CHAPITRE IV
Le bloc de marbra. — Diplomatie. — Le crocifii. — Lee modèle» do Xeplne - Concourt. — Le Sbietta. — Le domeloe délie Foole. — Le eooper de prie» Fiat
C'est vers cette époque que le gros bloc de marbre doquel on tira le Neptune de la place fut embarqué sur l'Arno. On le mena ensuite par la Grieve jusqu'à U route de Poggio-a-Caiano , qui offrait le plus de facilité pour le transporter à Florence.
Dès que je l'eus examiné , je le mesurai dans tons les sens, puis je retournai à Florence , où j'exécutai plusieurs petits modèles, bien que je susse que, grâce à la protection de la duchesse, il était destiné au chevalier BandîneJli. J'agis ainsi non par envie contre cet homme, mais ptf compassion pour ce malheureux et admirable marbre. Notons ici, en passant, que les efforts que Ton fait pour arracher une chose à un mauvais destin qui la menace n'aboutissent presque toujours qu'à empirer son sort Cerf ce qui advint à ce bloc, qui n'échappa aux mains deBacao que pour tomber entre celles de Bartolommeo Ammannalo, comme nous le raconterons en son lieu.
Lorsque j'eus achevé mes petits modèles, je me rendis à
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Poggio~a~Caiano, où étaient alors le doc, la ducfaesie et le prince, leur (ils, Je les trouvai tous à table. Le duo et la duchesse mangeaient à part, de sorte que je pus parler tète à téta avec le prince. Mous causions depuis longtemps quand le duc, qui était dans une salle voisine d'où il m'en* tendait, daigna m1 envoyer chercher.
Dès que je fus en présence de Leurs Excellences, là du* chesse m'adressa la parole avec beaucoup d'affabilité. — Peu à peu j'amenai la conversation sur le magnifique marbre que j'avais vu. Je dis que nos ancêtres n'étaient parvenus i rendre notre école aussi illustre qq'eu faisant concourir les artistes entre eux. — a C'est à cette noble coutume, ajoutaUje, que nous devons notre admirable coupole, les superbes portes de San-Giovauni , et tant de statues et de temples splendides qui entourent notre ville d'une telle auréole de gloire , que depuis les anciens elle n'a jamais eu de rivale au monde, i» — La duchesse me ré* pondît aussitôt, d'un ton irrité, qu'elle comprenait parfaitement où je voulais en venir et qu'elle me défendait de jamais parler en sa présence du bloc de marbre, sous peine de lui déplaire. — « Ainsi donc, répliquai-je , je déplais a Vos Excellences en prenant à cœur leurs intérêts et en ne négligeant rien pour qu'elles soient mieux sets. vies ! Quoique vous ayez résolu à l'avance d'adjuger le bloe au Bandinelli , si vous permettez à tout artiste d'exécuter un modèle pour le Neptune, n'en résultera-t-il pas que Baccio, par amour-propre, voudra produire une œuvre remarquable, et se livrera à des efforts devant lesquels il re* calerait s'il n'avait point de concurrents? De cette façon vous serez mieux servis, vous ne découragerei pas oette noble école ; vous verrez qui possède le plus beau style, et vous montrerez que vous aimes l'art et que vous vous y connaissez. » — La duchesse me répondit avec colère que je l'ennuyais et qu'elle voulait que le Bandinelli eût le
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marbre. — « Demande plutôt au duc, ajouta-t-elle , si Son Excellence n'est pas aussi de cet avis? » — Le due, qui jusqu'alors avait gardé le silence, s'écria : — « Voilà vingt ans que j'ai fait extraire de la carrière ce bloc pour le Bandinelli, j'entends donc qu'il lui appartienne. » — « Signor mio , repartis-je aussitôt , je supplie Votre Excellence de me permettre de lui dire quatre mots dans son intérêt » — a Dis tout ce que tu voudras, me répondit le duc, je t' écouterai. >» — Alors je m'exprimai ainsi : — u Sachez, signor mio, que le bloc de marbre dont le Bandinelli s'est( servi pour sculpter Hercule et Cacus était d'abord destiné à l'admirable Michel-Ange Buonarrotî, qui avait exécuté tout exprès un modèle représentant Samson et quatre autres personnages. Ce groupe assurément aurait été le plus beau du monde. Au lieu de cela, votre Bandinelli n'a produit que deux figures mal bâties et toutes rapetassées, si bien qu'encore aujourd'hui notre école déplore l'injure qui a été faîte à ce beau marbre. Plus de mille sonnets, je crois, ont été affichés à la honte de ce détestable ouvrage ; je suis sûr que Votre Excellence s'en souvient ; mais, s'il s'est rencontré des gens assez ignares pour enlever ce beau marbre à Michel-Ange et le donner au Bandinelli, qui l'a gâté, comme on le voit , vous , mon illustre seigneur, souffrirez-vous jamais que ce nouveau bloc, qui est encore plus beau que le premier, soit également déshonoré par lui, tandis que vous pourriez l'allouer à un homme de talent qui en tirerait bon parti? Ordonnez, signor mio, que tout artiste soit libre de concourir et que tous les modèles soient ensuite mis sous les yeux de l'école. Vous connaîtrez ce qu'elle en pense et l'esprit judicieux de Votre Excellence saura bien discerner le meilleur morceau. Ainsi vous ne jetterez pas votre argent par les fenêtres, et vous ne détruirez point la noble émulation de notre admirable école, qui au ourd'hui est unique au monde