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sèdent un peu leur métier. On reconnaît facilement que cette statue tombe en avant de plus d'un tiers de brasse, ce qui est la plus grande et la plus impardonnable de toutes les erreurs dont se rendent coupables ces artistes sans valeur qoi nous pleuvent par douzaines. Quant aux bras, ils sont tous deux étendus sans aucune grâce , et on n'y découvre pas plus d'art que si tu n'avais jamais contemplé uu homme nu et vivant. La jambe droite de l'Hercule et celle du Gacus qui la touche sont agencées de telle façon que, si on les séparait, il ne resterait plus à l'endroit où elle se rencontrent , assez de mollet , non-seulement pour toutes deux, mais encore pour une seule. On dit encore qu'un des pieds de l'Hercule est enterré et que l'autre semble posé sur des charbons ardents. »
J'allais continuer, mais Bandinelli ne put avoir la patience d'entendre l'énumération des défauts de son Gacus : d'abord parce que je disais la vérité, ensuite parce que j'ouvrais les yeux au duc et à notre auditoire, qui, par ses gestes, témoignait de son étonnement et reconnaissait combien je parlais vrai. Baccio m'interrompit donc en s'écriant : — « Ah! mauvaise langue, et mon dessin? pourquoi l'oublies-tu ?» — « Gelui qui dessine bien, répondis-je, ne peut mal exécuter; en conséquence je dois croire que ton dessin ressemble à tes ouvrages. » — Alors mon homme, blessé au vif par les regards et les gestes du duc et des autres assistants, se laissa emporter par son insolence et me cria en tournant vers moi sa face hideuse : — «* Ah çà ! tais-toi, vil sodomite! » — A cette affreuse injure, le duc fronça les sourcils de colère ; les autres serrèrent les lèvres et lui lancèreut des regards indignés. Quant a moi, qui me trouvais si horriblement offensé, je me sentis transporté de fureur; mais j'eus aussitôt recours au remède et je dis : — « Insensé ! tu sors des bornes. Flûl à Dieu que je fusse initié t un art aussi noble, car Jupiter et Ganymède l'ont exercé
dans le ciel, et les plus grands empereurs et les pins grands rois le pratiquent sur cette terre. Par malheur, je ne suis qu'un humble et pauvre homme qui ne pourrais ni ne saurais aspirer à une chose si admirable. » — A cette réplique, personne ne fut capable de garder son sérieux; le duc et tous les assistants poussèrent les éclats de rire les plus bruyants que Ton puisse imaginer. — Sachez pourtant, bons lecteurs, que, si mes paroles étaient plaisantes, mon coeur se brisait de rage en songeant qu'un des plus sales scélérats qui naquirent jamais avait été assez audacieux pour m1 adresser une telle insulte devant un si grand prince. Mais saches aussi qu'il injuria plutôt le duc que moi-même; car, si je n'avais point été en présence de cet auguste seigneur, je l'aurais fait tomber mort à mes pieds. — Cet impur coquin, décontenancé par les rires des gentilshommes qui ne cessaient pas, entama un nouveau sujet pour mettre fin aux railleries dont on l'accablait. — « Benvenu to, dit-il, prétend que je lui ai promis un bloc de marbre. » — « Gomment, m'écrîai-je, ne m'as-tu pas fait dire par ton ouvrier Francesco, fils du forgeron Matteo, que, si je voulais travailler le marbre, tu me donnerais un bloc? Je l'ai accepté : j'exige que tu me le livres. » — « Oh! oh! dit-il alors, sois certain que tu ne l'auras jamais, n — Comme je brûlais encore de la rage dont ses injures atroces m'avaient rempli, je fermai l'oreille à la raison, j'oubliai la présence du duc, et je lui dis : — «Je te déclare expressément que, si tu n'envoies pas le marbre chez moi, tu peux chercher un autre monde : car, coûte que coûte, je te crèverai le ventre dans celui-ci. « — Mats aussitôt, m' étant souvenu que j'étais en présence d'un grand prince, je me tournai humblement vers Son Excellence et je lui dis : — « Siguor mio, un fou en produit cent autres. Les extravagances de cet homme m'ont fait oublier ce que je dois a Votre Excellence et n moi-même. Daignez
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