II
J8* MÉMOIRES DK BENVEN11TO CELLINI.
mon atelier et entrèrent dans ma maison. Le premier objet qui frappa leurs yeux fut mon petit modèle de Neptune et de la Fontaine. La duchesse, qui ne l'avait point encore vu , en fut si émerveillée quelle jeta un cri d'admiration. — « Sur nia vie! dit-elle au duc, je n'aurais jamais imaginé qu'on pût voir quelque chose d'aussi beau. * — A ces mots , le duc lui répéta plusieurs fois : — Eh bien ! ne vous l'avais-je pas dit, moi? » — Ils continuèrent de parler entre eux en termes aussi flatteurs pour moi : puis la duchesse m'appela près d'elle, et me donna une foule de nouveaux éloges qui ressemblaient à des excuses. Elle dit ensuite qu'elle voulait que je choisisse moi-même un bloc de marbre et que je le misse en œuvre. A ces bienveillantes paroles, je répondis que, si Leurs Excellences m'accordaient les facilités nécessaires, j'aborderais volontiers, pour leur complaire, une si laborieuse entreprise. — « Ben venu lo, s'écria aussitôt le duc, tu auras toutes les facilités que tu demanderas, je t'en donnerai môme d'autres qui surpasseront tes espérances, » — Làdessus, Leurs Excellences se retirèrent et me laissèrent très-satisfait. Mais bien des semaines se passèrent sans que l'on s'occupât de moi. Cet oubli me causa un chagrin qui approchait du désespoir.
A cette époque , la reine de France envoya à Florence messer Baccio delBene pour emprunter de l'argent à notre duc, qui, dit-on, consentit gracieusement à lui en fournir. Gomme messer Baccio del Bene et moi nous avions été jadis intimement liés , nous nous reconnûmes à Florence, et nous nous vîmes avec beaucoup de plaisir. — Un jour qu'il me rendait compte des faveurs dont Y honorait Son Excellence illustrissime , il me demanda quels étaient les grands ouvrages dont je m'occupais, — Je lui racontai alocs l'affaire du Neptune et le tort considérable que la duchesse m'avait fait. — A ces mots , il me dit de la part