‹ Œuvres complètes de Benvenuto CelliniChapitre 174 sur 285 · II · texte numérisé non relu

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semblé un bon déjeune** — J'allai ensuite me promener dans Vicchio» Le marché était alors commencé. — Bientôt je m'aperçus que j'étais regardé avec une vive curiosité par tous les gens du pays, et surtout par un brave homme qui habite le village depuis maintes années et dont la femme est boulangère. Il possède, à un mille de là environ s de bonnes propriétés , mais il préfère vivre à Vicchio, où il demeure dans une maison qui m'appartient et dépend de mon domaine, que Ton désigne sous le nom délia Fonte. *— « J'occupe votre maison » me dit-il, et je vous paverai votre loyer à l'échéance du terme. Si même vous le désires plus tôt, vous n'avei qu'à parler; car vous serei toujours d'accord avec moi. » — Tout en causant ainsi, il contions de me regarder avec une telle fixité* qu'à la fin je ne pus m' empêcher de m' écrier ! — «Ah çà, mon cher Giovanni, dites-moi un peu pourquoi vous m'avez regardé plusieurs fois d'une manière si étrange? » — » « Je vous l'avouerai volontiers, me répondit-il, si vous me promettez sur votre parole d'honnête homme de me garder le secret. » — Je m'y engageai. — «Eh bien, reprit*il, sachez qu'il y a peu de temps, ser Filippo, ce scélérat de prêtre, ne cessait dé Vanter l'habileté de son frère qui, disaiUil, avait vendu en viager son domaine à un vieillard qui ne passerait pas l'année. Vous avez affaire à des coquins ; tâchez donc de vivre le plus que vous pourrez, et tenez l'œil bien ouvert; Cette précaution n'est point à négliger. Je n'ajouterai rien de plus. »

fin me promenant dans le marché, je rencontrai Giovan- Battista Santini. Nous fûmes tous deux invités à souper par le prêtre. Ainsi que je l'ai noté plus haut , il était vingt heures environ. On soupa si tôt à cause de moi, parce qoe j'avais annoncé que je voulais retourner le soir à Trespiano. On prépara donc le repas en toute hâte; la femme de Sbietta et surtout un certain Gecchino Buti, le bravo de la

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maison, déployèrent une activité singulière. Dès 4jue les salades furent prêtes» on se disposa à se mettre à table. La maudit prêtre nous dit alors avec un sourire sinistre i — « Il faut que vous m'exoustes ; je ne puis souper avec vous, parce qu'il m'est survenu une affaire de haute importance qui concerne mon frère Sbietta, Comme il est absent, je rais forcé de le suppléer, n <— Toutes nos instances pour le décider à rester furent infructueuses. Il partit et nous commençâmes & souper. Lorsque nous eûmes mangé les salades dans de grandes assiettes communes, on apporta à chacun de nous un petit plat rempli de viande bouillie. Le Santini, qui était en faoe de moi» me dit i — « Les pièces de vais* selle dans lesquelles on vous sert ne ressemblent aucune» meut aux autres ; en avez-vous jamais vu de plus belles ! »

— Je lui répondis que je n'y avais point fait attention. — Pendant ce temps» la femme du Sbietta et Cecchino Buti couraient de ça et de là et avaient l'air extraordinairement affaire. Santini m' ayant poussé à engager cette femme h preudre place à tabla, je l'en priai si vivement qu'elle y consentit — « Vous manges bien peu» me diUelle d'un (on chagrin , mon souper ne vous plait donc pas? » — • Je lui assurai que jamais je n'avais eu meilleur appétit ni meilleure chère, mais que je ne pouvais manger davantage,

— De ma vie je n'aurais deviné pourquoi cette femme m'excitait ainsi À manger, Il était plus de vingt et .ne heures quand le souper se termina. Comme je voulais iv. ..lurner 1* soir a Trespiano afin de pouvoir aller le lendemain travailler à la loggia, je dis adieu & tous les convives, et je partis après avoir remercié la femme du Sbietta.

A peine eus-je fait trois milles que je me sentis l'estomac en feu. J'étais en proie a de si poignantes douleurs, que, dans mon impatience d'arriver à Trespiano, les mi* nutes me semblaient des siècles. Enfin, grâce à Dieu» je parvins, malgré mes souffrances, & gagner mon logis. Je

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me couchai immédiatement; mais je ne pas fermer l'œil de la nuit En outre, je fus tourmenté de coliques qui me forcèrent d'aller plusieurs fois à la garde- robe. Au point du jour, j'éprouvai au rectum une ardeur dévorante, el en examinant quelle en était la cause, je découvris que j'étais plein de sang. Aussitôt je pensai que j'avais mangé quelque chose d'empoisonné. Je recherchai sans relâche ce que ce pouvait être. Alors je me rappelai que la femme de Sbietta m'avait servi dans, des assiettes et des plats différents de ceux des autres convives, et que le frère de Sbietta, après s'être donné un mal infini pour me recevoir, avait refusé de souper avec nous. Il me vint aussi en mémoire que ce maudit prêtre avait dit que le Sbietta avait fait un coup magnifique en vendant l'usufruit d'un domaine à un vieillard qui ne passerait pas l'année, paroles que je tenais de ce brave Giovanni Sardella. De tout cela je conclus que l'on m'avait administré une dose de sublimé dans une sauce fort bien accommodée et d'un goût fort agréable. En effet, le sublimé produit tous les symptômes qui se manifestèrent chez moi. Par bonheur, je mange ordinairement la viande sans sauce et sans autre assaisonnement que du sel Cest pourquoi je ne pris que deux bouchées de cette sauce, et encore parce qu'elle avait une saveur exquise. Je ne àoutù point que la petite dose de sublimé n'eût été mêlée à cette sauce, car la femme du Sbietta avait employé mille artifices pour me déterminer à en manger.

Bien que je me sentisse grièvement malade , je ne laissai pas d'aller travailler dans la loggia à mon modèle de Neptune ; mais au bout de quelques jours mes souffrances s'accrurent au point que je fus obligé de garder le lit. Aussitôt que la duchesse en fut informée, elle fit adjuger sans concours le malheureux bloc de marbre à Bartolommeo

Ammannato. Celui-ci m'envoya dire par messer. }*•

demeure rue du que j'étais libre de disposer comme

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