient assisté à l'installation de mon distillateur. Comme je les connaissais beaucoup, ils me dirent que la formalité à laquelle ils avaient procédé avait réellement été accomplie au nom du roi, mais ne tirait point à conséquence. Us ajoutèrent que, si j'avais opposé la moindre résistance , le distillateur ne serait point entré en possession, et que c'était là une simple affaire de police complètement étrangère à l'obéissance due au roi: de sorte que, si je réussissais à expulser mon intrus, tout serait pour le mieux et se bornerait là. — Cet avis me suffit — Dès le lendemain, je commençai la guerre. Malgré quelques difficultés que je rencontrai , ce fut pour moi une véritable partie de plaisir. Chaque jour je livrai un assaut où les
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pierres, les piques et la mousqueterie allaient grand train. Il est vrai que je lirais à poudre. Néanmoins mes arquebosades inspirèrent tant de frayeur aux voisins, qu'ils finirent par ne plus vouloir venir au secours de l'assiégé. Enfin, on beau malin que mon adversaire se défendit mollement, j'envahis sa maison, je l'en chassai, et je jetai dehors tout ce qu'il avait apporté. — Je courus ensuite chez le roi et je lui dis que j'avais exécuté de point en point ses prescriptions en combattant les gens qui avaient tenté de m' empêcher de le servir. Sa Majesté rit beaucoup de l'aventure et me délivra de nouvelles lettres pour que je ne fusse plus ainsi molesté à l'avenir.
Sur ces entrefaites , je terminai mon beau Jupiter d'argent et son piédestal d'or, que je plaçai sur un socle de bois peu apparent, dans l'épaisseur duquel étaient à moitié cachées 9 comme une noix d'arbalète , quatre petites boules de bois dur. Ces roulettes étaient si bien agencées, qu'un petit enfant pouvait, sans le moindre effort, manœuvrer ma statue en tous sens. Dès que je l'eus arrangée a ma guise, je la transportai à Fontainebleau où était le roi. — Précisément A cette époque, le peintre Bologna, qui avait rapporté de Rome les plâtres qu'il était allé y chercher, venait de les faire jeter en bronze avec beaucoup de soin. Je n'en savais absolument rien, parce que celte opération avait été exécutée dans le plus grand secret à Fontainebleau , qui est situé à plus de quarante milles de Paris. — Lorsque je demandai au roi où il voula't que je misse le Jupiter, madame d'Elamprs, qui était présente, lui dit que l'endroit le plus convenable était sa belle galerie : c'est ce que nous appellerions en Toscane une loggia ou plutôt une salle d'entrée, car le nom de loggia s'applique particulièrement aux salles qui sont ouvertes d'un côté. — Cette galerie , longue de plus de crut pas et large de douze environ , était ornée et enrichie de peintures de notre admi-
rable Rosso, séparées F One de l'autre par des sculptures en ronde-bosse et en bas-relief, — Le Bologna avait habilement rangé daps. celte galerie, sur des piédestaux, ses statues de bronze qui, je l'ai déjà dit, étaient les reproductions des plus beaux antiques de Rome. — Ce fut aussi dans celte salle que Ton mit mqn Jupiter. — Quand je vis tous ces grands préparatifs si adroitement calculés , je me dis : — « Allons, c'est comme s'il fallait se frayer un passage k travers les lances d'une armée! Que Dieu me soit en aide ! » — Je conduisis donc ma statue à la place qui lui était destinée, et, après l'avoir disposée de mon mieux, j'attendis l'arrivée du roi. Mon Jupiter tenait de la main gauche le globe du monde, et de la main droite un foudre qu'il semblait prêt 4 lancer. Au milieu des flammes de ce foudre, je cachai un bout de torche en cire blanche, parce que, voyant que madame d'Étampes retenait le roi jusqu'au soir, je soupçonnai que, si elle ne réussissait pas à l'empêcher de venir, elle me jouerait au moins le mauvais tour de ne le laisser aller qu'au moment où , grâce à la nuit, ma statue se montrerait à son désavantage. Mais Dieu veille sur ceux qui ont foi en lui, et il advint tout le contraire de ce que mon ennemie avait espéré; car, à la chute du jour, j'allumai ma torche, et, comme elle se trouvait un peu au-dessus de la tête du Jupiter, les rayons, en tombant de haut, produisaient un effet merveilleux que je n'aurais pu obtenir avec le jour. — Sur ces entrefaites, Je roi entra avec sa madame d'Étampes, le dauphin aujourd'hui régnant, la dauphine, le roi de Navarre son beaufrère, madame Marguerite sa fille, et plusieurs grands seigneurs à qui madame d'Étampes avait donné le mot pour parler contre moi. — Dès que j'aperçus le roi, mon ouvrier Ascanio poussa devant lui ma statue, en lui imprimant un mouvement qui la fit paraître vivante. Par ce moyen, les statues antiques restèrent en arrière , et la mienne frappa