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ment dît, en songeant que le roi, que j'avais laisse trèsmalade, pouvait venir à mourir : — « Dans le cas où un tel malheur arriverait, je ne les perdrai point si je les confie au cardinal. * — Enfin, pour conclure, je renvoyai le mulet, les vases et plusieurs autres objets importants.
Le lendemain matin, je me remis en route avec mes compagnons. Durant tout le chemin , il me fut impossible de retenir mes soupirs et mes larmes. Cependant, parfois, je me réconfortais en tournant mes pensées vers Dieu et en disant : — «O Seigneur, toi à qui la vérité est connue, tu sais que mon seul but dans ce voyage est d'aller au secours de ma sœur et de six pauvres jeunes filles qui pourraient facilement s'engager dans une mauvaise voie, car leur père est accablé de vieillesse et ne gagne absolument rien. En accomplissant ce pieux office, ô Seigneur! j'attends de ta divine majesté secours et conseils. » — Voilà quelle était ma seule consolation pendant mon voyage.
Nous n'étions plus qu'à une journée de distance de Lyon, lorsque, vers la vingt- deuxième heure, de violents coups de tonnerre ébranlèrent le ciel qu'illuminaient de nombreux éclairs. Je marchais à une portée d'arbalète en avant de mes compagnons. Sans compter le tonnerre, il sortait des nuages un bruit si épouvantable, que je crus que le jour du jugement dernier était arrivé. Je m'arrêtai. Des gréions, plus gros que des balles de sarbacane, commencèrent à tomber sans une goutte d'eau. Ceux qui me touchaient me faisaient beaucoup de mal. Ils allèrent peu à peu en grossissant, si bien qu'on les aurait pris pour des balles d'arbalète. M'étant aperçu que mon cheval s'épouvantait, je tournai bride, et je courus ventre à terre jusqu'à ce que j'eusse retrouvé mes compagnons, qui, non moins effrayés, s'étaient réfugiés sous des pins. Bientôt la grêle arriva a la dimension d'un énorme citron. Je me mis
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alors à entonner nn miserere. Pendant que je m'adressais ainsi dévotement à Dieu, H tomba un grêlon d'une telle grosseur, qu'il fracassa une forte branche du pin sous lequel je me croyais en sûreté ; un autre frappa mon cheval à la tête et faillit le renverser, un troisième m'atteignit, mais non en plein, car il m'aurait tué. Le pauvre vieux Lionardo Tedaldi, qui, comme moi, était agenouillé, en reçut un qui le jeta les mains contre terre. Aussitôt, voyant que les pins ne pouvaient plus nous proléger, et qu'il ne suffisait pas de chanter miserere, je pliai mes habits sur ma lôte et je dis à Lionardo Tedaldi, qui criait : — « Jésus, Jésus, au secours! » — que Jésus l'aiderait s'il s'aidait lui-même. Le salut de cet homme me coûta plus de peines que le mien propre.
Cet orage dura fort longtemps, mais enfin il cessa. Nous étions moulus : cependant nous remontâmes à cheval de notre mieux, et nous cheminâmes en nous montrant les uns aux autres nos contusions et nos meurtrissures. A un mille plus loin, des scènes de désolation qu'an ne saurait dépeindre s'offrirent à nos regards. Tous les arbres étaient ébranchés et brisés; tous les bestiaux avaient été tués; plusieurs bergers avaient aussi rencontré le même sort. Nous vîmes quantité de grêlons que Ton n'aurait pas pu tenir dans les deux mains : nous nous es* timames donc heureux dV'.re sortis de ce mauvais pas à si bon marche. Xous. reconnûmes alors que nos prières et nos miserere avaient été plus efficaces que toutes les précautions dont nous aurions pu nous entourer. Xous rendîmes a Dieu do ferventes actions de grâces, et, le lendemain, nous arrivâmes à Lyon. Après nous y être bien reposés pendant huit jours, nous continuâmes notre voyage, et nous franchîmes les monts sans accident. Là , j'achetai un petit bidet pour soulager mes chevaux, que mes bagages avaient un peu fatigués.
