‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 163 sur 285 · livre tttmèME. m · texte numérisé non relu

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ntosaît à les nettoyer lui-même à l'aide de petits ciseau* d'orfèvre. Un jour que j'étais eu train de parler Avec lui, il me donna un petit marteau pour frapper les ciseau* qu'il tenait, et débarrasser ainsi les figures de la terre ëi de la rouille dont elles étaient chargées. — Après avoir" consacré plusieurs soirées a cette occupation, le duc m'employa à refaire les membres qui leur manquaient. Il prenait un tel plaisir à ces bagatelles, qu'il me forçait d'y Ira* railler même pendant la journée; il m'envoyait même chercher, si je tardais à me rendre près de lui. Plusieurs fois je lui déclarai que si je négligeais ainsi mon Persée, cela entraînerait de fâcheuses conséquences. — « Ce que je redoute le plus, lui dis-je, c'est que le temps si long que réclame ma statue ne finisse par ennuyer Votre Excellence (cette prévision se réalisa). Ensuite j'ai plusieurs ouvriers qui, lorsque je suis absent , gâtent mon ouvrage et travaillent aussi peu que possible. » — Ces raisons déterminèrent le duc à me permettre de n'aller chez lui qu'après le coucher du soleil. — Je m'étais concilié ses bonnes grâces, an point que chaque soir il redoublait de caresses lorsque j'arrivais.

A cette époque, on construisait les salles neuves qui sont du côté des Lions. Leduc, afin de pouvoir se tenir à l'écart quand bon lui semblerait, s'était fait arranger, dans ces nouvelles bâtisses, un petit cabinet. Il m'avait recommande de m'y rendre secrètement par son garde-meuble et certains corridors dérobés. Mais, au bout de quelques jours, |a duchesse me priva de cette faveur en faisant fermer tous ces passages : de sorte que, chaque fois que j'allais au palais , j'étais obligé de perdre beaucoup de temps , car la duchesse, pour satisfaire à ses besoins, se tenait dans les cabinets que je devais traverser, et comme elle était fort indisposée, je ne me présentais jamais sans la gêner. Or, soit pour ce molif, soit pour tout autre, elle m'avait pria

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tellement en aversion qu'elle ne pouvait souffrir ma rue sous aucun prétexte Malgré tous ces déboires, je continuai patiemment d'aller au palais. — Le duc avait donné des ordres si exprès, que Ton m'ouvrait dès que je frappais, et qu'on me laissait entrer partout sans souffler mot : aussi, parfois advint-il qu'en pénétrant ainsi à l' improviste dans les pièces secrètes, je surpris la duchesse en train de satisfaire à ses nécessités. Alors, elle se mettait contre moi dans de telles rages, que j'en étais épouvanté. Elle ne manquait jamais de me dire : — a Ah çà , quand auras-tu donc fini de rapiécer ces petites figurines ? Sais-tu que tes allées et venues m'ennuient par trop à la fin ? » — * Sîgnora, mon illustre maîtresse, lui répondais-je d'un ton humble, mou unique désir est de vous servir avec la fidélité et l'obéissance la plus parfaite. Comme l'ouvrage dont le duc m'a chargé exige plusieurs mois, que Votre Excellence me dise qu'elle ne veut plus que je vienne ici, et jamais je n'y reparaîtrai; le duc m' appellerai t-il lui-même, je prétendrais que je sois malade, et rien ne serait capable de me décider à bouger. » — A ces mots , la duchesse s'écriait : — « Je ne désire pas que tu ne reviennes plus et que tu désobéisses au duc, seulement il me semble que ton travail est sans fin. » — Soit que le duc eût été instruit de ce qui venait de se passer, soit pour toute autre chose, il recommença à m' envoyer chercher dès que la nuit approchait Son messager ne manquait jamais de me répéter : — « N'oublie pas de venir, car le duc t'attend. » — Plusieurs soirées encore ne m'amenèrent qu'une série de nouveaux désagréments. Une fois, entre autres, au moment où j'entrais, le duc, qui probablement causait avec la duchesse de choses fort secrètes, m' interpella avec tant de fureur, que j'en fus effrayé. Bientôt, à la vérité, lorsqu'il vit que je voulais partir, il me dit : — «Entre, Benvenuto mio, et va à ta besogne, je ne tarderai pas à te rejoindre. » — Alors, le signor don Garzia, qui

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était un tout petit enfant, me prit par ma cupe et se mit à me faire de si charmantes agaceries que le duc s'écria : — « C'est vraiment étonnant quelle amitié mes fils ont pour toi! »

Pendant que je travaillais & ces bagatelles , le prince don Francesco, don Giovanni, don Ernando et don Garzia, restaient toute la soirée autour de moi, et s'amusaient à me taquiner en cachette du duc Je finis par les prier en grâce de se tenir tranquilles. — « Nous ne le pouvons pas, » me répondirent-ils. — a Et bien alors, continuez donc, leur dis-je, on ne saurait exiger l'impossible. » — Le duc et la duchesse se divertirent beaucoup de cette petite scène.

