‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 166 sur 285 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Pefeffetge. — U ptttlf» de CmaMeil. — Eritaatioa du Fenfc. — IM

U daoheiM Leoaora. — Arbitrage de Girolamo défit AlbUi. — Cruel déuppoiatcment. — Antonio de' Noblll. — Qoêrette do doc Covme et de Cellint. — Projets de tttf thx : fei «bot*, k port* tl tal tjftftiret Si 3«*tolteift-d*i*Ftwt*

Je partit de Florence en chantant des psaumes et de» hymnes en l'honneur et la gloire de Dieu, ce que je continuai de faire pendant tout le voyage, qui me recréa beaucoup, car nous avions un magnifique temps d'été, et, de plus, le pays, que je ne connaissais point encore, était d'une beauté ravissante.

J'avais pris pour guide un de mes ouvriers, nommé Cesare. Ce jeune homme était de Bagno. Son père et toute sa famille m'accueillirent de la manière la plus cordiale. — 11 avait pour oncle un bon vieillard âgé de plus de soixante-dix ans, qui était médecin et chirurgien, et qui même s'occupait un peu d'alchimie. Ce brave homme me montra qu'il y avait des mines d'or et d'argent dans les environs de Bagno, et il me mena voir une foule de choses remarquables que renferme le pays ; de sorte que le temps s'écoula pour moi fort agréablement — Lorsque ce vieillard se fut familiarisé avec moi , il me dit un jour :-— « Jo veux vous communiquer une observation que j'ai faite, et

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qui, je croîs, ne sera pas sans utilité, si Son Excellence veut nous prêter l'oreille. Voici ce que c'est : près de Camsldoli il y a un passage si peu défendu, que Piero Strossi pourrait non-seulement le traverser sans péril, mais en» tore s'emparer de Poppi sans coup férir. » — Le bon vieil» lard ne se borna pas à prouver la vérité de ses assertions par de simples paroles, il tira de son escarcelle une feuille de papier sur laquelle il avait tracé le plan du pays de telle façon que Ton reconnaissait de la manière la plus évidente le péril qu'il signalait. — Je pris ce dessin ; je partis immédiatement de Bagno, et je retournai à Florence avec toute la célérité imaginable par la route du pré Magno et par San-Francesco-della-Vemia, A mon arrivée, je me contentai d'ôter mes bottes, et je me dirigeai aussitôt vers le palais. — Quand je fus près de l'abbaye, je rencontrai la doc qui venait du côté du palais du podestat. A ma vue, il montra beaucoup de satisfaction mêlée d'un peu d'étonnement. — « Eb ! me dit-il, je ne t'attendais pas avant huit jours; pourquoi es -tu revenu si tôt? » — « Uniquement pour le service de Votre Excellence, lui répondis-je, car je serais resté volontiers encore quelques jours dans ce beau pays. » — a Eh bien ! quelles bonnes nouvelles m'apportes-tu ?»— reprit- il — « Signore, lui dis -je, j'ai à vous communiquer des choses de la plus haute importance. » — Là-dessus il m'emmena avec lui au palais, et H m'introduisit secrètement dans une chambre où nous nous enfermâmes seuls. Alors je m'expliquai et je lui montrai le petit dessin que j'avais apporté. Il sombla l'examiner avec beaucoup d'intérêt Je lui dis qu'il fallait promptement remédier au danger. — Après un moment d'hésitation, il me répondit : — « Sache qu'il a été convenu entre le duc dTrbin et moi qu'il veillerait sur ce passage; mai* garde le silence là-dessus. » — Il m'accabla ensuite de démonstrations d'amitié, et je retournai ches moi.

Le jour suivant je me présentai au duc. Apres une courte conversation, il me dit d'un ton gai : — « Demain, sans faute, j'expédierai ton affaire; ainsi, sois tranquille. » — Moi, qui comptais sur sa parole, j'attendis le lendemain avec grande impatience. Enfin ce jour si désiré arriva Je me rendis au palais. — Comme les mauvaises nouvelles s'apprennent toujours plus vite que les bonnes, messer Jacopo Guidi, secrétaire de Son Excellence, m'appela avec sa bouche de travers, et me dit en se bouffissant et en se tenant aussi roide qu'un pieu : — « Le duc veut savoir ce que tu demandes pour ton Persée. » — Je restai stupéfait et confondu; cependant je répliquai sur-le-champ que je n'avais point l'habitude de fixer le prix de mes travaux, et que ce n'était point là ce que m'avait promis Son Excellence deux jours auparavant — Alors cet homme, élevant encore plus la voix, me commanda expressément, de la part du duc, sous peine d'encourir la disgrâce complète de Son Excellence, de lui dire ce que je réclamais pour ma statue. — Après les caresses dont le duc m'avait accablé, je m'étais flatté non-seulement qu'il rétribuerait généreusement mes travaux, mais encore qu'il m'accorderait ses bonnes grâces, seule rémunération que je lui eusse jamais demandée; aussi, quand je me vis traité de cette manière inattendue par ce crapaud venimeux, entrai-je dans une telle fureur que je lui dis : — « Quand même le duc me donnerait dix mille écus, il ne me payerait pas assez, et, si j'avais su que telle devait être ma récompense, je ne me serais jamais attaché au service de Son Excellence. » — A ces mots, messer Jacopo Guidi me débita, de son ton arrogant, une foule d'insolences que je lui renvoyai avec usure.

Le lendemain, m'étant rendu au palais, le duc me fit signe d'approcher. Je lui obéis. — « Sais-tu , me dit-il en colère, qu'avec dix mille écus on construit des villes et des

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