‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 148 sur 285 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

Bernardone vous a dit au sujet de ses outils est faux. Veuillez ordonner une enquête, je me rendrai chez le bar» gello. » — « Benvenulo, me répondit le duc, continue d'être homme de bien comme tu Tas toujours été et ne crains rien. » — Cetfe affaire s'en alla en fumée, et je n'en entendis plus jamais parler.

.Je m'occupai du joyau de la duchesse. Quand je l'eus terminé, je le lui présentai ; elle me dit qu'elle estimait autant mon travail que le diamant vendu par Bernardaccio. Elle voulut que j'attachasse de ma main le pendant sur sa poitrine, ce que je fis avec une grosse épingle qu'elle me donna elle-même. Lorsque je me retirai , j'étais complètement dans les bonnes grâces de Son Excellence. — Plus tard j'appris (je ne sais si c'est vrai) qu'on avait chargé un Allemand, ou quelque étranger, de monter autrement le diamant, parce que Bernardone avait assuré que cette pierre produirait plus d'effet dans une monture plus simple.

Je crois avoir déjà dit que les frères Domenico et Giovanpagolo Poggini, orfèvres, ciselaient d'après mes dessins , dans le cabinet de Son Excellence , de petits vases d'or enrichis de figurines en bas-relief et de splendidcs ornements. — Maintes fois je dis au duc : — « Signor mio, si vous vouliez me payer quelques ouvriers, je graverais les coins de votre monnaie et les médailles de Votre Excellence. Je rivaliserais avec les anciens, et j'aurais même espérance de les surpasser, car je me suis perfectionné dans cet art à tel point que les médailles du pape Clément, que j'ai gravées autrefois, et que les monnaies du duc Alexandre, qui cependant passent encore pour belles, seraient loin d'approcher de ce que je produirais aujourd'hui. Je vous ferais aussi de grands vases d'or et d'argent comme ceux que j'ai faits pour cet admirable roi François Ier, grâce aux facilités qu'il me donnait, sans que

y* MEMOIRES DE BENVEXUTO CELLIXI.

pour cela j'aie jamais perdu de temps pour l'exécution des colosses et des statues. » — Le duc me répondait : — u Fais, et je verrai ; » — mais il ne m'accordait aucune facilité. Un jour cependant il me remit quelques livres d'argent en me disant : — « Cela provient de mes mines : fais-moi un beau vase. » — Comme je ne voulais pas négliger mon Persée, et que d'un autre côté j'avais le plus vif désir de contenter le duc, je chargeai un coquin d'orfèvre, nommé Piero di Marlino, d'exécuter un vase d'après des dessins et des modèles en cire que je lui fournis. Piero di Martino commença mal cet ouvrage, et ensuite cessa de s'en occuper, de sorte que j'y perdis plus de temps que si je l'eusse entièrement exécuté de ma main. Au bout de quelques mois , ayant vu que Piero n'y travaillait point et même n'y faisait point travailler, je le lui repris. J'eus beaucoup de peine à obtenir avec le corps du vase , qui était mal commencé, ainsi que je l'ai dit, le reste de l'argent que je lui avais confié. — Le duc, ayant été instruit de ces choses, envoya chercher le vase et les modèles, et jamais ne m'en souffla mot Que l'on sache seulement qu'il fit faire d'après mes dessins, à Venise et ailleurs, plusieurs vases par divers artistes qui le servirent très-mal.

La duchesse me sollicitait souvent d'exécuter pour* elle des ouvrages d'orfèvrerie ; plusieurs fois je lui répondis : — « On sait très-bien en Italie que je suis bon orfèvre, mais on n'y a pas encore vu de sculptures de ma main. Certains sculpteurs enragés se rient de moi et m'appellent le nouveau sculpteur. Or, j'espère leur prouver que je suis un vieux sculpteur, pour peu que Dieu m'accorde la grâce de terminer mon Persée et de l'exposer sur la place de la ville. » — Je me retirai donc chez moi, je travaillai nuit et jour, et je ne me montrai plus au palais. — Néanmoins, afin de me maintenir dans les bonnes grâces de la duchesse , je lui fis faire quelques petits vases d'argent, de

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la dimension d'un petit pot de deux quatlrini, et ornés de beaux et précieux petits masques à l'antique. Lorsque je portai ces vases à la duchesse, elle m'accueillit de la manière la plus gracieuse et me paya l'or et l'argent que j'avais employés. — Je profitai de cette occasion pour me recommander à Son Excellence , et la prier de dire au duc que je recevais bien peu de chose pour un ouvrage aussi important que le mien. Je la suppliai aussi de conseiller au duc de ne point autant écouter cette mauvaise langue de Bandinelli , qui m'empêchait de terminer mon Persée. A ces doléances, la duchesse courba les épaules et me répondit : — ^ Le duc devrait pourtant bien savoir que son Bandinelli ne vaut rien du tout. »

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