LIVRE HUITIÈME
mercredi , la beauté de la saison et les obsessions de mes deux coquins me déterminèrent à partir de la villa que je possédais à Trespîano pour me rendre à Vicchio. Gomme /avais préalablement bien déjeuné, je n'arrivai qu'à plus de vingt heures à la porte de Vicchio. J'y trouvai ser Filippo, qui semblait avoir été instruit de ma venue. Il m'accabla de caresses et me conduisit chez le Sbietta. Ce dernier était absent, mais sa femme impudique me fit toutes sortes d'amitiés. Je lui donnai un chapeau de paille d'une telle finesse, qu'elle m'assura que jamais elle n'en avait vu de pins beau. Vers le soir, nous soupâmes tous ensemble fort gaiement; puis on me mena dans une chambre su* perbe, où je dormis dans un excellent lit. Mes deux serviteurs furent également bien traités suivant leur rang. Le lendemain matin , le même accueil m'attendait à mon lever. J'allai ensuite visiter mon domaine, dont je fus très-content. Lorsqu'on m'eut remis une certaine quantité de blé et d'autres grains, le prêtre, ser Filippo, me dit en retournant à Vicchio : — « Benvenuto , soyez sans inquiétude ; si vous n'avez pas trouvé tout ce qui vous a été promis, vous pouvez être certain que l'on vous en dédommagera amplement, car vous avez affaire à d'honnêtes gens. Le métayer est un coquin, mais nous l'avons renvoyé. » — D'un autre côté , ce métayer, qui se nommait Mariano Rosegli, me répéta plusieurs fois : — « Prenez bien garde à vous. A la fin , vous verrez qui de nous est le plus grand coquin. » — En me parlant ainsi, ce paysan souriait malicieusement et secouait la tête d'un air qui paraissait vouloir dire : — «Va toujours, tu sauras bientôt à quoi t'en tenir. » — J'en tirai un assez fâcheux augure, mais j'étais loin d'imaginer ce qui devait m' arriver. En revenant de mon domaine, qui est situé à deux milles de Vicchio , du côté des Alpes , je rencontrai le prêtre, qui m'attendait avec ses caresses accoutumées. Nous fîmes en-