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\ous étions depuis un jour en Italie, lorsque nous inities rejoints par le comte Galeotto délia Mirandola , qui voyageait en poste. Il s'arrêta avec nous, et me dit que j'avais eu tort de partir; que je devrais ne pas aller plus avant, parce que, si je retournais de suite & Paris, mes affaires seraient plus florissantes que jamais, et qu'au lieu de laisser à mes ennemis le champ libre et toutes facilités de me nuire, je romprais les machinations qu'ils avaient ourdies contre moi, et enfin, que les gens en qui j'avais le pins de confiance étaient précisément ceux qui me trahissaient 11 ne voulut pas s'expliquer davantage, mais il savait parfaitement que le cardinal de Ferrare s'était ligué avec les deux fripons à qui j'avais laissé tous mes biens en garde. H repartit en poste après m'avoif répété plusieurs fois qne je devrais aller à Paris'; mais, à cause de mes compagnons, je ne pus me décider à suivre ce conseil. — Je brûlais du désir tantôt d'arriver promptement à Florence, tantôt de retourner en France. Cet état d'indécision me causait un si cruel supplice, que, pour y mettre fin, je résolus de monter en poste pour gagner Florence. Je ne m'accordai point arec le premier maître de poste, mais je n'en persistai pas moins h me rendre à Florence.
Le signor fppolito Gonzaga ayant pris In route de Mirandola, je me séparai de lui et je pris le chemin de Parme et de Plaisance.
En arrivant dans celle dernière ville, je rencontrai dans nne rue le -duc Pîcr Luigi, qui m'examina attentivement et me reconnut. A sa vue, mon cœur bondit de colère, car je savais que lui seul avaft été la cause de tout ce que j'avais souffert dans le château Sanl'-Agnolo a Home. Pourtant, comme il n'y avait pas moyen de lui échapper (1), force me fut de loi rendre visite. Je me présenlai chez lui
(1 ) Il faul te soo*enir que Pier Loigi était duc de PlaiMoce.
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juste au moment où il se levait de table. — Il avait avec lui les yens de la famille des Landi, qui plus tard le poignardèrent. — Je reçus de lui l'accueil le plus gracieux que Ton puisse imaginer. — Il dit à ses convives que /avais été longtemps prisonnier à Rome, et que j'étais le premier homme du monde dans mon art; puis il ajouta, en s' adressant à moi : — « Benvenuto mio, j'ai été très-peiné des maux que vous avez endurés. Je savais que vous étiez innocent, mais je ne pouvais rien pour vous, parce que mon père agissait sous l'influence de certains de vos ennemis qui lui avaient insinué que vous aviez mal parlé de lui, ce qui était faux, j'en suis certain : aussi votre sort m'aftligeail-il vivement. »> — Il s'étendit si longuement sur ce chapitre, qu'il sembla réclamer mon pardon. II me questionna ensuite sur tous les ouvrages que j'avais exécutés pour le roi très-chrétien, et il m' écouta avec uoe attention et une bienveillance extrêmes. En On, il me demanda si je voulais entrer à son service. Je lui répondis que l'honneur ne me le permettait pas; mais que, si j'avais terminé les nombreux et importants travaux que j'avais commencés pour le grand roi, je m'attacherais à Son Excellence de préférence à tout autre seigneur.
Dans cette occasion, Dieu montra clairement qu'il ne laisse jamais impunis les gens qui oppriment les innocents. Cet homme implora presque mon pardon en présence de ceux qui, peu de temps après, devaient venger et moi cl tant d'autres infortunés qu'il avait assassinés. Que les princes de la terre, malgré leur puissance, ne se rient donc point de la justice de Dieu comme font plusieurs que je connais et qui m'ont lâchement persécuté, ainsi que je le raconterai en son lieu. Je n'écris pas ces choses par vanité mondaine , mais seulement pour remercier Dieu , qui m'a sauvé de tant de dangers. C'est à lui que je me plains de tous ceux qui me menacent chaque jour. C'est à lui