LIVRE 9SPTI&ME
— 11 traça ensuite au bas de ma supplique (1), que j'ai toujours conservée, un roscril ainsi conçu : — * Que l'on voie ladite maison, qui a droit de la vendre, et quel prix on en demande; car nous voulons en gratifier Ben venuto. » — Je crus qu avec ce resorit la maison ne m'échapperait pas, car je me promettais que mes ouvrages plairaient in» îiniment plus que je ne l'avais annoncé.
Son Excellence avait confié l'exécution de ses ordres à un de ses majordomes que Ton appelait ser Pier-Francesco
(I) Le bibliothèque palatine possède l'original de celle supplique , qal e«l aiusl
e IBoatriaeiaie el eveelleotlssime seigneur «I maftre , toujours honoré ,
• La maison ni titnée dans la via Lauro, au coin de» Quatre-Mahons. Kilo est con- » tlrn»* an jardin dea Koeenli , al appartient anjonrd'hoi i Laigl Rnoœlla! , 4e Rama :
* Leonardo Ginori , de Florence , est chargé de l'administrer. KJIe appartenait auparar tant i Girolamo Salvador!. Je supplie Voire Kxcellence de vouloir bien me mclire à
* l'apotre. — De Votre Excellence te détoné serviteur,
» Bkxtcxuto (itw^i ■
Au-dessous de ce» moi», cal le resarjt solvant , qui différa peu de celai que rapporte Ceilini :
« Qne l'on voie qui a droit de vendre cette maison et le prit que l'on en demande ,
* rar nooa routons en gratifier Benvenoio. -
Plus bas, Benvenoto a ajouté de ta propre main :
* Son Excellence illustrissime m'avait demande où était située ladite mai«on ; quels
- H aient les tenants el les aboutissants, 1rs noms des rues et les gens cbntgcs de la
* tendre Dé* que je le Int eus appris par les simples lignes qui se trouvent plus haut ,
- die traça le réécrit de ta propre main , en me donnant la maison gratuitement et à « perpétuité. Cela fut cause que je ne songeai plus à retourner en France , car j'aimais
* beaucoup mieui orolr une humble mairon dons ma patrie, et vivre socs un si ctcel-
* lent due, que d'être en France seigneur d'un château , avec mille écus de pension ,
* an service de l'admirable roi François I» r. Deux cents écus dans ma patrie me parurent » bien préférables, épris que j'étais de la courtoisie de Cosmc , illustrissime et e^ce!Ion-
* tissime doc de Florence. »
Ceilini ta trompe en plaçant dans la via Lauro la maison dont il est iai question. Il serait trop long do relater les nombreui documenta qui démontrent son erreur. Noos noua contenterons do dire que la maison qu'il tenait do la générosité du due Cotme est située dans la fia délia Pergola, lue inscripiion, gratte sur une plaque de marbre, la signale ala curiosité des voyageurs.
«M MÉMOIRES DE BKNVENUTG CELLIXI.
Riccio de Pralo , et qui jadis avait été son pédagogue. Je m'adressai à cet animal, et je lui demandai tout ce dont j'avais besoin pour traus former en atelier le jardin de la maison. — Il chargea de cette affaire un certain payeur, maigre et grêle personnage nommé Lattanzio Gorini. Ce petit bout d'homme, avec ses petites mains d'araignée, sa petite voix de moucheron et sa vivacité de petit limaçon, me fit amener des pierres, du sable et de la chaux en si grande quantité, qu'il y en aurait eu assez pour construire à graud'peine une toute petite cage à pigeons. — Quand je vis que les choses allaient si froidement , je commençai à trembler. Cependant je me disais : — a Les petits commencements ont parfois de grands résultats. « — Je concevais aussi quelque peu d'espérance en considérant combien de milliers de ducats le duc avait gaspillés pour les hideuses sculptures de cet animal de Bunccio (1) Randinelli. — M' étant donc armé de courage, je soufflai au cul de Lattanzio Gorini pour le forcer à marcher, et je me mis a crier après mes ânes boiteux et le petit aveugle qui les conduisait. En dépit de tous les obstacles que je rencontrai, je parvins, grâce à mon argent, à préparer l'emplacement de l'atelier. J'arrachai les arbres, les vignes, et,
(I) Baccio Beudinelli , que Cellini appelle souvent Bnaccio (maurais ban/), naquit i Florence , en 1487, el moonil en 1569. — Non» n'avons pas besoin de dira qae noire auteur se laisse aveugler par la haine , lorsqu'il parle des ouvrages de ce maître. Tout le inonde sait que Baccio fut an des plus savants dessinateurs de la sa tante école florentine, et que peut-être l'unique tort de son talent a été de suivre la même voie que Michel- Ange. Mais , si Ollini manque d'équité quand il refuse tout mérite à son rirai, esf-il injuste aussi quand il s'attaque au caractère de son euuemi? — Quelques lignes, que noos allons emprunter au biographe contemporain de Bacrio. permettront de juger celte question. — ■ La brutalité de Biccio , écrit Vasari , sa méchanceté et ses médisances lui attirèrent de nombreux ennemis. Devant les tribunaux même , sans respect pour les magistrats, il insultait les citoyens ; il aimait à plaider, à chicaner, et se vantait d'avoir eu des procès toute sa \ie. • — N'est-ce pas Baccio enfin qui , poussé par eae lèche et ignoWe envie , oss lacérer d'une main sacrilège le chef- d'œurre de son siècle , l'immortel carton du divin Buonarroli Y — Yoy. Vasari, Vie de BandinelH . t. Y. p. SI? et soir an tes.