‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 145 sur 285 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

chu messer Giuliano Buonaccorsi, et, comme il ne savait où aller sans courir beaucoup de danger, il passait près» que tout son temps chez moi à me regarder travailler à mes grands ouvrages. Ce fut & cause de ces anciens rapports qu'il me prit par la main et me mena chez lui où se trouvait le prieur deglt Strozzi, frère du signor Pietro. Tous deux étaient enchantés de me voir; ils me demandèrent combien de temps je comptais rester à Venise, car ils croyaient que j'avais l'intention de regagner la France. Je leur racontai les motifs qui m'avaient engagé à quitter Florence, et je leur dis que je comptais retourner dans deux ou trois jours au service de mon grand duc. A ces mots, le prieur et messer Lorenzino me lancèrent des regards si furieux que j'en fus épouvanté. — « Tu ferais bien mieux, me dirent-ils, de retourner en France, où tu es riche et considéré. Si tu vas à Florence, tu perdras tout ce que tu as gagné en France , et tu n'y rencontreras que des dégoûts et des désappointements. » — Je ne leur répondis rien , et le lendemain je partis pour Florence , le plus secrètement possible.

Pendant ce temps, le diabolique complot ourdi contre moi avait avorté, car j'avais écrit au duc ce qui m'avait forcé à me rendre à Venise. J'allai le voir sans aucune cérémonie. Il m'accueillit d'abord avec sa réserve et sa se* vérité habituelles, mais bientôt il prit un air gracieux et me demanda avec bonté où j'étais allé. Je lui répondis que mon cœur ne s'était jamais éloigné de Son Excellence illustrissime , quoique de puissants motifs m'eussent forcé de promener un peu mon corps à l'aventure. La bonne humeur du duc étant alors revenue, il me questionna sur Venise, et, après une longue causerie, il me recommanda de me mettre à l'ouvrage et de terminer son Persée. Je retournai donc chez moi plein d'une joie qui fut partagée par ma famille, c'est-à-dire par ma sœur et ses six tilles.

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