‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 162 sur 285 · LIVRE HLITIKMK · texte numérisé non relu

LIVRE HLITIKMK

J'exécutai pour mes deux portes deux dessins suivant tes véritables règles de l'art. Je les présentai à Son Excellence, qui, reconnaissant alors que j'avais raison, me dit d'un ton affable : — » Va et fais comme bon te semblera , j'y consens. * — Je me mis aussitôt à l'œuvre avec ardeur.

Le capitaine de garde à la porte al Prato était un Lombard à la mine terrible, aux formes robustes, au langage grossier, et dont la présomption n'était égalée que par son ignorance. Cet homme commença par me demander ce que je voulais faire. — Je lui montrai obligeamment mes dessins, et je me donnai beaucoup de peine pour lui expliquer la méthode que je voulais suivre. — Ce stupide animal secouait la tête, se démenait de côté et d'autre, se balançait tantôt sur une jambe, tantôt sur une autre, et ne cessait de répéter, en tortillant ses énormes moustaches et en tirant sur ses yeux le pli de sa barette : — « Mais, peste du diable! je n'y entends rien à ton affaire. » — Fatigué à la lin des importunités de cet imbécile, je lui dis : — a Eh bien , moi je m'y entends , laissez-moi donc faire. »

— En même temps je lui tournai les épaules. Alors il se mit à me menacer de la tête et dressa en l'air la pointe de son épée en appuyant la main gauche sur le pommeau.

— u Holà! maestro, me cria-t-il, tu veux donc que je te tire du sang?» — Il m'avait tellement exaspéré que je lui répliquai d'un ton furieux : — a J'aurai moins de peine à t'en tirer qu'à construire le bastion de cette porte. »

— Aussitôt nous mîmes tous deux l'épée à la main , mais une foule de braves gens tant Florentins qu'étrangers se jetèrent entre nous et nous empêchèrent de dégainer. La plupart donnèrent tort à mon adversaire et lui dirent que j'étais homme à lui tenir tête , et que, si le duc connaissait sa conduite, il lui en arriverait malheur. Sur ce, il s'en alla à ses affaires, et je commençai mon bastion.

Dès que j'eus mis cet ouvrage en train, je me rendis à la u. - ia '

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(>etite porte d'/\rnof pi je trouvai un capitaine- q*e Cesena, e plus galant hointne que j'aie jamais cou pu. Il avait toute (a gentillesse d'une jeune plie, mais dans l'occasion c'était le soldat (e plus brave et le plus audacieux du monde. H m'observait avec une telle attention que parfois il m'intimidait. Avant remarqué qu'il avait envie de s'instruire, je m'empressai 4e lui fournir tous les renseignements qu'il pouvait désirer. En un mot, nous échangeâmes toutes les politesses imaginables. Aussi exéculai-je ce bastion beaucoup mieux que l'autre.

Mes constructions étaient presque terminées, lorsque les partisans de Piero Strozzi firent dans le territoire de Prato une incursion qui épouvanta les habitants au point qu'ils abandonnèrent en masse le pays , et se dirigèrent vers la ville avec tous leurs chariots chargés de leurs effets. Ces voitures étaient si nombreuses qu'elles s'embarrassaient mutuellement. Lorsque je vis ce désordre, je dis aux gardes de veiller & ce qu'il n'arrivât pas une aventure semblable à celle de la porte de Turin, car il y avait & craindre que, si Ton avait besoin de se servir de la herse, elle ne restât suspendue sur une voiture, et ne pût par conséquent remplir son office. Ce butor de capitaine, ayant entendu cette recommandation, m'assaillit d'injures que je lui rendis à beaux deniers comptants, de sorte que les choses prirent une tournure encore plus sérieuse que la première fois, mais ou nous sépara .derechef. — Lorsque j'eus achevé mes bastions, je touchai quelques ducats auxquels je ne m'attendais pas, et qui m'aidèrent à finir mon Persie.

Vers cette époque, on trouva près d'Arezzo des antiquités parmi lesquelles étaient Ja Chimère de bronzé que l'on voit dans une des chambres voisines de la grande salle du palais , et une quantité de statuettes également en bronze, couvertes de terre et de rouille. Les unes étaient privées de la tête, les autres des mains ou des pieds. — Le dur s'a'

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