‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 168 sur 285 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

vingt-cinq, et enfin rien du tout, — Quand je via qu'on me (rainait ainsi en longueur, je priai poliment messer Antonio de m* apprendre pourquoi on ne finissait point de me payer. Il me répondit avec douceur, en montrant toutefois un peu trop ee qu'il était, — On va en juger, — Il m'assura d'abord qu'il avait discontinué de me payer & cause de la pénurie d'argent où se trouvait le palais, et qu'aussitôt qu'il en recevrait, il songerait & moi; puis il ajouta ; — « 0 ciel! si je ne te payais pas, je serais un grand fripon. » — Ces paroles ne laissèrent pas de mitonner; j'en augurai cependant qu'il me payerait dès qu'il le. pourrait; mais il n'en fut point ainsi. Ayant enfin décou» vert qu'il se jouait de moi, j'entrai en colère, je le traitai rudement et je lui rappelai ce qu'il m'avait dit lui-même qu'il serait, s'il ne me payait pas. Sur ces entrefaites, il vint à mourir, et aujourd'hui, que l'année 1566 est près de finir, je suis encore créancier de cinq cents écus p"o»t — On me devait, en outre, une partie de mes appointe* ment*, sur laquelle je ne comptais plus, car elle était arriérée depuis trois ans environ ; mais le duc ayant été atta* que d'une grave maladie qui, pendant quarante-huit heures, l'empêcha d'uriner, et, ayant vu que les médeeins n'y pou* vaient rien , eut recours à Pieu et voulut que l'on payftt tous les appointements échus. Je fus donc payé comme les autres, mais je ne reçus point le reste de ce qui m'était dû pour le Persée,

J'étais presque décidé 4 ne plus rien dire ici de cette malheureuse statue; mais une particularité des plus re<? marquables que je tiens à ne point passer sous silence me force à y revenir; et pour ce faire il faut que je retourne un peu en arrière. — On se souvient que je pensais agir pour le mieux quand je dis & la duchesse que je ne pouvais mettre en compromis ce qqi ne m'appartenait plus, puisque je m'étais engagé vis-à-vis du due h me contenter

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de ce qu'il me donnerait J'espérais qu'en parlant ainsi je reconquerrais les bonnes grâces du duc, et que par cette humilité j'apaiserais la graude colère qu'il m'avait témoignée quelques jours avant l'arbitrage d'Albizi, parce que je m'étais plaint de quelques affreux brigandages dont me rendaient victime messer AlfonsoQutstello, le fiscal messer Jacopo Polverino et surtout ser Giovanbattîsta Bandini , de Volterra. La vivacité avec laquelle je m'étais exprimé l'avait irrité à un point inimaginable. — « Cette affaire , s'était-il écrié en fureur, est comme celle de ton Persée, dont tu as demandé dix mille écus. Tu te laisses aveugler par l'intérêt. Je ferai donc estimer la statue et je te la payerai ce qu'elle vaut » — Je lui répliquai avec une hardiesse et une roideur qui ne sont point de mise avec les grands seigneurs.— « Gomment sera-t-il possible, lui dis-je, que mon ouvrage soit estimé ce qu'il vaut, quand aujourd'hui il n'y a pas à Florence un seul homme en état d'en faire autant! * — A ces mots, sa fureur redoubla, et, entre autres choses que lui dicta sa colère , il me dit : — u Eh bien ! moi je connais à Florence un homme capable d'en faire autant, et qui par conséquent saura très-bien estimer ton travail. » — Il voulait parler du Bandinelli , chevalier de Saint-Jacques. — « Signore, lui ripostai -je alors, Votre Excellence m'a mis à même d'exécuter un grand et difficile travail qui a été admiré plus qu'aucun autre ne l'a jamais été dans notre divine école. Ce qui me rend fier surtout, ce sont les éloges de ces gens d'élite qui s'y connaissent et qui appartiennent à l'art comme le peintre Bromino. Ce vaillant homme a composé en mon honneur quatre sonnets qui renferment les choses les plus glorieuses pour moi. Peut-être même est-ce à l'exemple de cet admirable artiste que toute la ville s'est si vivement émue. J'avouerai que, si le Bronzino se fût appliqué à la sculpture de même qu'à la peinture, il se serait peut-être

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