CHAPITRE V
Lt gaerre. — Inaction. — Licenciement des oofriers de Cclliui. — Vojsge à Argeatoe. — DeeMode de congé. — Colère de roi. — Intervention do cardinal de Ferrer*. — FVpart poor I* Italie. — Aseaaio. — l'a orage. — Conseils do conte délia Minadela. — Irre»olalion. — Arritée a Plaisaacr. — Rencontre do doc Pier I.oigi — toriiêe à Florence.
A celle époque, le roi était en paix avec l'empereur, mais non avec les Anglais. Ces démons nous tenaient sans cesse en émoi , de sorte que le roi pensait à tout autre chose qu'aux plaisirs. H avait ordonné a Piero Strôzzi de conduire ses galères dans les mers d'Angleterre. Cette entreprise offrait les plus grandes difficultés; cependant Slrozzi, cet admirable guerrier si célèbre par ses talents cl par ses infortunes, réussit à les surmonter. — Plusieurs mois s* étant écoulés sans que je reçusse ni argent ni commandes, je fus forcé de renvoyer tous mes ouvriers, à l' exception des deux Italiens, auxquels je lis faire de mon propre argent deux petits vases, parce qu'ils ne savaient pas travailler le bronze. Dès qu'ils les eurent achevés, je les pris et je les portai à Argenton, ville qui appartenait à In reine de Xavarre , et qui est située à plusieurs journées do Paris. J'y trouvai le roi malade. Le cardinal de Ferrare mi annonça mon arrivée ; mais, Sa Majesté n'ayant rien
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répondu , je fus obligé d'attendre pendant quelques jours. Jamais, en vérité, je n'ai éprouvé une plus rive contrariété. Enfin , un soir , je parvins près du roi et je lui présentai mes deux beaux vases, qui lui plurent au delà de toute expression. — Quand je vis que Sa Majesté était de bonne humeur, je la priai de me permettre d'aller faire un tour en Italie. — « Je laisserai, ajoutai-je, sept mois d'appointements qui me sont dus, et Votre Majesté daignera ordonner qu'on me les paye plus tard , si j'en ai besoin pour revenir. Je supplie Votre Majesté de ne pas me refuser cette grâce, car maintenant on songe plus à la guerre qu'aux statues. Votre Majesté d'ailleurs n'a-t-elle pas déjà accordé à son peintre Bologna la faveur que je réclamé. * — Pendant que je parlais, le roi examinait attentivement mes deux vases , et parfois me lançait un regard terrible. Cependant je continuais de mon mieux mes sollicitations. Tout à coup il se leva courroucé et me dit en italien : — u Benveouto, vous 4les un grand fou ! Emportez ces vases à Paris, je veux qu'ils soient dorés. * — Là- dessus il me quitta, sans que j'eusse pu obtenir d'autre réponse.
Je m'approchai alors du cardinal de Ferrare, qui était présent, et je le priai, au nom de tous les bienfaits qu'il m'avait rendus, en me tirant de prison à Rome, et eu tant d'autres circonstances, de vouloir bien s'employer pour que je pusse aller en Italie. Il m'assura qu'il travaillerait volontiers de tous ses efforts pour m' obtenir cette faveur; que je n'avais qu'à me reposer sur lui du soin de cette affaire, et que mémo, si je voulais, rien ne m'empêchait de partir tranquillement, attendu qu'il se chargeait de me conserver les bonnes grâces de Sa Majesté. Je répondis au cardinal que je savais que le roi m'avait confié à la garde de Sa Seigneurie révérendissime , qu'en conséquence je partirais sans crainte si Sa Seigneurie me le permettait, et que du reste je reviendrais aussitôt qu'elle le jugerait
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convenable. Le cardinal me dit alors d'aller passera Paris hait jours, pendant lesquels il solliciterait mon congé, et il ajouta que, dans le cas où le roi le lui refuserait, il m'en donnerait avis sans faute, et que, s'il ne m'écrivait pas, ce sentît signe que rien ne s'opposait à mon départ.