Lorsque j'eus achevé les quatre figurines de bronze qui ornent le piédestal de ma statue, et qui représentent Jupiter, Mercure, Minerve et Danaé avec le jeune Persée assis à ses pieds, je les fis porter, un soir, dans la salle où je travaillais. Je les rangeai à la suite Tune de l'autre, et j'eus soin de les placer un peu plus haut que l'œil du spectateur, de sorte qu'elles produisaient un effet superbe. Le duc, en ayant été averti , vint plus tôt que d'ordinaire. Comme la personne qui était allée le chercher avait vanté mes statuettes outre mesure (car elle avait affirmé qu'elles étaient mieux que l'antique) , le duc arriva de bonne humeur, en causant avec la duchesse de mes ouvrages. Je me levai immédiatement, et je m'avançai à leur rencontre.

— Le duc, avec une grâce vraiment royale, me présenta une poire d'une grosseur et d'une beauté extraordinaires, en me disant : — « Tiens, Benvenuto mio, plante cette poire dans le jardin de ta maison. » — « Ah ! signor mio, m'écriai-je, est-ce sérieusement que Votre Excellence me dit de planter cette poire dans le jardin de ma maison? »

— « Oui, me répéla-t-il, dans le jardin de la maison qui t'appartient; me comprends-tu? » — Alors, j'adressai au

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duc et h la duchesse les remercîments les plus rifs et les plus respectueux que je pus trouver. Leurs Excellences s' assirent ensuite ris-à-ris de mes figurines qui, pendant plus de deux heures, furent le sujet de leur conversation. — La duchesse éprouva un tel désir de les avoir en sa possession , qu'elle me dit : — « Je n'entends pas que ct& belles figurines aillent se perdre sur le piédestal qui est là Art bas sur la place i elles courraient risque <T y être gâtées. le veux que tu les mettes dans tin de mes appartements, oé elles seront conservées afrec tout l'honneur que mérite leur rare beauté. J'opposai & ce projet une fonte <f arguments, mais je reconnus que la duchesse était décidée 4 ne pas me laisser placer mes figurines sur le piédestal où ëllts se trouvent actuellement J'attendis donc au lendemain.- M'étant alors rendu au palais vers la vingt-deuxième heure , et ayant vu que le duc et la duchesse étaient allés se promener à cheval, je me fis apporter mes statnettes rftfr mon piédestal qui était tout prêt, et je les y scellai avec du plomb; comme elles devaient l'être. Quand la duchesse le sut, elle entra dans une telle fureur, que les choses auraient fort mal tourné, si le duc n'efit pris chaudement ma défense. — Après cette dernière affaire et celle du collier de perles, la duchesse manœuvra si bien contre moi que le duc cessa de prendre plaisir à me roîr travailler, et que j'éprouvai les mômes difficultés qu'auparavant pour pénétrer dans le palais.

Je consacrai de nouveau tous mes soins & mon Persée, que j'avois fait transporter dans la loggia de la place, et je le poussai vers son achèvement, malgré toutes les difficultés que j'ai déjà énumérées, c'est-à-dire le manque d'argent et mille accidents dont la moitié aurait suffi pour décourager l'homme le plus intrépide.

L'n malin que j'avais assisté à la messe & San-Picro- Scheraggio, Bernardone, ce courtier, ce mauvais orfèvre

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qseladoc avait daigné nommer fournisseur de la Mon* naie, vint à sortir de l'église en passant devant moi. A seine ce sale goret avait-il franchi le seuil au temple, qv il lâcha quatre pet» que Ton dut entendre de San-Mi~ afato. — t Ah! pourceau! m'écrtai~jc, manant! bourrique! c'est donc là le seul bruit que ton talent sache faire? » — Et, en même tempe, je sautai sur un bâton, mais il se réfugia en tonte hâte dans la Monnaie. Je le gatttai, caché derrière la porte de ma maison, et je postai dans la me un petit apprenti à qui j'avais recommandé de n'avertir aussitôt que ce dégoûtant animal sortirait de la Monnaie. Après avoir longtemps attendo, je m'ennuyai; ma colère se dissipa, et je réfléchis que, les coups ne pourant se mesurer, il valait mieux , pour éviter de fâcheux résultats, avoir recours h une vengeance d'un autre genre. — Comme cela s'était passé un ou deux jours avant la fête de saint Jean, notre patron, je profilai de cette solennité poor composer et afficher au coin de l'église, A l'endroit où chacun faisait ses excréments, les quatre Vers Suivants :

Qui giace Bernardost , aaio * poreatcio, Spia , lodro, tentai , aopra eui pote Pandore i maggtor mafl , r poi fratpose Di loi quel pecoron matlro Baaeelo.

L'aventure et le quatrain pénétrèrent au palais et divertirent beaucoup le duc et la duchesse. Quantité de gens s'étaient arrêtés devant mon placard avant que Bcrnardone n'eût eu l'éveil, et ils en riaient h gorge déployée. Comme ils regardaient du côté de la Monnaie pour voir Bernardone, son fils, maestro Baccio, aperçut mes vers. Il courut, furieux, les déchirer, et se mordit les doigts, en faisant toutes sortes de menaces et de bravades avec sa vilaine voix nasillarde,

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