MO MEMOIRES DE BENI KM TO CRLLIM
Le duc, ayant appris que mon Persée pouvait passer pour fini, vint un jour le voir. Après avoir clairement lé* moigné combien il en était satisfait , il dit en se tournant vers les seigneurs qui raccompagnaient : — « Cet ouvrage me semble très-beau, mais il faut aussi qu'il plaise à la multitude : ainsi donc, Benvenuto mio, avant de lui donner le dernier coup de lime, je voudrais que, par amour de moi, tu le découvrisses un peu du côté de la place, pendant une demi-journée, afin que nous sachions ce que la foule en pense. Il est certain que, dans cet espace resserré, il produira un effet tout différent de celui qu'il fera lorsqu'il se trouvera exposé en plein air. v — a Sachez, signor mio, répondis-je, que, dans ce dernier cas, il paraîtra de moitié plus beau. Gomment! Votre Excellence ne se souvient-elle pas de l'avoir vu dans le jardin de ma maison qui était si spacieux? Le Bandinelli est venu le voir du jardin degl' Innocenti , et, malgré son malicieux et exécrable caractère, il a été forcé d'en parler avec éloges, lui qui, jamais de sa vie, ne dit du bien de personne. Je m'aperçois que Votre Excellence lui prête trop l'oreille. » — A ces mots , le duc montra un peu de dépit, cependant il me dit avec douceur : — « Eh bien, Benvenuto mio, fais-le seulement pour me plaire. * — Lorsqu'il fut parti, j'ordonnai donc de découvrir ma statue; mais, comme elle manquait d'un peu d'or, de vernis et de diverses petites choses nécessaires à son achèvement, je ne pouvais m1 empêcher de murmurer et de charger d'imprécations le jour maudit où j'étais revenu à Florence. — En effet, je voyais clairement combien j'avais perdu eu quittant la France, et j'en étais encore à soupçonner ce que je pouvais espérer du duc ; car, depuis le commencement jusqu'à la fin, tout ce que j'avais fait avait tourne contre moi.
I«e lendemain donc, quoi qu'il m'en coûtât, je décou-