Je retournai donc a Paris, ainsi que le cardinal m'y avait engagé. Je fis construire d'excellentes caisses pour les trois vases d'argcnL Au bout de vingt jours, tous mes préparatifs étant achevés, je plaçai mes vases sur un mulet que me prétait jusqu'à Lyon l'évéque de Pavie, qui de nouveau était venu habiter mon cbAteau. Pour mon malheur je me mis en route.
Je partis avec le signor Ippolito Gonzaga, qui était à la fois à la solde du roi et au service du comte Galeotto délia Mirandola. Quelques gentilshommes do ce dernier et notre compatriote florentin Lionardo Tedaldi se joignirent à nous. — Je confiai à Ascanio et à Pagolo le soin de garder mon château et tout ce que je possédais, Je leur laissai aussi plusieurs ouvrages commencés, afin qu'ils ne restassent point oisifs. — Mon mobilier était nombreux et de haut prix, car j'avais un état de maison très-honorable; cela valait plus de quinze cents écus. — Je dis & Ascanio ;
— es Souviens-toi que je t'ai comblé de bienfaits. Jusqu'à présent tu n'as été qu'un jeune écervelé; il est temps de le conduire en homme. J'abandonne donc à ta garde mon bien et mon honneur. Si tu as à te plaindre de ces animaux de Français, avertis-moi sur-le-champ; je monterai en poste et j'accourrai tant pour payer ma dette a ce bon roi que pour protéger mon honneur. » — Ascanio me répondit avec des larmes de fourbe et de fripon : — * Vous avez été pour moi le meilleur des pères , soyez sûr que je me conduirai envers vous comme te fils le plus dévoué. »
— Après ces adieux, je partis suivi d'un domestique et d'an petit valet français.
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Dans l'après-midi, plusieurs trésoriers qui n'étaient nullement de mes amis se présentèrent à mon château. Ces infâmes gredins osèrent prétendre que j'avais emporté 1 l'argent du roi , et dire à messer Guido et à l'évêque de Pavie que, s'ils ne m'envoyaient pas redemander les vases, ils me feraient poursuivre eux-mêmes, et que mal m1 en arriverait. L'évoque et messer Guido eurent plus de peur que de raison. Us m'expédièrent aussitôt en poste ce traître d'Ascanio qui me rejoignit à minuit. — L'inquiétude me tenait éveillé, et je me disais tristement : — « Aux soins de qui ai-je laissé mon château et tout ce que je possède? Par quel étrange décret de la destinée ai-je été poussé à entreprendre ce voyage? Pourvu que le cardinal ne soit pas d'accord avec madame d'Étampes, dont le plus vif désir est de me voir perdre les bonnes grâces du roi! n — Au moment où ces pensées m'assaillaient, je m'entendis appeler par Ascauio. Je sautai hors du lit et je lui demandai s'il m'apportait de bonnes ou de mauvaises nouvelles. — u Elles sont bonnes, me répondit le larron, seulement il faut que vous renvoyiez les vases, parce que ces scélérats de trésoriers crient tellement au voleur, que messer Guido et l'évêquc sont d'avis que vous les rendiez, coûte que coûte. Du reste, vous n'avez rien à craindre. Continuez heureusement votre voyage. » — Je lui remis de suite les trois vases, parmi lesquels il s'en trouvait deux qui avaient été fabriqués avec mon argent. — On avait répandu le bruit que je les emportais en Italie ; mais je voulais les déposer dans l'abbaye du cardinal de Ferra re à Lyon, et d'ailleurs personne n'ignorait que l'on ne peut exporter ni or ni argent sans une permission expresse. Comment aurait-il donc été possible que j'eusse songé & emporter ces trois grands vases, qui avec leurs caisses formaient la charge d'un mulet. — Comme ils étaient (Tune rare beauté et d'une valeur considérable, je m'étais senle-